politique
On pourrait parfois perdre de vue qu'il existe des personnages politiques dignes de respect, attachés à la qualité du débat, réticents à la démagogie, qui gardent quelques scrupules dans leur relation à la vérité, qui ont la décence de ne pas manipuler les situations, bref qui ne sont pas prêts à tout oser pour donner le change.
C'est le sentiment que la chose publique pouvait être digne, que donne l'édition de ce jeudi soir de "à vous de juger", avec François Hollande et François Fillon.
Il n'a pas été question de feindre les effarouchés pour mieux se vautrer dans l'insulte (comme lors de cet "échange", où une certaine Ségolène ne se laisse pas avoir).
Il n'a pas été question de simuler, de sombrer lourdement dans le pathos pour mieux servir une rhétorique brutale dont le simplisme ne passerait pas autrement.
Il n'a pas été question de dodeliner perpétuellement de la tête pour jouer de l'hypnotisme de la lucarne et enfoncer l'idée que la "carrure" se suffisait à elle-même, que le besoin de chef devait se substituer à celui d'une politique.
Il n'a pas été question de se laisser aller au clientélisme de plateau télévisé, quand des citoyens en difficulté sont venus apporter leur témoignage. La démagogie du "tout est possible à la télé" n'est pas venu remplacer les nécessaires réponses politiques.
Voilà ce qui a changé en regard des 3h servies sans contradicteur à sarkozy dans l'émission précédente. Voilà aussi qui peut faire regretter ce qu'aurait pu être une offre politique incarnée à droite par Fillon, par Juppé, ou même Villepin, pour une controverse politique saine. Au lieu de cela l'offre se réduit au personnage dont la légitimité ne se fonde que sur l'intensité de sa soif de pouvoir, supérieure à tout autre. Dont l'identité tient dans la fusion entre le candidat et son projet: son projet, c'est lui. La nature de cette droite là, encline à se ranger derrière l'homme providentiel, est bien différente des précédentes.
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