L'occidentalisme connut un buzz furtif il y a quelque temps dans la "blogosphère". Ce fut l'occasion de faire partager mon avis chez Nicolas: "ils prétendent défendre les "valeurs occidentales", mais parmi les "valeurs" qui ont émergé en occident, on trouve l'universalisme du siècle des lumières. -> défendre l'occidentalisme, c'est renier l'universalisme, et donc renier l'héritage occidental." Comme l'affaire a fait un pschitt aussi piteux que sa naissance fut trompettante, cette objection ne fut pas développée plus avant, et tant mieux parce que Hubert Védrine a fait ça très bien, dans libé, sous ce titre: «L’Occident doit redevenir plus universel, moins occidentaliste» On peut y lire notamment ceci: "Je suis moi-même le contraire d’un relativiste. La difficulté sur laquelle j’attire l’attention est autre : c’est celle des limites du prosélytisme droits-de-l’hommiste par le même Occident qui a colonisé le monde pendant plus de trois siècles - ce que nous sommes les seuls à avoir oublié. Quelle est sa légitimité pour imposer ses conceptions à cet autre monde qui émerge, même s’il prétend parler au nom de la «communauté» internationale ? Si l’on constate que nos valeurs occidentales universelles ne sont pas universellement considérées comme universelles, il faut alors s’y prendre autrement."
C'est tout le paradoxe: on voit ici ou là l'idée selon laquelle l'occident ne devrait pas être seul à avoir des complexes par rapport à la revendication de son identité, revendication par ailleurs faite avec véhémence et en opposition aux autres identités, aux "autres civilisations". Sauf que justement, la singularité occidentale est de construire ses valeurs sur l'universalisme. C'est-à-dire, entre autres, sur la raison plus que sur la religion. Militer pour l'occidentalisme, c'est en réalité renoncer à l'universalisme et à la raison comme valeur essentielle. Ce n'est donc pas un hasard si l'occidentalisme militant se réfère par réflexe aux religions censées en être à l'origine, le judéo-christianisme...