Proposer des heures sup au rabais, c'est dévaloriser le travail, c'est ce qu'a fait Fillon et c'est ce que propose sarkozy. Ce thème du travail, évoqué récemment chez les confrères, compte parmi les mystifications prioritaires de la droite. La mesure censée appuyer leur discours est la baisse des charges sur les heures supplémentaires, censée inciter les employeurs à en proposer. Il s'agit donc de faire faire plus d'heures sup aux "chanceux" qui sont concernés -une minorité-, lesquels diront merci pour cette occasion supplémentaire d'être rémunéré... moins que la normale.
Il faut rappeler que dans ce même esprit Fillon avait, déjà, "débridé" l'usage des heures supplémentaires, et surtout, déjà, débridé le foutage de gueule. En faisant passer le contingent "autorisé" d'heures supplémentaires de 130 à 220 heures annuelles, il a simplement bradé les heures au delà des 130 heures, dont la majoration de 100% a sauté. Ces heures ne sont plus majorées que de 10 à 25% selon les cas, et les stakhanovistes sont donc sanctionnés! Cette contre-réforme était censée relancer l'emploi et le pouvoir d'achat, avec le résultat qu'on sait. L'idéologie qui inspirait Fillon, sans qu'il le dise, était qu'il y avait du boulot mais que le travail était trop cher et les employeurs pas assez "libres". Les employeurs ont en réalité simplement utilisé cette source d'économies pour réduire les coûts voire baisser les effectifs dans le pire des cas (les heures sup remplaçant le travail à temps partiel). Ceci sans accroître l'activité, ce qui aurait dû être le but premier de toute politique économique.
Aujourd'hui donc, il est question de baisser les charges, mais les charges, c'est quoi? des assurances maladie, chômage, retraite etc. Pour faire simple, cette mutualisation correspond à du salaire différé. Lequel est supprimé. Il s'agit donc bien d'heures sup au rabais encore une fois, même si cela n'est pas immédiatement apparent sur la fiche de paie. Par ailleurs, Nico 1er ne dit rien sur le manque à gagner pour les organismes en question. Peut-être finira-t-il par nous dire qu'ils seront indemnisés. On verrait alors le citoyen payer comme contribuable la baisse des charges pour l'employeur ainsi que celle, apparente, pour l'employé assidu. Pour ce résultat mirobolant de baisser toujours plus les coûts salariaux, au travers des réorganisations permises par cette facilité offerte sans contrepartie. L'accroissement de l'activité étant laissé, toujours, au bon vouloir de la conjoncture.
Au delà des slogans, la question du travail, de sa rémunération, liée à celles des retraites et de la santé, est complexe. Les politiques se doivent de faire preuve de créativité et d'imagination dans les solutions à mettre en oeuvre, mais il faut bien voir que les principaux paramètres sont connus. Pour garantir un progrès pour les travailleurs, qui soit en même temps positif pour l'activité, il faut donc faire en sorte que l'ensemble des aspects soient traités dans leur complexité. Si la campagne est l'occasion d'un débat sur la question, la vraie garantie est celle d'une grande conférence sur le travail, et la négociation des partenaires sociaux. A l'inverse des idées reçues, c'est cet engagement qui est la marque de la crédibilité sur la question du travail, et non pas les trompe-l'oeil simplistes.
Cette conférence n'a pas eu lieu depuis aussi longtemps que dure le malaise de l'économie française. Dans les entreprises, les partenaires sociaux, quand ils ont parlé du travail et de son organisation pour la dernière fois, ont chacun reconnu l'utilité de ces échanges. C'était à l'occasion des 35 heures.