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A propos de l'auteur:

ressortissant de la société civile immigré irrégulier en politique, ex jospiniste.

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"Naturellement, tout gouvernement, tout parti au pouvoir prétend agir au nom de l’intérêt général. (...) Reste que l’intérêt général n’est pas une notion abstraite et neutre. (...) Se dissimuler dans les plis de l’intérêt général, c’est finalement dépolitiser la société, postuler une unité factice, vider a priori de tout sens l’intérêt du débat démocratique." Lionel Jospin

"on n’est pas plus ou moins à gauche en fonction de l’intensité de ses revendications mais en fonction de la réalité de ses réalisations." Dominique Strauss Kahn
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Vendredi 19 septembre 2008


Résumons-nous. Bertrand veut être chef à la place du chef, mais avec le soutien de l'ancien chef, François, qui voudra rapidement le redevenir. Au vu de cette alliance, Ségolène, qui voulait être chef, n'en fait plus un "préalable" pour éviter d'avoir à se compter sur son seul nom. Elle cherche à rejoindre Gérard lequel devait soutenir Pierre qui veut être chef sans en faire lui non plus un "préalable". Mais si Pierre est soutenu par Ségolène, il ne peut plus l'être par Martine, qui d'ailleurs veut être chef sans l'avoir dit explicitement. D'autant que Ségolène pourrait très bien réviser à la hausse son ambition en fonction des résultats de sa motion avec Gérard, vu qu'elle n'est pas du genre à s'embarrasser de palabres quand elle peut saisir une occasion. Martine, de son côté, veut à tout prix conserver le soutien de Laurent, réputé avoir des troupes certes limitées mais consistantes et disciplinées, soutien dont Pierre ne veut pas car incompatible avec Gérard. Le problème pour Martine est que Laurent, comme François d'ailleurs, ne veut certes pas être chef maintenant, mais c'est pour mieux l'être plus tard, et donc Laurent comme François seront rapidement des alliés encombrants pour Bertrand et Martine, lesquels ne veulent pas être des chefs intérimaires. Le pari de Pierre, qui dit vouloir n'être un chef que temporaire, est donc que Martine et Bertrand s'entendent sur son nom, mais sans François ni Laurent, potentiels perturbateurs. Ceci serait logique, mais c'est sans compter l'arithmétique électorale qui accorderait une valeur non négligeable au soutien de ces derniers. Pendant ce temps, Arnaud soutient à la fois Pierre et Martine, mais a surtout en tête, comme les autres, d'éviter d'avoir à se compter trop précisément. Jean-Christophe, lui, avait le même chef que Pierre, Dominique. Jean-Christophe est heureux de n'être que sous-chef, simplement il ne veut pas que Pierre lui passe devant, et donc soutient Martine. Jean-Christophe pense aussi que le fait de devenir chef maintenant est un bon moyen pour ne plus pouvoir l'être en 2012, et donc y voit un moyen de griller Martine ou Bertrand, de manière à laisser Dominique seul dans un futur duel avec Ségolène.

Bref, plus ça va, plus les logiques d'appareil dominent, et moins le souci de cohérence compte. Les dirigeants, faute de visibilité, s'en remettent aux professionnels de la mécanique politique, et oublient en cours de route la lisibilité de leur propre parcours aux yeux du grand public. La politique est ainsi, in fine, laissée aux techniciens. On trouve là un travers commun avec les campagnes nationales. Le phénomène par lequel les candidats s'en remettent aux communiquants et autres spin doctors, aux sondeurs et autres triangulateurs, est très semblable. Et il aboutit au même résultat: pauvreté d'un discours lissé par les précautions, contorsionné par la cohabitation d'arguments antagonistes. En conséquence, dans le brouillard, celui qui délimite sa base politique parait avoir un potentiel numériquement plus faible. Le problème est qu'à la tête du parti il faut bien une direction cohérente, ferme sur les idées, pour fournir un socle solide et éviter d'avoir ensuite à tomber dans l'évanescence.


Dans ce contexte, le seul qui avance avec des arguments simples et constants est Pierre Moscovici, que chacun par ailleurs sait situer politiquement.

1/ La présence d'un présidentiable à la tête du parti sera inévitablement une incitation pour ses compétiteurs à empêcher sa réussite.

2/ La bonne méthode est une primaire ouverte aux citoyens et aux partis qui souhaitent s'y inscrire, avec l'intérêt immense de contraindre les présidentiables à parler non pas aux seuls adhérents du PS, mais aussi à l'ensemble des français.

Ces deux arguments répondent aux problèmes actuels: neutralisation réciproque qui empêche de réordonner et reconcevoir sérieusement le rôle d'opposition. Prééminence des techniciens et hommes d'appareil dans la détermination du dispositif, effet de "huis clos sous les projecteurs", et in fine, démobilisation de l'électorat.

Il faut donc souhaiter que Pierre Moscovici aille jusqu'au bout, quoi que l'on pense de son style, de sa personnalité, toutes choses dont les aspects rebutants sont très également partagés parmi ses congénères.


Si les choses se maintenaient telles qu'elles l'étaient il y a une semaine, on pourrait se référer au pointage que le Canard Enchainé faisait le 3 septembre:

* Royal: 25%, avec une forte incertitude dans l'estimation.

* Delanoë-Hollande (motion annoncée par le Canard, déjà): 20%

* Aubry-Fabius-Cambadélis: 20%

* Moscovici-Collomb-Valls-Guérini: 15%

* Emmanuelli-Mélenchon-Lienemann: 10%

Larrouturou, Utopia, et pôle écologique, non comptabilisés par le Canard, probablement 10% à eux trois.


L'incertitude associée à cette estimation est liée au degré d'indépendance des électeurs, c'est à dire à la proportion des électeurs qui ne sont tenus par aucune dépendance ou allégeance intéressée, qui ne sont pas strapontinisés, bref, ceux-là même qui sont lassés de voir l'immobilisme prévaloir à tous les niveaux, national et fédéral, et qui voteront donc probablement différemment des consignes des potentats locaux (dont Ségolène Royal n'est pas démunie, ça va mieux en le disant).


PS: comme on le voit sur la photo, Pierre a même été jusqu'à échanger sa barbe avec Arnaud. Il serait triste que cette fraternité soit brisée par un jeu de cache-cache qui aurait mal tourné.

EDIT 17h30: Officiel: les barons du Parti socialiste roulent pour Ségolène Royal. Décidément tout ceci est palpitant. Reste à suivre l'évolution de la doctrine des "Barons" concernant la question des diverses candidatures.



On ne peut pas, sur ce blog, ne pas mentionner l'excellente intervention, brève et riche, de Lionel Jospin sur France Inter ce matin, en particulier sur l'Afghanistan. C'est à des prestations de ce type que l'on réalise le niveau, insupportablement faible, atteint par la politique française aujourd'hui.

Par Martin P.
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