Vendredi 19 septembre 2008
Résumons-nous. Bertrand veut être chef
à la place du chef, mais avec le soutien de l'ancien chef, François, qui voudra rapidement le redevenir. Au vu de cette alliance, Ségolène, qui voulait être chef, n'en fait plus un "préalable"
pour éviter d'avoir à se compter sur son seul nom. Elle cherche à rejoindre Gérard lequel devait soutenir Pierre qui veut être chef sans en faire lui non plus un "préalable". Mais si Pierre est
soutenu par Ségolène, il ne peut plus l'être par Martine, qui d'ailleurs veut être chef sans l'avoir dit explicitement. D'autant que Ségolène pourrait très bien réviser à la hausse son ambition
en fonction des résultats de sa motion avec Gérard, vu qu'elle n'est pas du genre à s'embarrasser de palabres quand elle peut saisir une occasion. Martine, de son côté, veut à tout prix
conserver le soutien de Laurent, réputé avoir des troupes certes limitées mais consistantes et disciplinées, soutien dont Pierre ne veut pas car incompatible avec Gérard. Le problème pour
Martine est que Laurent, comme François d'ailleurs, ne veut certes pas être chef maintenant, mais c'est pour mieux l'être plus tard, et donc Laurent comme François seront rapidement des alliés
encombrants pour Bertrand et Martine, lesquels ne veulent pas être des chefs intérimaires. Le pari de Pierre, qui dit vouloir n'être un chef que temporaire, est donc que Martine et Bertrand
s'entendent sur son nom, mais sans François ni Laurent, potentiels perturbateurs. Ceci serait logique, mais c'est sans compter l'arithmétique électorale qui accorderait une valeur non
négligeable au soutien de ces derniers. Pendant ce temps, Arnaud soutient à la fois Pierre et Martine, mais a surtout en tête, comme les autres, d'éviter d'avoir à se compter trop précisément.
Jean-Christophe, lui, avait le même chef que Pierre, Dominique. Jean-Christophe est heureux de n'être que sous-chef, simplement il ne veut pas que Pierre lui passe devant, et donc soutient
Martine. Jean-Christophe pense aussi que le fait de devenir chef maintenant est un bon moyen pour ne plus pouvoir l'être en 2012, et donc y voit un moyen de griller Martine ou Bertrand, de
manière à laisser Dominique seul dans un futur duel avec Ségolène.
Bref, plus ça va, plus les logiques d'appareil dominent, et moins le souci de cohérence compte. Les dirigeants, faute de visibilité, s'en
remettent aux professionnels de la mécanique politique, et oublient en cours de route la lisibilité de leur propre parcours aux yeux du grand public. La politique est ainsi, in fine, laissée
aux techniciens. On trouve là un travers commun avec les campagnes nationales. Le phénomène par lequel les candidats s'en remettent aux communiquants et autres spin doctors, aux sondeurs et
autres triangulateurs, est très semblable. Et il aboutit au même résultat: pauvreté d'un discours lissé par les précautions, contorsionné par la cohabitation d'arguments antagonistes. En
conséquence, dans le brouillard, celui qui délimite sa base politique parait avoir un potentiel numériquement plus faible. Le problème est qu'à la tête du parti il faut bien une direction
cohérente, ferme sur les idées, pour fournir un socle solide et éviter d'avoir ensuite à tomber dans l'évanescence.
Dans ce contexte, le seul qui avance avec des arguments simples et constants est Pierre Moscovici, que chacun par ailleurs sait situer
politiquement.
1/ La présence d'un présidentiable à la tête du parti sera inévitablement une incitation pour ses compétiteurs à empêcher sa
réussite.
2/ La bonne méthode est une primaire ouverte aux citoyens et aux partis qui souhaitent s'y inscrire, avec l'intérêt immense de contraindre
les présidentiables à parler non pas aux seuls adhérents du PS, mais aussi à l'ensemble des français.
Ces deux arguments répondent aux problèmes actuels: neutralisation réciproque qui empêche de réordonner et reconcevoir sérieusement le rôle
d'opposition. Prééminence des techniciens et hommes d'appareil dans la détermination du dispositif, effet de "huis clos sous les projecteurs", et in fine, démobilisation de l'électorat.
Il faut donc souhaiter que Pierre Moscovici aille jusqu'au bout, quoi que l'on pense de son style, de sa personnalité, toutes choses dont les
aspects rebutants sont très également partagés parmi ses congénères.
Si les choses se maintenaient telles qu'elles l'étaient il y a une semaine, on pourrait se référer au pointage que le Canard Enchainé faisait
le 3 septembre:
* Royal: 25%, avec une forte incertitude dans l'estimation.
* Delanoë-Hollande (motion annoncée par le Canard, déjà): 20%
* Aubry-Fabius-Cambadélis: 20%
* Moscovici-Collomb-Valls-Guérini: 15%
* Emmanuelli-Mélenchon-Lienemann: 10%
Larrouturou, Utopia, et pôle écologique, non comptabilisés par le Canard, probablement 10% à eux trois.
L'incertitude associée à cette estimation est liée au degré d'indépendance des électeurs, c'est à dire à la proportion des électeurs qui ne
sont tenus par aucune dépendance ou allégeance intéressée, qui ne sont pas strapontinisés, bref, ceux-là même qui sont lassés de voir l'immobilisme prévaloir à tous les niveaux, national et
fédéral, et qui voteront donc probablement différemment des consignes des potentats locaux (dont Ségolène Royal n'est pas démunie, ça va mieux en le
disant).
PS: comme on le voit sur la photo, Pierre a même été jusqu'à échanger sa barbe avec Arnaud. Il serait triste que cette fraternité soit brisée
par un jeu de cache-cache qui aurait mal tourné.
EDIT 17h30: Officiel: les
barons du Parti socialiste roulent pour Ségolène Royal. Décidément tout ceci est palpitant. Reste à suivre l'évolution de la doctrine des "Barons" concernant la question des diverses
candidatures.
On ne peut pas, sur ce blog, ne pas mentionner l'excellente intervention, brève et
riche, de Lionel Jospin sur France Inter ce matin, en particulier sur l'Afghanistan. C'est à des prestations de ce type que l'on réalise le niveau, insupportablement faible, atteint par la
politique française aujourd'hui.
Par Martin P.
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Publié dans : PS
A quoi ça se reconnait un non présidentiable dis donc ? Parce que honnêtement, n'importe quel huluberlu non présidentiable désigné calife à la place du calife a le droit de se sentir des envies de présidence au bout du compte. Non ?
chut, il ne faut pas le dire que Mosco est ambitieux!
blague à part, je ne crois pas que la personnalité de Mosco convienne à une candidature à la présidentielle. tout le monde s'en rend compte même lui je pense, ou il y a un gros travail à faire sur le plan de l'image et de la notoriété
@ NJ
ah oui merde, je l'ai oublié. ben Juju, je crois qu'il est sur la touche. il voulait un accord royal-delanoe-hollande avec lui au milieu, mais ça semble raté. Il faut dire que dans les rangs ségolénistes la haine de Bertrand semble avoir suffisament été cultivée pour être irrémédiable.
Parce que j'en connais une qui est tout autant constante et simple que Mosco. Et parce que Jospin n'a pas changé.
Pour le reste, c'est limpide :)
il semble que SR ait un peu varié. avant elle etait plutot sur le thème "d'abord une question de leadership". et puis on a vu passer un texte signé par des hollandais et des royalistes avec Rebsamen derrière, maintenant c'est plutot une combine marseillaise avec Menucci...
On reste un peu dans la tambouille
concernant ton EDIT de 17h30 : au moins maintenant plus personne ne pourra faire mine de croire que Ségolène n'est pas dans l'appareil et dans la manoeuvre dudit appareil avec négociations dans l'ombre et sur la distribution de postes plutôt que sur le fond.
ce que je ne lui reproche pas d'ailleurs, puisque c'est précisément cela aussi "faire de la politique". j'avais surtout tendance à lui reprocher de jouer la vierge aux mains propres qui ne s'abaisserait jamais à ces petites négociations d'appareil.
je reste cependant assez interrogatif sur sa compatibilité politique avec Manuel Valls, le plus libéral de tous les socialistes.
je note que selon les comptes du Canard, ça ferait une motion Royal-Valls à 45% : j'ai comme un doute...
héhé, tu oublies de retrancher mosco des 45%. à moins que mosco ait déjà négocié une place de candidat dans la motion collomb-royal? à ce rythme tout peut arriver à tout moment
je n'ai pas non plus évoqué "force militante" de Marc Dolez, courant qui comme son nom ne l'indique pas...
Bon allez je me lance: Jospin 1er secrétaire!
"Barons", l'expression est celle de libé et je ne la reprends qu'entre guillemets. ceci dit Dray n'est pas comparable n'étant pas 1er federal. il y a dans le terme "barons" l'idée de féodalités sur des territoires
au fait, une erreur s'est glissée dans les décomptes: ligne claire + royal ne font que 40% selon le decompte du canard, auquel il faut retrancher les mo&mo, donc plus proche des 30-35
pas de souci, au contraire, merci. (je ne suis pas contre être encore plus lu, fut-ce ailleurs qu'ici)
bon papier
Le simple militant que je suis est assez abasourdi par autant de machination.
La demarche de Mosco est la plus coherente, pro européenne, reformiste et novatrice.
Je le soutiendrais très vraisemblablement malgré la tolle qu'il va se prendre.