Ségolène Royal propose que la question des alliances soit décidée par un vote des militants. C'est typiquement le type de fausse bonne idée, sans sincérité, qui fait roucouler le commentaire journalistique mais ne résiste pas à la critique. On peut développer la logique de cette proposition: "Rejoignez-moi, tout ce qui pose problème sera renvoyé à un vote ultérieur". Quelle est la nature de cette posture sinon justement une volonté de pouvoir personnel, par surcroit volontairement délestée de tout habillage politique?
Il y a bien une cohérence dans cette tactique, mais cette cohérence est celle du mépris du débat, de la négation des antagonismes politiques, de l'évanescence sur le fond en même temps qu'une incandescence dans la volonté d'imposer sa personne, celle d'une forme de post-politique faussement ultra-consultative et en réalité sans engagement ni compte à rendre.
On a déjà écrit ici qu'il n'y avait pas de raison argumentée pour ne pas distinguer la stratégie locale de la stratégie nationale dans les aliances avec le Modem, comme d'ailleurs avec le PC. On peut ajouter que l'hypothèse d'une consultation devrait passer par la résolution de quelques difficultés: la réponse à la question dépend largement des propres prises de position du Modem, il faudrait donc inscrire plusieurs hypothèses de travail dans la réponse à la question. L'objection stratégique principale envers Bayrou est qu'il faudrait bien plus se consacrer à être plus effiace que lui contre sarkozy, et la méthode pour réduire Bayrou peut ne pas être celle-là, donc ne pas réussir, et donc conduire à être confronté à un score élevé de Bayrou que nous n'aurions pas eu autrement. Pour le dire simplement, la question de l'alliance avec Bayrou ne se pose qu'en cas de score élevé de Bayrou, le timing d'une consultation de ce point de vue pose problème (entre les deux tours?). Enfin, le seul accord possible avec Bayrou est un acord de désistement, ce que Bayrou ne peut envisager sous peine de ruiner sa stratégie ni-droite ni-gauche.