Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : sauce politique
  • sauce politique
  • : politique
  • Contact

Bande son

musique insérée dans les articles, de circonstance si possible

-


Add to Technorati Favorites


Recherche

20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 00:07


Rendez-vous était donné dimanche matin dans un amphi de l’université Diderot.

Cela m’a permis de (re)découvrir l’endroit, ces "grands moulins" récemment rénovés et abritant l’université. J’ai pu pas mal contempler ce très beau campus, vu le temps mis à trouver la bonne porte.


 

Bref, qu’est-il sorti de ce conseil national de socialisme et démocratie?


Il a permis tout simplement de se parler, et de constater que la pensée de chacun converge sur presque tout:

* Les idées social-démocrates sont aujourd’hui probablement majoritaires au PS, encore faut-il ne pas les galvauder et donc rester exigeant sur le fond pour que le congrès soit réellement gagné sur le plan du renouvellement idéologique.

* Le renouvellement c’est aussi les personnes. Des responsabilités au sein du courant sont données à la nouvelle génération.

* SD ne peut gagner le congrès seul, sa démarche est donc ouverte à ceux qui ne veulent pas d’une présidentialisation et qui forment la vraie majorité du PS, mais SD restera maître de l’orientation politique.

* Le rapport à la politique reste un élément d’identité, et si les méthodes du parti doivent être elle aussi renouvelées, chacun pourrait contresigner la formule de Roland Ries qui "ne croit pas à l'émergence par génération spontanée d'une ligne politique".

* L’hypothèse du retour de DSK et la virtualité de son leadership pose certes un problème de visibilité, mais n’interdit en rien la capacité du courant à structurer la rénovation.

* Sur proposition de JC Cambadélis (*), Pierre Moscovici sera premier signataire d'une contribution générale.


C’est déjà pas mal. Alors pourquoi "presque"?

Parce que la réunion (animée par Christophe Borgel, la "petite main" préférée de DSK), a commencé avec des prises de position en faveur d’un ralliement à Delanoë, de la part notamment d’Alain Richard. Ce dernier portait probablement la parole de nombre de rocardiens et peut-être de Rocard lui-même. Comme d’autres strauss-kahniens signataires du texte de Delanoë (Michel Destot, Patrick Sève, Serge Lagauche), il pense que le courant ne pèse pas assez lourd dans le parti et que des deux principaux candidats, Delanoë est le meilleur.
Ce point de vue, dominant parmi les premières interventions de la journée, a été largement rééquilibré (voire dépassé) par la suite par ceux qui, comme Huchon, souhaitent aller jusqu’à la motion, avec Moscovici pour premier signataire, de manière à rompre avec les atermoiements qui ont toujours empêché le courant d’affirmer son identité aux congrès précédents. Pour ceux-là, si Ségolène est plutôt vue comme un problème supplémentaire pour le PS, Delanoë ne donne pas pour autant de garanties sur le fond ni sur le plan des méthodes, et Pierre Moscovici est un candidat crédible à la structuration intellectuelle du PS.
De surcroit il sait taper fort, juste, et de manière non-stéréotypée contre sarkozy, vis-à-vis duquel il n'a aucune forme d'inhibition, d'admiration, de proximité personnelle, et avec lequel il ne se croit pas engagé dans une sorte de course aux bons points. Quand on y réfléchit, parmi les candidats plus ou moins déclarés (respectivement Valls, Dray, Delanoe, Royal), il en est peu, ou pas, qui présentent toutes ces garanties.

Je crois donc moi aussi qu’il faut aller jusqu’à la motion avec Pierre, n’envisager les alliances qu’après une période de friction électorale qui ne peut qu’aider à affuter notre pensée, et ne pas céder pour une fois à notre goût parfois immodéré du compromis.

Comme le dit Pierre Kanuty, "Au messianisme de Royal répond en écho l’impérialisme de Delanoë". Mais ces deux personnalités pèsent probablement moins qu’elles n’ont l’air de le dire.
Lors de la primaire de 2006, j’en ai entendu beaucoup qui votaient pour SR en vertu des sondages, mais avouaient partager largement les idées SD.
Par ailleurs, comme l’a signalé lors de cette réunion Jacques Meyer, l’action coordonnée de plusieurs camarades au Bureau National a permis à la fédération dont il est le premier secrétaire d’accueillir le congrès du PS à Reims. Cette petite victoire (sur le toulousin delanoiste Pierre Cohen) doit constituer un encouragement à persévérer.


(*) DSK a probablement acté ces décisions la veille. Plusieurs déclarations ont été faites suite à ce déjeuner dont certaines un peu malheureuses (notament celle selon laquelle il se "préparerait à 2012"). Non seulement DSK a répété quand il l'a pu, y compris en cercle restreint, que la priorité était le renouvellement idéologique et des personnes, mais la situation en 2011 reste suffisament incertaine pour que nos déclarations ne se résument pas à un attachement à une personne comme on peut le voir ailleurs. Le fait de s'effacer devant Mosco, même au stade de la contribution, est pour Camba déjà un renoncement à être un 1er secrétaire virtuel. Ce n'était pas forcément naturel mais tout de même assez logique (notament pas assez de retenue dans les déclarations vis-à-vis des personnes, en comparaison d'un Mosco plus affirmatif et positif, donc avec une compatibilité plus large), et ne préjuge en rien du leadership sur le courant.

PS: mes encouragements à Alternative Moscovici et aussi à Maisons-Alfort

Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 12:28
Le PS serait bien démuni s'il ne comptait dans ses rangs bon nombre d'ex-trotskistes. C'est que ceux-ci lui apportent un certain savoir-faire dans le domaine du maniement des idées, et de l'animation politique. Les trotskistes sont réputés pour la qualité de leur "formation", même si celle-ci reste assez mystérieuse. Ils sont la plupart du temps mieux outillés pour démonter la pensée toute faite, la pensée réflexe, moutonnière. Quelques exemples.
* Il y a de la rigueur intellectuelle chez Mélenchon quand il dit "je refuse de payer la cotisation préalable de critique du gouvernement chinois qu'on me demande pour avoir le droit de dire...". Même si je ne suis pas tout à fait d'accord avec sa position, j'adore le voir démolir les serre-file médiatiques et leurs réflexes conditionnés. Plutôt que de lui enjoindre la demi-mesure et l'équilibre factice, ils auraient pu plus pertinemment faire remarquer qu'outre la laïcité demandée pour le Tibet, les droits syndicaux et la liberté de la presse ne sont pas moins utiles contre la "théocratie". Et il se trouve que le Tibet est en Chine...
* C'est aussi en partie pour son exigence intellectuelle que le
blog de Moscovici n'a rien à envier en termes de qualité à celui de Mélenchon. En voilà un qui a compris que taper fort sans taper juste était contre-productif. Donner quelques garanties en la matière devrait être un critère pour le choix du 1er secrétaire, par exemple "Un homme d'Etat a une certaine élévation de vue. Dans ce sens, Nicolas Sarkozy ne l'est pas." Puis quand on critique son antisarkozysme, il balance "Le social-démocrate doit-il forcément être mou, admiratif en secret du Président?" (ça c'est pour Manuel Valls et Claude Askolovitch). En effet, "il est presque impossible, même à un magicien du verbe – il ne l’est pas tout à fait – ou à un bon vendeur de mots – il l’est – de faire adhérer à une politique qui échoue." Ou encore "Cet homme-là n’est pas vraiment un Président de la République, il est avant tout un sujet de commentaires"
* Jean-Christophe Cambadélis, lui aussi ex-trotskiste, amateur de belles formules, a surtout une prédilection pour les aspects stratégiques (et aussi tactiques). Pour comprendre sa valeur ajoutée dans ce domaine, il faut aller lire son avertissement à propos des prochaines élections européennes: "Elections Européennes : Attention danger".
L'exception, car il y en a une, est Julien Dray. Juju est ex-trotskiste mais la structuration intellectuelle n'est pas son truc, c'est plutôt un instinctif, un amateur de coups, et ce qu'il construit, ce sont surtout ses réseaux. Pour relancer sa candidature à la tête du PS il a donc choisi de faire un grand apéro pour la sortie de son bouquin "Et maintenant?". Il y avait pas mal de monde, c'était donc réussi. J'ai pu reconnaître, dans l'ordre d'apparition, Bruno Gaccio (qui fricote de plus en plus avec la politique), Michel Boujenah, Faouzi Lamdaoui, Bruno Rebelle (ex greenpeace, ex conseiller de Ségo), Christophe Borgel (très proche de DSK), Razzye Hamadi, Malek Boutih, Daniel Lindenberg (auteur du "rappel à l'ordre, les nouveaux réacs"), et évidemment plein de drayistes dont les têtes me sont connues mais pas les noms.

EDIT 13/05: Selon Marianne, Hollande a assisté à cette soirée (je l'ai quittée vers 21h30), ce qui accréditerait un appui officieux de sa part.

Il y avait aussi Fabien-Pierre Nicolas, éminente petite main du ségolénisme, toujours prêt à re-re-expliquer pourquoi Ségo est la meilleure, pourquoi elle a la meilleure stratégie, et pourquoi tous les autres sont moins bien (pour ne pas dire pire).
Ah, j'oubliais le principal, Djack! Jack Lang et sa femme ont honoré Julien de leur présence, mais Juju n'a mentionné le nom de personne dans son assez bref discours. Du coup, quand je suis passé près de Monique, je l'ai entendu dire ceci à son voisin: "Jack est assez déçu, il pensait que Julien soulignerait sa présence". Il est vrai que Jack est un peu encombrant depuis qu'il a fricoté avec sarko. Ceci dit, Dray n'offre pas non plus de grande garanties en termes de prise de distance avec sarkozy, il lui garde plutôt une relative estime personnelle, voire un certaine admiration, c'est ce qu'il a avoué à demi-mot dans son discours en évoquant la "superbe machine bien huilée" qui aurait duré facile 10 ans, qu'il ne s'attendait pas à voir "se gripper aussi vite".
Dans son petit discours, il a aussi glissé une anecdote. Evoquant avec Mitterrand son passé de trotskiste, ce dernier l'aurait rassuré sur son destin au sein du PS: "Prenez Lionel Jospin, voilà un bon exemple". Eh oui Julien, mais avoir été trotskiste ne te suffira probablement pas pour atteindre la carrure d'un Jospin, évidemment le meilleur d'entre les ex-trotskistes...

-
PS: La palme de la semaine (qui revient naturellement au Canard), à propos de Xavier Bertrand: "Chargé de la santé, il a longtemps renâclé avant de vouloir prendre le décret signifiant l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Villepin le lui a imposé. Ce qui n'empêche pas Bertrand d'en revendiquer la paternité dans les médias. Sentence villepinienne: "un traître sans couilles". Quasiment des lettres de noblesse en Sarkozye."
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 15:30
Ségolène Royal est désarmante. C’est d'ailleurs son arme principale.

Son ingénuité (feinte?) a le don d’exaspérer. Ainsi du fameux site "congrès utile et serein" lancé dans la suite des non moins fameuses 10 questions. Pourquoi cela soulève-t-il tant d'objections, alors qu'évidemment on ne voit pas où est le problème?
C’est qu’ici l'ambigüité (l’habileté?) est de prétendre interpeller sur le contenu, quand la démarche interpelle en réalité sur le processus censé le déterminer, c’est ce que signale très justement Eric Dupin. Disons tout de suite qu'interpeller le PS sur son fonctionnement est au moins aussi légitime que sur ses idées, comme on va le voir, mais les ségosceptiques ont surtout dégoupillé (1) en constatant les manières inchangées de la dame: se dérober sur le fond, imposer sa personne et, parce que son dispositif rassemble tout le monde à première vue, nier implicitement la contradiction.


Malgré cet agacement (recherché?), retenons l’essentiel: Ségo souligne que la question du fonctionnement du parti est clairement à l’ordre du jour (voir l’agenda acté en conseil national), et elle mérite d’être débattue. Même si je ne retirerais rien de ce que j’en disais en 2006, voyons quelles sont les problématiques:


Sérier les sujets pour permettre un choix à la carte et non uniquement de grands menus.

C’est l’idée la plus intéressante, formulée à l’origine par Cambadélis au conseil national le 25 mars (2). Au congrès du Mans par exemple, plusieurs idées intéressantes émanant de motions minoritaires n’ont pas été retenues, et c’est gâcher la richesse du parti (voir la motion Utopia par exemple). Mais la méthode de Ségolène diffère nettement de celle de Cambadélis, et pour tout dire la fourvoie : Là où il voulait que le congrès comporte un vote de type référendaire avec plusieurs réponses pour chaque question, Ségolène liste ses questions pour établir son programme de travail et ne dit pas par quel processus les choix seront opérés. L'idée de voter au congrès pour les différentes réponses, question par question, est-elle maintenue? ou sera-ce un ensemble indissociable?


Lever l'opacité relative de la remontée des contributions venant de la base.

Le PS organise en principe cette remontée "bottom-up", chaque section envoyant une "contribution" au niveau fédéral et ainsi de suite (pour ce congrès, dépôt fin juin). Dans la pratique c’est une tartuferie, et les militants de base ne savent jamais vraiment ce que deviennent ces bouteilles à la mer. Pour autant, la démocratie participative façon Ségo offre-t-elle plus de garanties en la matière?
En réalité, lors d’un congrès, tout se passe au moment des "motions" (pour ce congrès, dépôt fin septembre). Elles sont construites par les équipes de leurs principaux signataires et sous leur autorité, à charge pour elles de piocher ce qui leur convient dans les contributions précédemment remontées, d’y mettre de l’ordre en y intégrant les éléments émanant des conseillers et autres experts de leur réseau.
Il est douteux que Ségolène procède différemment.
Ce qui la distingue est que l’appel à contribution est public, plus large, et cet "appel au public" est intéressant. Le PS, qui doit œuvrer à son ouverture, pourrait endosser la démarche au stade des contributions. Dommage que Ségo ne l’ait pas proposé avant le conseil national censé statuer sur ces sujets.

 

Structure contre surface politique: cohérence d’une motion et construction sur un périmètre non-délimité.

L’appel au public a pour contrepartie le caractère non-délimité du périmètre des contributions. Si c’est adapté au stade des contributions, où doit s’exprimer la créativité, cela l’est moins au stade des motions, qui doivent être débattues dans les sections par les militants. Or, quoi qu’en disent certains commentateurs, tout le monde n’est pas d’accord au PS, ni sur le contenu, ni sur la stratégie :

* Si les idées défendues par la social-démocratie sont aujourd’hui dominantes, il serait injuste d’écarter les conceptions défendues par Mélenchon, Fabius ou Hamon sans débat.

* Ségolène semble vouloir reconduire ses méthodes possiblement jusqu’à 2012. C’est l’objet de ce billet que de montrer que cela fait débat.

Comme dit précédemment : "L'émergence de propositions saillantes ne se fait pas dans la tambouille mais dans la friction". Ou comme dit Moscovici : "il n’est pas obligatoire d’être rébarbatifs ou illisibles pour gagner un congrès".

Du fait de la méthode et de cette relative évanescence, la question de l’existence d’une "motion Ségo" reste donc posée: le produit de son opération de démocratie participative aura-t-il vocation à être débattu dans les sections, dès lors qu’il sera probablement présenté comme la "motion des français"?


Désignation pour 2012 : quand et comment ?

Contrairement à beaucoup de militants, les ségolénistes ont un candidat (une candidate) pour 2012. Leur volonté de la voir investie au plus tôt est compréhensible, mais la ferveur de ses supporters, très attachés à sa personne et assez organisés, inquiète les contradicteurs. Un de ses principaux soutiens propose même une désignation plébiscitaire avant le congrès. Bref, il semble que la stratégie de 2007 ne soit pas remise en cause, si ce n’est les faiblesses désignées par les ségolénistes, qui conduisent selon eux à ceci: désignation précoce puis discipline sans faille. Ceci assorti d’une théorie type "There Is No Alternative": pas d’autre candidat possible…

En gros l’idée c’est: les éléphants aboient et la Ségolène passe, impavide. Pourtant, Ségolène devrait plutôt songer que la confrontation lui est nécessaire pour acquérir de la stature. Dans cette optique, Dray et Montebourg se seraient bien vus jouer les Pygmalion. Ces derniers, les seuls dans l’entourage de Ségolène qui aient constitué des réseaux dignes de ce nom, se sont éloignés d'elle et ne se sont pas vraiment cachés du pourquoi : ils s’estimaient peu écoutés et ne sentaient pas de volonté chez leur championne pour une conquête en bonne et due forme.

Ceci alors que la confrontation est aussi la seule manière, paradoxalement, d’obtenir ensuite non seulement la discipline mais une vraie implication, dès lors que chacun aura pu valablement défendre ses vues:

Les convictions défendues par le PS au niveau national doivent l’être principalement par celui ou celle qui les aura principalement défendues -victorieusement- au sein du PS.

 

Pour finir sur une note plus poétique, terminons ce long billet par la voix de Boileau:

    Aimez donc la raison: que toujours vos écrits
    Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix:
    Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,
    Mon esprit aussitôt commence à se détendre.

    Il est certains esprits dont les sombres pensées
    Sont d'un nuage épais toujours embarrassées;
    Le jour de la raison ne le sauroit percer.
    Avant donc que d'écrire apprenez à penser.
    Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
    L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
    Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.


Et si ces mots vous ont heurté, sachez que:

    Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,
    Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :
    Il ne pardonne point les endroits négligés,
    Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés,
    Il réprime des mots l'ambitieuse emphase;
    Ici le sens le choque, et plus loin c'est la phrase.
    Votre construction semble un peu s'obscurcir;
    Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir.
    L'ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,
    De tout temps rencontré de zélés partisans;
    Et, pour finir enfin par un trait de satire,
    Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.


(1): Au rugby, certains joueurs aiment à "titiller" leurs adversaires. Quand ceux-ci réagissent violemment, on dit qu'ils "dégoupillent". Cela les pousse souvent à la faute, ce qui était recherché. 

(2): intervention au Conseil National du 25 mars - «Si notre prochain congrès, c’est à nouveau des motions totalisantes, qui sont, en fin de compte, l’expression de petits partis qui, du début jusqu’à la fin, traitent tous les problèmes de la société, eh bien mes chers camarades, les Français ne s’y retrouveront pas. Le problème qui nous est posé, c’est de faire un congrès utile et pour cela, il serait bon, au lendemain de notre convention qui nous réunira, j’espère, sur la question de la déclaration de principe, de fixer nous-mêmes les questions, la dizaine de questions ou les cinq questions, ou les douze questions, peu importe, mais les questions en rapport avec ce que à quoi sont confrontés les Français, auxquelles nous aurons à répondre. Ce sont des questions pratiques, ce sont des questions stratégiques, des questions politiques, mais c’est à partir d’un certain nombre de questions que nous devons débattre et trancher l’orientation politique, sinon, nous resterons chacun dans nos boutiques.»


Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 00:41
Pour me faire pardonner ma feignantise bloguistique, je vais faire une série d'articles qui sera une sorte de ballade en socialie. Un peu une suite à l'analyse que je faisais après le 6 mai (que je contresigne).
En plus, ça bouge un peu en ce moment (rien de tel que l'approche d'un congrès pour ça). Entre le rapprochement moscovico-montebourgiste, la controverse cambadélo-gorcienne, et l'opposition de style delano-segolienne, il y a de quoi faire. Sans parler du hollando-drayisme, objet politique de nature mal définie, souvent décrit comme porteur de la praxis socialiste (wikipedia: "manière générique de penser la transformation du milieu naturel").


Mais avant de poursuivre cette petite anthropologie politique, priorité au fond et donc faisons passer au-dessus de la pile cette petite vidéo (prise avec un téléphone mais le son est correct):


Il s'agit de l'intervention de Roger Godino, le 10 novembre dernier, à l'occasion d'une journée de la rénovation qui s'est tenue dans les sous-sols de l'assemblée nationale (reportage photo plus bas).

Roger Godino est un Monsieur du socialisme, membre du cabinet Rocard à Matignon, il a participé entre autres à la création de la CSG et du RMI. La première fois que je l'ai vu, au milieu des années 90, il était venu défendre ce qu'il appelait l'"allocation compensatrice de revenu", dans un amphitéâtre de la Sorbonne assez dépeuplé. C'était une conférence sur le droit au revenu, et son contradicteur le plus éminent était Philippe Van Parijs, défenseur lui de l'"allocation universelle". Un débat économique qui aboutit rapidement à des questions philosophiques (la difficulté étant la jonction philosophique entre la gauche utopiste et la droite catho intégriste Christine Boutin).

Vous ne voyez pas où je veux en venir avec mes flash-backs? Eh bien l'allocation compensatrice de revenu de Monsieur Godino a pris entretemps un autre nom, le RSA, et son destin est précisément, aujourd'hui même, en train de se décider (il ne coute pas si cher et pourrait même éviter des dépenses mais vous savez comment on priorise sous sarkozy).


Pour ceux qui ont eu la flemme de voir (et écouter) la vidéo, après un dégrossissage sur la définition de l'entreprise, Roger y développe son dada actuel: comment faire que l'entreprise entreprenne de nouveau, et y associe l'ensemble des partenaires qui forment une entreprise. Il formule trois propositions:

* Favoriser (ou légiférer?) l'organisation des entreprises dans le système à directoire et conseil de surveillance. Système qui s'est montré efficace sur le plan de la vitalité de l'entreprise, mais surtout qui permettrait de faire du conseil de surveillance, une fois réformé, une instance démocratisée.

*  Généraliser le système des agences de notation, qui obligerait l'entreprise à apporter des rapports sérieux non seulement sur le plan de la comptabilité mais aussi en matière de travail, de social, de long terme, d'environnement. Ces rapports déboucheraient sur des notes, lesquelles, si leur publicité ne suffit pas à corriger les mauvaises pratiques, serviraient de support à un système de bonus-malus fiscal.

*  Réexamen du paysage fiscal, avec une fiscalité du capital redéfinie, à l'échelle de l'eurogroup. Une fiscalité qui viendrait en remplacement des précédentes, et homogénéisée.


L'intitulé de la conférence était:
Faire de la gauche le "parti de l'entreprise".
Cette journée de la rénovation avait pour objet de "Refonder le clivage droite-gauche", et tous les courants s'y étaient fait représenter:

Organisateurs:
Gaëtan Gorce, Manuel Valls, Patricia Adam, Laurent Baumel, Patrick Bloche, Christophe Caresche, Jean-Patrick Gille, Christophe Masse, Jean-Pierre Mignard, Pierre-Alain Muet, Gilles Savary, Marisol Touraine.


Intervenants :
Philippe Aghion, Pascal Beau, Elie Cohen, Hervé Le Bras, Louis Gautier, Roger Godino, Géraud Guibert, Philippe Guibert, François Heisbourg, Ernst Hillebrand, Bettina Laville, Gilles Le Blanc, Jean-Louis Levet, Jean-Hervé Lorenzi, Bruno Palier, Henri Rey, Patrick Savidan, Frédéric Sawicki, Magali Vergnet, Michel Winock.








Ci-dessous, à côté de Godino, Elie Cohen, qui nous a emmerdé avec son éternelle logorrhée sur la mondialisation qui-est-là, se complaisant dans l'économisme mimétique maintes fois entendu. Plus loin, Pierre-Alain Muet, lui aussi un économiste visiblement assez peu frotté à la réalité (pléonasme?), et par ailleurs adjoint de Gérard Collomb à la mairie de Lyon. Puis Dominique Méda, Gilles Le Blanc, Hervé Lorenzi, des habitués des colloques socialistes.

Enfin, pour conclure la journée, ci-dessous le vrai truc qui se voulait important: une nouvelle génération à la même tribune, traversant toutes les nuances du parti. Manque tout de même sur la photo le strauss-kahnien Laurent Baumel. A noter que Cambadélis et le fabiusien Henri Weber auront fait une apparition (ensemble), évidemment destinée à être remarquée.
Depuis, cette tentative de rénovation générationnelle n'est pas sortie du virtuel.



Tiens, tant qu'à faire et pour montrer que ça bosse quand même au PS, quelques photos supplémentaires: Le 11 décembre, petite causerie organisée par socialisme et démocratie. Ci-dessous Marc Deluzet (un disciple de Roger Godino), Pierre Moscovici, Daniel Cohen (économiste pas trop déconnecté des réalités et qui ne s'est pas arrêté de réfléchir) et une éminence dont je ne me souviens plus du nom.

Michel Sapin (ségoléniste) était invité à cette causerie, et il est effectivement venu (à gauche ci-dessous). En arrivant il a fait une blague de socialiste: "Je ne vais pas pouvoir rester longtemps, mais si j'étais pas venu, ça aurait fait plus causer au PS qu'en venant même 10mn". Il fallait bien démontrer que Moscovici est ségolenisto-compatible.

Le lendemain, les troupes Mélenchoniennes et Drayistes, assez jeunes, étaient invitées à un dialogue "franc" entre leurs champions respectifs, débat animé par Nicolas Domenach.

Evidemment le point le plus chaudement débattu ici fut la question des alliances, mais ne croyez pas que dans chacune de ces séances il n'ait été question que de politique politicienne. Les responsables socialistes sont généralement des gens qui travaillent. On y cite Galbraith pour souligner la fin du capitalisme managérial, mais on y parle aussi d'Alain Supiot pour évoquer la subordination liée au contrat de travail. Mélenchon cite Largo Caballero pour signifier que son attention à l'amérique latine ne date pas d'hier. D'autres convoquent Amartya Sen pour montrer qu'ils sont à jour, et mentionnent des travaux de Philippe Askénazy pour le coté jeune pas encore consacré.

-

PS: pourquoi ce titre? ben y'a plus la place, mais je vais y revenir au prochain article. M'enfin, pour le socialisme, Mosco, vite! quoi...
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 13:18
Ce blog a acquis une assez solide réputation de jospinisme depuis ces deux articles, et la subséquente vindicte (sympathique) d'un certain blogueur ségoléniste assez heureux de trouver sur le net une incarnation du fantôme qui le hante. Or, j'ai eu brandi des étendards plus lourds à porter. Alors, à l'occasion de cette tribune...


... disons-le haut et fort:
(cliquer ci-dessous)


Ce qu'il y a de remarquable dans cette tribune n'est pas que Lionel y donne des leçons, contrairement à ce que dit Dagrouik, c'est que de nouveau il y montre l'exemple. En effet, il souligne en creux, assez cruellement, les insuffisances de ses petits camarades: Comment se fait-il qu'il faille que ce soit Lionel Jospin qui signe un texte de cette nature? Pour sauver l'honneur d'une gauche qui devrait compter autant de telles tribunes qu'elle a de "ténors" auto-proclamés, lesquels pourtant se bousculent devant les caméras les soirs de victoire.

C'est que la situation est pire qu'on ne le pense généralement, car y compris au plus "haut niveau", certains patagent l'analyse qui est faite
ici:
"Désormais nous devons discuter en premier de l'orientation, puis élire des équipes et choisir un ou une tête pour nous représenter."

Sous des dehors de bon sens, cette proposition, appliquée, serait en réalité le symptôme de la médiocrité générale. Elle acte une situation dans laquelle les "candidats-leaders" n'ont pas d'idées, où il faudrait produire une nouvelle bouillie à l'unanimité, puis laisser les sondages désigner le chef.
Or, le PS ne souffre pas de manque d'idées, plutot de diversité d'idées, et cette richesse ne devrait pas être vue comme un problème.
Les "candidats-leaders" ne parlent pas d'une même voix? Et alors? Et même, tant mieux!
Contrairement à la pratique que voudraient faire prévaloir les ségolénistes, il n'y a pas à distinguer la question des idées et des personnes: les personnes, c'est les idées. Comment se fait-il que nous en soyons venus à penser qu'être responsable politique c'est de ne pas défendre des idées qu'on n'a pas?
Trancher les débats de fond se fait donc en tranchant la question des personnes. A l'appui de cet enfonçage de portes ouvertes, nous pourrions rappeller les exemples historiques "Mitterrand contre Rocard" en 1979 et "Jospin contre Emmanuelli" en 1995. Mais même en 2006, qui peut croire que si l'alternative avait été "Strauss-Kahn contre Fabius", l'orientation n'aurait pas été tranchée? En réalité, en choisissant une candidate qui ne montrait pas clairement où elle allait, les militants ont non seulement été victimes de la tactique de triangulation à la mode à l'époque, ont aussi donné une prime aux sondages, mais surtout ont décidé de ne pas choisir.
A chacun de structurer son identité politique donc, et principalement aux plus éminents.

Corollaire: il ne faut pas avoir peur de débattre. L'émergence de propositions saillantes ne se fait pas dans la tambouille mais dans la friction. Depuis le referendum de 2005, les militants socialistes ne parviennent pas à surmonter cet épisode qui semble leur avoir laissé un mauvais souvenir. Pour ma part j'ai un très bon souvenir des débats qui ont animé ma section en 2004: ceux-ci ont permis d'affiner ma connaissance des problématiques européennes et de clarifier ma pensée sur ce sujet. Puis de mener une campagne qui bien qu'elle ait été perdue (je défendais le oui) m'a semblé un beau moment démocratique, que seul le comportement des médias (il valait mieux les avoir comme adversaire que comme ami) a quelque peu obscurci.

NB: ne croyons pas que la conquête du pouvoir par sarkozy forme un contre-exemple à mon argument. Le débat de fond à droite était escamoté parce que superposé au débat de personnes pendant 4 ans, et sarkozy ne s'est imposé qu'en "tuant" son adversaire Villepin avec la trahison du CPE puis le
faux-complot Clearstream. Ce qui a rendu du même coup l'UMP homogène idéologiquement, mais par éradication du gaullisme.

Lionel Jospin met aussi les pieds dans le plat sur un point que beaucoup au PS voudraient escamoter:
"la contradiction entre ses succès locaux et ses échecs nationaux [...] On prétend que certains de ses notables s'accommoderaient de cette disparité, le statut d'opposants au pouvoir central leur paraissant propice à leurs victoires locales."
Cela devient un secret de polichinelle (auquel Lionel préfère feindre de ne pas croire). En effet, les responsables politiques de gauche ne sont pas forcément plus à plaindre que ceux de droite. Ils n'ont certes pas de responsabilités dans les ministères, mais s'en sont bien sortis aux législatives, et surtout ils ont pour la plupart trouvé un siège confortable dans les conseils municipaux, conseils généraux et conseils régionaux. On comprend que leurs petits camarades de droite tirent la tronche.

Cette situation confortable est dangereuse, on l'a vu entre 2002 et 2007. La contestation peut ne pas monter de l'opposition, mais au sein de la majorité. Et l'alternance ne pas se produire comme il était prévu, c'est-à-dire avoir lieu non pas vers la gauche mais au sein de la droite. Et la droite ne manque pas de candidats pour cette "alternance" droite-droite: Bayrou, Villepin, voire Juppé ou même Fillon.

Voilà pourquoi il ne faut pas confondre "opposition constructive" et "un coup c'est oui, un coup c'est non". Plutôt que de se laisser déboussoler tous seuls sur la question de "tenir les promesses", voilà de quoi certain(e)s pourraient s'inspirer: "Certes, la nouvelle équipe a, dans quelques cas, tenu parole. Elle l'a fait logiquement pour le traité européen, injustement pour les régimes spéciaux de retraite, et sottement pour le paquet fiscal."

Ceci étant dit, ne perdons pas l'occasion de rigoler que nous a donné l'UMP avec son leitmotiv "ces élections sont locales, sans enjeu national":



PS1: Eric raille à juste titre mon blogging quelque peu erratique ("S'il vous reste encore des visiteurs, vous pouvez les perdre en cessant de publier pendant plusieurs semaines. Attention! Ne faites pas l'erreur de les prévenir"). Mea culpa. J'avais quelques raisons d'être si irrégulier dans la publication d'articles sur sauce mais je devrais ouvrir un autre blog encore plus anonyme pour parler d'une de ces raisons en particulier (beaucoup à dire -et médire- mais je veux pas me faire repérer). Je vais y réfléchir. En attendant, promis je me remets à une publication plus régulière (au moins un billet par semaine) et je préviendrai quand le hamster n'arrive plus à courrir aussi vite que sa roue ne tourne.

PS2: Ceci dit la baisse de fréquentation n'est pas aussi forte que j'aurais pensé comme l'indique le graph de stats. Bon, j'étais à 250-300, je suis quand même passé à 150-200.
stats.jpg
Par ailleurs, vous aurez noté une étrange progression des pages vues depuis 3-4 jours. Qu'est-ce à dire? serait-ce le déjà fameux Nicolas Princen, le dernier gadget que sarkozy a inventé pour se ridiculiser?
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
2 février 2008 6 02 /02 /février /2008 13:21
Comme promis en commentaire de l'article précédent, et vu que ma position n'y est pas jugée claire, explicitons le problème (quitte à enfoncer des portes ouvertes):

La gauche n'est pas de culture caporaliste, se méfie des effets plébiscitaires. Pas de bol, avec la Veme République, l'élection du président au suffrage universel, et l'inversion du calendrier, c'est bien un plébiscite qui détermine l'accès aux responsabilités nationales.

Il faudrait donc de nouveau modifier la constitution pour que celle-ci permette la juste expression des sensibilités politiques et redonne un peu plus de place à la délibération pluraliste dans les processus de décision. Mais là encore pas de bol: même quand la gauche est parvenue au pouvoir par les législatives en 97, elle n'avait pas le pouvoir de modifier la constitution contre la volonté de la droite. En effet, deux voies sont possibles:
* le parlement réuni en congrès, mais le sénat (de droite) bloquait. Le sénat est de droite car son collège électoral est déséquilibré. L'élection des sénateurs est d'ailleurs très peu lisible et on peut se demander après combien d'années et de modifications il pourrait passer à gauche, comme le signale justement Eric.
* un referendum, mais là c'est le président (de droite) qui bloquait (le gouvernement propose un referendum, le président dispose).

Bref, la Veme aujourd'hui est un piège pour la gauche, et ce même si Jospin y a contribué en étant à l'origine du calendrier électoral actuel (ce qu'Eolas n'aurait pas manqué de signaler), alors que mettre les législatives avant les présidentielles aurait été beaucoup plus pertinent, nous remettant du même coup en ligne avec autres pays européens (le chef de l'exécutif est désigné selon la couleur du parlement et non l'inverse).
La Veme telle que pratiquée par sarkozy est aussi un piège pour la chose publique, qui tend à devenir la chose d'un seul. Par exemple, les ministres apprennent la politique qu'ils doivent conduire lors des conférences de presse de l'Elysée, voire au gré des déclarations des conseillers. On oublie que si sarkozy est président, il n'est que président, ce qui est déjà beaucoup, mais que la république lui définit un périmètre qui a tout de même des limites.

Le débat n'est pas récent. Jules Grévy en 1848:

« [...] Le président de la République a tous les pouvoirs de la royauté : il dispose de la force armée ; il nomme aux emplois civils et militaires ; il dispense toutes les faveurs ; il a tous les moyens d'action, toutes les forces actives qu'avait le dernier roi. Mais ce que n'avait pas le roi, et qui mettra le président de la République dans une position bien autrement formidable, c'est qu'il sera l'élu du suffrage universel ; c'est qu'il aura la force immense que donnent des millions de voix. Il aura de plus, dans l'Assemblée, un parti plus ou moins considérable. Il aura donc toute le force matérielle dont disposait l'ancien roi et il aura de plus une force morale prodigieuse ; en somme il sera bien plus puissant que n'était Louis-Philippe.
Je dis que le seul fait de l'élection populaire donnera au président de la République une force excessive.
Oubliez-vous que ce sont les élections de l'an X qui ont donné à Bonaparte la force de relever le trône et de s'y asseoir ? Voilà le pouvoir que vous élevez ! Et vous dites que vous voulez fonder une république démocratique ? Que feriez-vous de plus, si vous vouliez, sous un nom différent, restaurer la monarchie ? Un semblable pouvoir, conféré à un seul, quelque nom qu'on lui donne, roi ou président, est un pouvoir monarchique ; et celui que vous élevez est plus considérable que celui qui a été renversé.
Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d'être héréditaire, sera temporaire et électif, mais il n'en sera que plus dangereux pour la liberté.
Êtes-vous bien sûrs que, dans cette série de personnages qui se succéderont tous les quatre ans au trône de la présidence, il n'y a aura que de purs républicains empressés d'en descendre ? Êtes-vous bien sûrs qu'il ne se trouvera jamais un ambitieux tenté de s'y perpétuer ? Et si cet ambitieux est un homme qui a su se rendre populaire, si c'est un général victorieux, entouré de ce prestige de la gloire militaire auquel les Français ne savent pas résister ; si c'est le rejeton d'une des familles qui ont régné sur la France, et s'il n'a jamais renoncé expressément à ce qu'il appelle ses droits ; si le commerce languit, si le peuple souffre, s'il est dans un de ces moments de crise où la misère et la déception le livrent à ceux qui cachent, sous des promesses, des projets contre sa liberté, répondez-vous que cet ambitieux ne parviendra pas à renverser la République ? »


Est-il utile de préciser aux éminences bloguistiques expertes en amendements que l'amendement Grévy fut rejeté, que Louis-Napoléon Bonaparte fut élu président au suffrage universel, puis a aboli la république en 1851 pour instituer le second Empire?

Aux admirateurs de Napoléon III, je répondrai que Julez Grévy fut par la suite président sous la IIIeme république qu'il contribua à fonder, et que cette IIIème république n'était pas si mal que ça sur le plan institutionnel.



Réponses anticipées à quelques objections connues:

* Mitterrand, à propos de la constitution, était de gauche dans son discours sur le coup d'Etat permanent, et de droite dans le bénéfice qu'il a cru pouvoir en tirer, une fois élu chef de l'Etat à son tour. Il faut dire que pour modifier la constitution, il aurait du déclencher un referendum, et il a peut etre jugé que les français avaient d'autres sujets en tête.

* L'exemple américain: on cite l'exemple de la démocratie américaine, mais y a-t-il des élections de mi-mandat en France? Posez la question aux constitutionnalistes américains: et si on supprimaient les élections de mi-mandat? Impensable, et pourtant ça reviendrait à ce qui se fait en France.

* Le sénat défend les libertés individuelles: jusqu'à présent je croyais qu'en démocratie les libertés individuelles n'étaient pas censées être mises au débat. Que le sénat joue au garde-fou c'est bien, mais argumenter là-dessus revient à faire d'une situation de précarité (de la chose publique) la norme.

* Les députés de droite pourraient se rebeller: c'est l'objection que je n'ai pas entendu mais qui semble la plus forte. Le problème est que sarkozy fait savoir chaque fois qu'il le peut que les députés lui sont redevables. Et effectivement ils lui sont plus redevables qu'on ne le pense généralement. En effet, c'est sarkozy qui en tant que président non pas de la république mais de l'UMP a donné les investitures. Toute la question est donc de savoir si sarkozy va garder le contrôle des investitures UMP, auquel cas la fronde des députés serait très hypothétique, et leur émancipation ne pourrait intervenir qu'en cas de défaite de sarko aux présidentielles.

* "Balladur va réformer les institutions": Il propose que sarkozy vienne expliquer au parlement comment il faut penser. Superbe rééquilibrage. Certains diront: "ne soyons pas sévère, attendons de connaître les détails". Chiche. S'il est prévu que sarkozy aie à affronter une contradiction publique à égalité de temps de parole avec l'opposition, je dirai bravo. Je ne risque pas grand chose.

bug_fck
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 14:28
Une république des blogs sympathique hier soir. Puisque c'est l'occasion, sacrifions à un exercice quelque peu mondain, un de ceux qui singularisent le blogging, à savoir le link-droping.

d46e347e97294e3a17a7b50723b30d85.jpg Nous y avons donc retrouvé, par ordre d'apparition, Dagrouik (faites attention aux conneries que vous dites car il prend tout en notes), Julien Toledano (faites attention à votre style car il prend tout en vidéo), Eric (un cheminot cégétiste ... enfin, il a un faux-air de Bernard Thibault -il devrait se méfier du précédemment mentionné-), Ivannouissant (qui a comme moi une certaine défiance par rapport à l'hygiénisme ambiant, la médicalisation à outrance et les allégations santé tous azimuts), Juan (première rencontre, il défend une méthode douce envers les électeurs sarkozystes -croyez-le ou non-) et Abadinte (blogueur strauss-kahnien avec qui il est donc assez étrange que nous n'ayons pas discuté plus tôt). Pas mal d'échanges intéressants autour de cette table de gens de gauche. On a aussi croisé, plus rapidement, Jean-Paul Chapon, Luc Mandret et Laurent Gloaguen.
(ouf!).

Vous l'aurez compris, nous avons donc déploré l'absence de consoeurs. Si on devait s'en tenir à cette assemblée, il faudrait bien conclure à une très faible féminisation dans la sociologie du blogueur politique. Et si vous alliez à la réunion "off" (qui se tient en permanence à la "comète", au kremlin bicêtre), vous tomberiez également sur de non moins masculins blogueurs à savoir Nicolas et Tonnegrande. Ah si, j'oubliais, à la comète, on y rencontre aussi parfois Fiso, assurant à elle seule la nécessaire touche de féminité dans ce milieu terriblement homogène.

288426e9e877775cdb85eb448f077683.jpgAh, et il y a ceux qu'on ne voit jamais, tel Toréador (un provincial?) qui, semble-t-il rien que pour m'embêter, tient à se signaler avant que je ne finisse ce billet. (d'où l'intérêt des liens, que relève technorati, qui permettent de savoir quand on parle de vous).
Réagissant à un propos tenu ici, il se lance dans une stigmatisation de l'"ignorance démo-crasse". Aguiché par la perspective d'une causerie magistrale, je dévale les lignes à la recherche des éléments qui combleraient mes lacunes. J'y apprends, en somme, que sarkozy est au pouvoir (je rassure tout de suite Toréador, je ne suis pas volontaire pour une destitution de force qui me serait probablement plus dommageable qu'à lui), et que finalement, à la restitution que je fais de son point de vue, il ne remplacerait que le mot "chef", par "représentant" (
par ailleurs, démocratie=élection, d'où "démocratie représentative" CQFD). Cette démocratie -quelque peu rudimentaire- n'en serait donc nullement affectée si le pouvoir était atteint d'autisme, se déployant dans une sorte de planification intangible, arrêtée au soir des élections.
Euh, et la dimension délibérative? et le dialogue? et la décentralisation? et l'autonomie tant vantée? et la responsabilité? et pourquoi s'informer alors? faisons plutôt une bonne sieste politique entre les campagnes, non?
Heureusement, le caractère "traditionnel" ou plus exactement "obsolète", sinon archaique, de cette pratique du pouvoir est,
in fine, mentionné (Suggérons donc de rechef les propositions de modernisation émanant de gens qui par leur travail et l'ancienneté de leur diagnostic ont quelques titres à se faire entendre).
On aura malheureusement noté entretemps que le discours est accompagné d'une étonnante digression qu'on croirait sortie de l'après mai 68 sur la "vanité citoyenne" et le "déni de démocratie que constitue la pression de la rue", bref la chienlit. Ce qui confirme le sentiment qui m'a fait retirer ce môssieur (volontiers poseur d'ailleurs) des recommandations que sont les liens disposés colonne de droite. Non que je sois libertaire, comme il tente maladroitement de le faire accoire, mais cette rhétorique me semble bien peu prémunie contre la malheureuse "pensée" réactionnaire d'un certain sarkozy.

Pour finir (décidément mes billets sont bien longs ces temps-ci), indiquons que la distraction que représente aussi pour moi ce blog pourrait intervenir de manière un peu moins fréquente pour un temps, en raison de préoccupations plus essentielles.
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 16:36
Pour finir sur la question Royal/Jospin, j'ajoute quelques extraits trouvés dans le monde2, suivis de 2 objections à des blagues ségolénistes.


Je ne me cache pas d'apprécier le style d'écriture de Lionel Jospin, malgré les ricanements des commentateurs du billet précédent. Pour certains il est obscur, moi je le trouve certes dense, mais précis. Sur le fond, je ne veux simplement pas revivre une campagne qui ne soit débarrassée des égarrements ci-dessous:

jospin-impasse.gif" La campagne de la candidate socialiste a fondamentalement souffert d'une carence de politique."

"Les réunions auxquelles participait Ségolène Royal elle-même étaient tout sauf spontanées : intervenants choisis, questions préparées à l'avance et connues. Quant à l'oratrice, elle ne répondait pas aux questions, mais lisait une intervention. De cette mise en scène surgissait l'impression curieuse de questions sans réponses, puis d'une réponse étrangère aux questions."

"Ségolène Royal construisait son projet et sa stratégie politiques sur des écarts insolites par rapport aux fondamentaux de la gauche. Faire un écart peut se révéler fécond. Mais on ne peut progresser d'écart en écart sans risquer le sautillement intellectuel et la perte de sens."

"Le soin, pour le moins inédit, mis à donner un sens symbolique à son apparence, à se vêtir de blanc, cette proximité proclamée et cette inaccessibilité organisée semblaient conçus pour provoquer ferveur et dévotion et non pas pour obtenir une adhésion réfléchie. A la fin de la campagne, on entendit même d'improbables formules religieuses ("aimons-nous les uns les autres")."

"A plusieurs reprises, ses propositions surprises, ou mal ajustées, ont déconcerté. Dans le même temps, elle n'a jamais vraiment démystifié les mesures concrètes avancées par le candidat UMP, donnant l'impression de se contenter de généralités, de formules toutes faites (le "gagnant-gagnant") ou de proclamations volontaristes (comme ce "moi, je le pourrai" asséné, au mépris des contraintes économiques, lors du débat télévisé du second tour)"

"Ainsi se révèle une conception de la politique. Prétendre ne devoir de comptes qu'aux foules anonymes, qui sont hors d'état de vous les réclamer, dispense d'avoir à en rendre à ceux qui sont en situation et en droit de les exiger."
 

"A la crainte inspirée par Nicolas Sarkozy, aux premiers stades de la campagne, s'est finalement substituée l'inquiétude à l'égard de notre candidate. Le professionnalisme préoccupant de l'un a été préféré à l'amateurisme insécurisant de l'autre."

 
"malgré son aplomb et sa détermination, elle n'était pas taillée pour le rôle. Elle avait rejeté les armes classiques du combat politique parce qu'elle ne les possédait pas. Celles qu'elle détenait ne pouvaient la conduire à la victoire."



1ere blague: La faute aux éléphants. Ségolène aurait été victime des pachydermes. Mais alors, que dire, pour ce qui concerne sarkozy, des comportements respectifs de Chirac, Villepin, Debré ou même Dupont-Aignan? Ces derniers n'ont cessé de lancer des piques au long de la campagne, et le soutien de Chirac à sarkozy n'a absolument rien à envier en matière de tiédeur à celui de Jospin à Ségolène.
En réalité, Ségolène a choisi la rupture par rapport à Jospin et aux éléphants, et c'est ce qui lui a permis de gagner le match à gauche, comme la rupture est ce qui a permis à sarkozy de gagner le match à droite.
La différence, c'est qu'une fois la primaire gagnée, sarkozy a concentré toute son énergie à gagner son match contre la gauche, alors que Royal a au contraire continué d'employer son savoir-faire contre son propre parti et contre ses camarades.
On a même vu arriver dans les sections, à l'approche du 1er tour, des missi dominici venir expliquer par avance que la campagne était en soi une victoire, et que si défaite il y avait, c'était la faute des vilains sexistes.
Quant au manque de soutien, il faudra en parler à ceux qui ont cumulé des dizaines de meetings tout en étant laissés à eux-mêmes, voire en devant régulièrement improviser sur les orientations de campagne découvertes dans la presse.

2eme blague: 47%, c'était inespéré. On en entend même dire qu'avec quelqu'un d'autre la gauche aurait été à 30% (au second tour).
Petit rappel historique. En 1965, Mitterrand, à l'époque loin d'être une célébrité, se présente contre De Gaulle, dont on pense d'ailleurs qu'il sera élu dès le 1er tour. De Gaulle, double héros national, qui a peu auparavant fait réviser la constitution pour instituer l'élection au suffrage universel du président de la république. De Gaulle, servi par L'ORTF, et par des médias en comparaison desquels ceux d'aujourd'hui sont des anarchistes.
Pourtant, Mitterrand se qualifie, et obtient 45% au second tour. Voilà qui ressemble furieusement à un score plancher pour la gauche lors d'un second tour de présidentielle.




A part ça, Eric, Nicolas, et Sarkofrance s'exercent à parler du sarkozysme. Même Jospin l'a fait (voir ci-dessous). Moi, ça fait longtemps que j'en ai pas parlé donc mon prochain billet va me permettre de me rattraper.
 


"Derrière l'affabilité et la familiarité profuses, sous ce personnage tellement en mouvement qu'on se demande ce qu'il fuit, se dévoile un homme préoccupé de lui-même et pas toujours respectueux d'autrui."

"Hier, le ministre de l'intérieur a manifesté souvent, à l'égard du président de la République et des deux premiers ministres qui l'avaient nommé, une habile effronterie en public et une choquante grossièreté en privé, dont les journalistes ont eu maints témoignages. Il se livre à des exercices constants d'autocélébration et à une mise en scène permanente de lui-même, souvent confondus par les médias avec l'action."

"cette obsession d'aller vite et de paraître tout résoudre aux yeux de l'opinion fait sous-estimer la complexité des problèmes et commettre des erreurs."

"S'il s'avérait que le premier ministre était dépouillé d'une grande part de ses prérogatives et que les ministres étaient constamment court-circuités cependant que le président verrait s'accroître son champ d'action sans perdre son irresponsabilité, nos institutions seraient gravement déséquilibrées dans le sens du pouvoir personnel."

"La profusion médiatique et l'envahissement économique sont tels aujourd'hui que personne ne s'offusque plus de voir se nouer des liens intimes entre des personnalités appartenant à ces différents pouvoirs. De manière ostentatoire, le nouveau président de la République se vante de liens vifs d'amitié ou de fraternité personnelle avec de grands propriétaires de médias et d'autres puissants patrons. Je suis surpris, et inquiet, de voir que les observateurs ou des intellectuels, dont certains donnent volontiers des leçons de républicanisme, sont peu nombreux à s'en émouvoir."
 
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 11:51
pre26.jpgJe fus furieusement jospiniste, et indécrotablement jospinien. C'est ce qu'indique la présentation, colonne de gauche de ce blog, depuis son origine. En fait, le terme "ex-jospiniste" est erronné puisque je suis toujours en phase avec l'orientation politique qu'il incarne. J'essaie plutôt de ne plus être jospinien, ayant expérimenté les limites électorales d'une personnalité faite de rigueur, d'élitisme, de rationnalité excessive.


(le slogan de Lionel, ci contre, montre que vouloir une rupture de style après l'ère chirac n'est absolument pas une preuve de génie ou même d' "habileté", en tous cas aucunement une innovation)


Est apparue récemment ici une catégorie "PS", que j'alimente avec un empressement relatif sachant que ce parti  -j'en suis un militant- a devant lui pas mal de temps pour méditer. J'y ai quand même ajouté, en les anti-datant mais livrés tels quels, deux textes qui datent de la campagne d'investiture:

* "Dominique, Ségolène, et Lionel" pour expliquer mon choix entre les trois personnalités les plus proches de mes orientations en septembre 2006. Il y est donc surtout question de la "bonne candidature", de problèmes déjà identifiables chez Ségolène, et de cette nuance jospiniste/jospinien: je me définissais d'ailleurs à l'époque comme un jospiniste qui ne veut pas de la candidature de
Lionel Jospin.

* "Présentation DSK". J'ai défendu la candidature de DSK au sein de ma section, avec entre autres ce texte (qui n'était pas trop mauvais m'a-t-on dit). On y trouvera, passé la question du personnage, quelques éléments purement programmatiques mais très synthétiques.


Voilà pour ceux qui ne savaient pas encore me "situer" (c'était pourtant le rôle des deux citations elles aussi sur la colonne de gauche).




Avec ce lourd passé, je ne peux décemment rester silencieux face à l'intense polémique entre deux éminents blogueurs de ma connaissance: l'un est d'accord avec le propos récent de Jospin, l'autre est contre Jospin (attention à la nuance).
Il se trouve que j'ai écrit un billet sur la question qui semble toujours d'actualité (et qui lui aussi
n-était-pas-trop-mauvais-m-a-t-on-dit):

"L'enjeu, l'enjouée en joue"


En prime, j' "oute" sur ce blog mes commentaires faits chez Eric et Nicolas, en attendant de faire d'autres billets sur mon si attachant parti (et à mes risques et périls):


C'est justement parce que Jospin n'est candidat à rien que sa parole sur ce sujet a de la valeur: tous ceux qui sont candidats à quelque chose savent qu'ils ne peuvent en aucun cas fâcher les troupes de Ségolène, soi-disant nombreuses. Par contre ils savent que Jospin a raison. Jospin dit juste tout haut ce que tout le monde pense tout bas, mais le dézinguer ne coute pas cher.
Que Jospin n'aie lui même pas été brillant en 2002 ne change rien à l'affaire. On peut même ajouter que c'est en partie grâce au 21 avril 2002 que Ségolène a fait son score au 1er tour en 2007.
Sur la question du projet cohérent: tout le monde au PS s'attendait à ce que la mise en cohérence se produise une fois le candidat connu. Personne ne doute que Fabius ou dsk auraient "retaillé" le projet à leur sauce. D'ailleurs Ségo a parfaitement été capable de trancher des débats qui ne l'avaient pas été, quand elle l'a voulu: par exemple en se prononçant pour la VIeme république.
Le problème est que, pour la VIeme comme pour le reste, ça sonnait creux, et personne ne voyait vraiment où on allait.


Pour agraver mon cas, je vais même rebalancer d'autres vacheries, sur Valls, déjà dites sur le Poliblog:


Valls pense qu'en distillant 2-3 trucs de droite il copie la tactique qui a réussi à Royal pour se faire désigner. Il oublie qu'on peut être iconoclaste en disant des trucs de gauche. En réalité il ne sait plus où il habite à force de trianguler.
Les "jeunes lions" entament tous le rapport de force en interne avec dans l'idée que même s'ils ne parviennent pas à être désignés candidats, ils peuvent viser un rôle de n°2 de Ségolène, à l'issue d'un "arrangement au sommet", comme l'a déjà tenté Montebourg à Frangy en Août 2006. Sacrifiant d'ailleurs au passage un gros morceau de ce qui faisait sa singularité, et perdant en chemin une bonne partie de ses troupes ("rénover maintenant", vous connaissez?).
Ils savent aussi que Ségo n'a aucune chance en 2012, mais que de toute façon 2012 c'est déjà rapé, et qu'il leur faut construire une stratégie à 10 ans.
Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article
14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 23:55

Si Ségolène Royal était aussi efficace en campagne nationale qu'elle l'est en campagne interne, si elle avait été aussi habile et déterminée à contrer sarkozy qu'elle l'est à contrer ses camarades, alors elle aurait été victorieuse au soir du 6 mai. Or, malgré son sourire ce soir là, elle ne l'a pas été. Depuis sa souriante déclaration dès 20h, elle est néanmoins à l'initiative pour tenter de faire prévaloir son analyse, et donc son leadership, dans une blitzkrieg au moins aussi pachydermique que d'autres.

Toute son habileté est de s'avancer tout en faisant taire les lectures divergentes, d'occuper le terrain tout en appelant à la discipline contre les ambitions personnelles. Pour preuve, elle parvient à employer les mêmes mots "choquants" de DSK ("disponible" "pour mener la rénovation" a-t-elle dit samedi), sans choquer outre mesure. Le leitmotiv de ses partisans: la présence de la gauche au second tour serait une victoire, ses 47% le résultat d'un grand mouvement et de la ferveur qu'elle a généré, et si elle n'a "pas gagné", c'est parce que la campagne était trop courte (Jospin a eu 3 mois en 95) et la France trop à droite.

Evidemment, ça fait remuer au PS, et cette situation serait divertissante si elle ne recelait pas les germes de futures déconvenues. L'enjeu des législatives, dont Ségolène joue pour ne pas être mise en joue, ne fait qu'ajourner l'identification de problèmes sérieux qui augurent mal de l'avenir. On va donc se décider à en parler:

* Il sera difficile de construire sur une falsification. Les 17 millions de voix ne sont malheureusement pas un "formidable socle". Sans même éplucher les enquêtes ipsos, quiconque a arpenté le terrain au long de cette campagne sait la part de sceptiques parmi ceux qui ont voté Royal. Un vote par devoir, fortement conditionné par le 21 avril et le rejet de sarkozy, mais qui pourrait se détourner à l'avenir, faute de cohérence, de vision, d'armature politique. Sans parler des aspects purement techniques d'élocution de la candidate dans les situations les plus exposées, qu'il n'y a pas de raison de ne pouvoir corriger au regard des prestations plus confidentielles. Si on admet que chaque voix compte, on ne peut pas se permettre des handicaps superflus. Enfin, on ne peut décemment pas conduire le parti socialiste vers 2012 en étant équipé de ce credo: "être au 2eme tour, c'est une victoire".

* Ce malentendu de départ, semi-volontaire, risque fort de condamner la rénovation que tout le monde déclare pourtant souhaiter, tant et si bien d'ailleurs que le vocable en perd son sens. Si on considère les 47% comme un résultat inespéré, l'avenir du PS pourrait se résumer à ce principe: "Royal EST la rénovation". Alors certes, Ségolène a le talent pour bousculer les dogmes, et elle a le sens de l'innovation. Des qualités qui peuvent être un acquis pour une seconde candidature. Mais le moteur de sa démarche tourne beaucoup trop aux enquêtes d'opinion, ses intentions sont trop guidées par la volonté de faire des coups de com', et sa ligne trop improvisée au gré de ses intuitions. Si ce diagnostic n'est pas fait, ces ressorts profonds produiront les mêmes dispersions, le même manque de lisibilité, le même flou anxiogène, et finalement les mêmes interrogations sur les perspectives qu'elle propose. Toutes choses qui ont été perceptibles pendant la campagne et qu'on ne peut attribuer à la seule stagnation du parti ces cinq dernîères années.

* L'absence de rénovation ces cinq dernières années n'est donc pas la seule explication de l'échec, et elle n'est pas non plus de la responsabilité exclusive de François Hollande. Tant qu'à lister les sources de possibles lendemains qui déchantent, il faut signaler le caractère hétéroclite de l'équipe qui s'est formée autour de Ségolène, et le fait que les (ex-) hollandais y figurent en bonne place. Leur reconduite n'est pas la meilleure garantie que l'opposition rompra avec les mauvaises habitudes qu'elle a prises ces derniers temps. Laisser Bayrou faire figure d'opposant n°1 n'est pas une bonne idée, et de ce point de vue la future absence de Ségolène du parlement est une mauvaise chose. Ce qui a manqué c'est aussi de parler fort contre sarkozy. Rebsamen, Dray, Leroux, ou même Lang sont aussi parmi les moins faciles à situer politiquement, ce qui peut être confortable mais qui n'aidera pas leur héroïne à gagner en tranchant dans le discours.

* Le traitement de certaines difficultés non-négligeables rencontrées par le PS est, pour un bon moment, empêché par le caractère affectif de la relation de Ségolène avec ses supporters. Ces derniers la poussent inconditionnellement. Même dans la mauvaise direction. Il faut dire que si la fraîcheur est la qualité la plus fréquente des militants ségolénistes, celle-ci frise souvent l'innocence. L'intérêt de leur championne n'est pas de simplement se substituer à son compagnon à la tête du PS sans rien changer au reste. Il faudrait que quelqu'un se charge d'affranchir les nouveaux militants sur le pedigree des suscités Dray et Rebsamen en matière de luttes d'appareil, manoeuvres dans lesquelles ils excellent plus que dans la refondation idéologique. Ils sont d'ailleurs, dit-on, déjà à l'oeuvre dans les contacts avec Bayrou. L'objectif ne doit pas être de prendre le pouvoir au PS pour simuler la rénovation, éventuellement en y substituant un simple changement de stratégie d'alliance. L'objectif doit être de refonder avec la volonté d'attirer suffisament d'électeurs pour prendre le pouvoir lors des échéances nationales.

* La volonté de gagner n'est peut-être pas assez largement partagée. La relative légèreté de l'humeur de certains responsables au soir du 6 mai indique peut-être que le fait d'être majoritaire dans les villes, et donc d'espérer voir des mandats locaux reconduits, suffit à certains. Il pourrait même s'instaurer un relatif décalage entre la domination du parti -et donc de ses notables- localement, et une incapacité à prolonger cette domination nationalement. Un(e) dirigeant(e) qui nourrit des ambitions nationales devrait logiquement se méfier de ceux qui se contenteraient d'une telle situation. Ou de ceux qui s'exonéreraient de leur responsabilité au prétexte de la soi-disante "force" de l'adversaire. Le principe d'une désignation précoce du candidat pour 2012, qui aie autorité pour veiller à la cohérence du projet, est bon. Mais si ça consiste à écarter les talents, à installer une citadelle, à stériliser les initiatives, à caporaliser pour mieux passer les objections sous silence, alors il est urgent d'opérer les changements nécessaires avant.

* En réalité, la tactique de Ségolène pourrait bien avoir pour résultat de museler, paradoxalement, ceux pour qui la victoire est la priorité. C'est ce que résume Benoît Hamon: "Le PS, ce n'est pas le doigt sur la couture du pantalon, la désignation et ensuite 'faites chauffer la colle'! Il faut faire de la politique dans l'intervalle". Ceux-là étaient plutôt animés, en ce soir funeste, d'une "saine colère". Ceux-là ne se satisfont pas d'une France supposément à droite, puisque ce n'est à personne si ce n'est à la gauche que de faire pencher le balancier de l'autre côté, de contribuer à l'édification politique des électeurs, avec l'ambition de les tirer vers le haut. De ce point de vue, comme le dit Vincent Peillon, la campagne présidentielle a "manqué de pêche". Si la gauche ne cherche plus à convaincre, elle se condamne à jouer les faire-valoir de sarkozy.

* Dans cette idée de réarmer la gauche pour être non pas "plus à gauche" ou "plus à droite", mais "mieux à gauche" de façon à agréger les forces sur un projet cohérent et actualisé, DSK propose un discours assez lucide (part1, part2). Le grand drame des amis de Dominique Strauss Khan est qu'il nourrit trop souvent sa réputation de dilettante en laissant planer le doute sur sa réelle volonté de prendre les choses en main. Son "courant" commence tout juste à se qualifier ainsi lui-même, et reste le moins structuré du parti. En réalité, le "gros Dodo" goûte assez peu les fastidieuses entreprises de conquête, en plus d'y être peu performant, rechignant toujours à endosser sa propre motion dans les congrès. Son ambition, au fond, est peut-être essentiellement d'être reconnu comme le meilleur architecte du nouvel édifice idéologique à construire. Un rôle qui n'est pas forcément incompatible avec l'ambition de l'ex-candidate, s'il n'y avait une fâcherie prolongée de manière un peu irrationnelle.

-

PS1: Cecilia n'a pas voté, Guy Birenbaum dit les choses comme il faut. Noter la couv de match, contrepoint parfait de la fameuse d'il y a 2 ans.

-

PS2: Olivier Bonnet dit ce qu'il faut sur bolloré, le csa et son sondage téléphoné. Il y a aussi Bolloré au liberia.

-

PS3: Pendant ce temps, sarkozy organise sa protection politique interne à la droite...

-

PS4: ... et, au cas où vous l'auriez raté, peut se féliciter du fichage génétique des voleurs en culotte courte.

Repost 0
Published by Martin P. - dans PS
commenter cet article