politique
La gravité de l'évènement semble avoir échappé a beaucoup. La gauche dirigeante ne voit pas la rage sourde de la gauche qui ne peut que voter. Cette gauche qui se bat à son niveau, mais qui écoute avec impuissance une parole inoffensive pour la droite, celle de ses leaders. Attention à ce que cette rage ne se retourne pas contre les responsables de la défaite. Attention à ceux qui, dans les banlieues ou au ban des usines, ne se sentant pas bien défendus, pourraient se détourner à nouveau de cette gauche pour qui ils ont voté avec un noeud dans le ventre. Il ne s'agit pas là, pas encore, de sensibilités idéologiques, il s'agit de la force dans le combat, de la conduite de la campagne, du manque de punch, de densité, de verbe, de la difficulté à imposer nos thèmes et de l'innocuité des coups portés à l'adversaire. Une force nécessaire dans le combat auquel un Mitterrand par exemple ne s'est jamais dérobé. Son fantôme a dit cela très justement: "le meilleur moyen de lui reprendre des voix [à Bayrou], ça n’est pas de dire qu’il est de droite, les français s’en fichent, c’est de parler plus fort que lui contre Sarkozy". Ca vaut pour les cinq dernières années, et pour les cinq prochaines.
Il ne fallait pas un combat simplement pour la gallerie, mais un combat pour faire mal aux idées de l'adversaire. On accordera à sarkozy de n'avoir, lui, pas lésiné sur les coups portés, imposant sa vision fantasmée et mystificatrice, renvoyant la gauche à sa caricature, tout en épurant la droite au point de friser, pour lui aussi, l'autocaricature. Il a posé les termes de l'antagonisme à sa main. De son côté, la candidate de gauche a trop longtemps fait campagne comme si l'adversaire n'existait pas. Quand elle s'est mise à combattre, et notamment face à lui, son manque d'exercice a pesé lourd chez ceux qui sont attentifs à la controverse politique.
Très rapidement, la gauche doit retrouver une combativité et une densité infiniment supérieure à celle qui a été la sienne pendant ces 5 dernières années, inclus la campagne.
Le lieu du combat sera peut-être, entre autres, le palais Bourbon. Il faut donc limiter la casse en juin. Il faut, aussi, que la future opposition ne soit pas dans la continuité de la campagne. Et il ne faut pas sous-estimer François Bayrou quand il semble se préparer à incarner l'opposition à sarkozy. Il ne faudra surtout pas laisser s'imposer le sentiment, qui a pu percer -assez souvent- ces cinq dernières années, qu'il s'oppose mieux que ne le fait le PS. Le choix du porte-parole sera donc décisif.
Pour parler fort il faut parler clair, et il faut parler de la réalité. La rénovation est le vrai élément positif de la campagne de Ségolène Royal. C'est la rénovation qui peut faire que le discours de gauche soit en prise sur la réalité. Ségolène a mis le PS sur le bon chemin, mais il y a un énorme travail de cohérence et d'armature à opérer. Que sarkozy aie construit sa victoire sur la régression intellectuelle ne doit pas donner à la gauche de mauvaises idées. Elle ne battra pas sarkozy sur le terrain des simplismes. C'est une cohérence et une actualité retrouvées qui peuvent redonner à ses arguments et à ses analyses une force démonstrative accrue.
Fidèle à lui-même, sarkozy expose sa désinvolture sans aucune gêne. Son impudence n'a dégal que l'indifférence (quasi-militante à ce niveau) du journalisme mondain et des commentateurs télévisuels. On objectera que Paris-Match, entre autres, a depuis longtemps appris au peuple à aimer que les puissants ne lésinent pas sur le faste.
Le yacht de 60 mètres qui sert de théâtre à son ascétique introspection appartient à Vincent Bolloré. Que Vincent Bolloré se soit payé cet esquif n'est pas une information puisque le yacht est le dernier terrain de surrenchères à la mode chez les grandes fortunes: quand on a trop de fric pour en faire quoi que ce soit, il ne reste plus qu'à trouver une nouvelle manière de jouer à celui qui pisse le plus loin.
Ce qui est intéressant est que c'est un signe supplémentaire de rapprochement de sa part. Séguéla (dont Bolloré est le patron) avait déjà posé le jalon minimum de son soutien à sarkozy pour ne pas insulter l'avenir, celui des marchés à prendre. Mais Bolloré a probablement bien d'autres choses en tête. Ce raider est réputé avoir des visées y compris dans des activités sensibles, pour lesquelles la bienveillance de l'Etat serait nécessaire.
NB: Ce blog continue. Le temps manque pour arranger la déco et la présentation mais ça viendra. Merci aux 250 visiteurs quotidiens qui me font penser que je ne prêche pas dans le désert.