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26 mai 2007 6 26 /05 /mai /2007 10:58

Comme prévu, les médias français se ridiculisent par leur maniabilité. Le commentaire mondain, à l'instinct grégaire déjà pathétique, frise le tragique quand il devient par trop prévisible. Même en étant averti, il n'a pas été possible d'échapper aux célébrations, puisque même l'"esprit public" a été atteint. L'émission de dimanche dernier a rassemblé les principales tartufferies du moment, ce qui est assez pratique, donc on va y revenir.
La séquence suivante qui se profile déjà ne manque pas d'intérêt non plus. La résurgence des affaires chiraquiennes risque d'animer le mois de juin, et peut-être plus. Voilà qui devrait permettre au prince de jouer à nouveau sur du velours.


Reprenons donc, même si c'est éprouvant, quelques extraits de l'"esprit public" de dimanche dernier, à titre d'exemple des festivités médiatiques organisées pour célébrer le président nouveau.
Selon Max Gallo, des propos "subliminalement xénophobes" ont été tenus pendant la campagne. Pas de la part de sarko, mais de ses contradicteurs. Le seul exemple fourni par Gallo vient très précisément d'Eric Besson et son "à passeport français" (quelle ignominie). L'élection de sarkozy serait donc "historique" car c'est un "fils d'immigré". C'est déjà très fort, mais il y a mieux: qui vient à l'appui de la soi-disante ouverture que Gallo vante dans la foulée? Eric Besson!
Nuançant ce propos, Bourlanges (un rallié) parle sans aucune ironie du président comme "plutôt à droite", et trouve une occasion de louer "l'extrême franchise" de Tony Blair, qui va de pair avec celle du prince évidemment. Yves Michaud, censé équilibrer les choses, en rajoute: Sarko s'est entretenu avec les syndicats, ce qui montrerait son caractère profondément social et apaisé. Le dialogue social? c'est fait! (cocher la case).

L'ouverture, le rassemblement, tout le monde semble en être convaincu, donc. Quelques objections tout de même:
* Sarkozy est bien celui qui fustigeait le prétendu "relativisme" de la gauche, celui qui dénonçait ceux pour qui  pour qui "tout se vaut", celui qui affichait une droite décomplexée. Sans que rien n'aie changé dans sa manière de faire ni dans son programme, on nous explique que maintenant il n'y a plus de clivages, il n'y a que des bonnes volontés. La citation de Jospin qu'on trouve sur la gauche de ce blog depuis son origine trouve ici toute sa pertinence: il s'agit bien de dépolitiser la société en prétendant agir pour l'intérêt général, mais seulement après avoir été élu, évidemment.
* On présente un immense fait d'armes: le ralliement de Bernard Kouchner. C'est vraiment étonnant, sarkozy a toutes les cartes en mains suite à son élection, les plus lucides ont compris qu'on en avait pour un paquet de temps, et Kouchner, qui a 67 ans, saisit la dernière opportunité qu'il a d'obtenir de nouveau des responsabilités. Le fait que le même poste aie été proposé auparavant à Védrine souligne encore le relativisme politique du prince, dont on décèle ce que sera le principal moteur de son action: soigner sa popularité, quoi qu'il en coute en termes de cohérence.
* Last but not least, l'invocation répétée à la Résistance. Le plateau de Glières, Les fusillés du Bois de Boulogne, Guy Môquet. Congratulations unanimes, à l'exception de rares sons de cloche discordants en pages rebonds et chez Mermet. Qui est contre Guy Môquet? Voilà la question que nous envoie "subliminalement" sarkozy dans la face. Eh bien celui qui pose cette question là, celui là, se déshonore. On était habitués à ce que sarkozy utilise toutes les variantes du terrorisme intellectuel et instrumentalise toutes les situations avec la pire indécence. Pendant la campagne, je me suis souvent rappelé cette interpellation balancée à Dukakis en 1988: "et pour l'assassin de votre enfant, vous êtes toujours contre la peine de mort?". En France nous sommes débarrassés de cette peine capitale, mais nous ne sommes pas débarrassés des politiciens qui usent et abusent de la posture: face à l'émotion, on argumente pas. Combien de fois a-t-on entendu décrire cette scène de l'enterrement d'un policier en présence de son enfant? Il y a eu moins de com' douteuse pour Zyed et Bouna. C'était déjà pas glorieux, mais avec Guy Môquet, je sais que personne ne le dira, mais on sombre dans l'infâmie. Il s'agit bien de museler les contradicteurs, de mettre les opposants au garde à vous. Pour quoi se battait Guy Môquet, si ce n'est pour le contraire? Pour beaucoup de nos compatriotes, donner tous les pouvoirs à un homme dit "à poigne", c'est le summum de la démocratie. Pour Guy Môquet, c'était le contraire.
Sur ce blog, en tous cas, on ne laissera pas ce symbole de la résistance devenir le bâillon de la gauche, ni même celui des écoliers récalcitrants.


Sans transition, un petit exercice de prédiction des mouvements du troupeau journalistique. C'est dans le canard que c'est sorti, ce compte japonais, et il y a déjà bien longtemps, mais les procureurs de la dernière heure de Chirac n'avaient jusqu'ici pas osé le mentionner. Voilà la séquence que je vois venir:
* Les juges aux basques de Chirac, ils le mordent suffisament bien pour ne plus lacher prise.
* Dans un premier temps, lynchage d'un Chirac qui n'est plus à ça prêt.
* A force d'humiliation, des voix inspirées s'émeuvent de ce sort funeste réservé à celui qui fut le premier des français -quand même-.
* Le nouveau prince joue sur du velour, laisse encore un peu les charognards déchiqueter les restes, se fait prier.
* Les sondages confidentiels déterminent le bon moment: Le prince, comme un prince, déclare que ça ne peut plus durer, et accorde une grâce à son prédecesseur.

Sarkozy aura ainsi dégusté sa vengeance, la cerise sur le gâteau étant que Chirac lui devra son salut, et le tout étant couronné du surcroit de popularité que lui aura conféré son geste magnanime.

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Published by Martin P. - dans médias
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commentaires

boben 28/05/2007 23:33

Je n'interviendrai pas dans le dossier judiciaire de Mon prédécesseur. Je vous rapelle que Je veux une entrepr... une république irréprochable.Rejoignez Moi.http://jesuislelu.over-blog.fr

omelette16oeufs 28/05/2007 21:25

Merci infiniment de regarder la télé à ma place, m'évitant bien des énervements, frustrations et autre désagréments. Je trouve qu'il est en effet très important de documenter la servilité des médias.

Killcow 28/05/2007 11:22

Bien vu. Je trouve qu'il manque quelque chose ces derniers temps; du débat de fond entre les personnalités politiques. Par médias interposés, NS gagne toujours; il faudrait organiser un peu plus de débats de fond entre les grands manitous de la politique, en vue des législatives, qui malgré le fait qu'elles soient déjà perdues, méritent qu'on s'y intéresse un peu. Moi, je me souviens du débat sur le TCE, il y a 2 ans. Que de débats télévisés avaient été organisés! Pendant cette campagne, presque rien. On est restés sur notre faim. La plupart des émissions politiques étaient faites autour d'un invité qui restait sans contradicteur pendant 2 heures. Seul le débat de deuxième tour a été un vrai grand débat digne de ce nom. Dommage, tout étant déjà joué et verrouillé, les cons ont pensé que NS avait gagné. Tu remarqueras que même si NS n'avait dit que de la merde, il aurait quand même gagné. L'effet placebo, ça bluffe les cons!Enfin, il faudrait organiser un grand débat entre tenants du PS/UMP, comme ce fameux débat NS/SR premier du nom, en 1993.