A propos de l'auteur:
ressortissant de la société civile immigré irrégulier en politique, ex jospiniste.
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"Naturellement, tout gouvernement, tout parti au pouvoir prétend agir au nom de l’intérêt général. (...) Reste que l’intérêt général n’est pas une notion abstraite et neutre. (...) Se dissimuler dans les plis de l’intérêt général, c’est finalement dépolitiser la société, postuler une unité factice, vider a priori de tout sens l’intérêt du débat démocratique." Lionel Jospin
"on n’est pas plus ou moins à gauche en fonction de l’intensité de ses revendications mais en fonction de la réalité de ses réalisations." Dominique Strauss
Kahn
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Poursuite du propos précédent: les processus actuels de sélection du personnel dirigeant du PS, à tous les niveaux y compris les plus petits strapontins, ne font pas toujours émerger les plus aptes à conduire la "rénovation". D'où l’erreur de ceux, Rocard en tête, qui ont une conception élitiste du parti, mais oublient la nécessaire réforme de son fonctionnement.
Autre aspect de ces processus: ils poussent à la professionnalisation dans la politique. En effet, il faut y faire preuve d'une assez
grande disponibilité à la manœuvre, cultiver des réseaux, suivre les tribulations des uns, être attentif aux (re)positionnements des autres, tout cela dans un environnement assez flottant et
informel. Cela exige une présence, une assiduité qui, même téléphonique, conduit à y consacrer le plus souvent un temps plein. Ce phénomène tend à éloigner les responsables socialistes de
certaines réalités, et surtout écarte de l’appareil du PS de larges pans du tissu social, comme les secteurs marchand et industriel. En effet, pour atteindre des responsabilités le choix de
s’engager doit être précoce. Le "privé" est donc (très) peu représenté, le "public" l’est beaucoup plus, avec les possibilités permises par la "mise en disponibilité" des fonctionnaires. Enfin,
effet pervers supplémentaire, il y a une nécessité pour le reste de trouver un emploi rémunéré, et c'est le plus souvent dans les collectivités locales, dans des organismes publics, à défaut au
sein des cabinets, ou comme assistants parlementaires, ou encore comme permanents du parti, avec les ambiguités que cela implique.
Disons-le tout de suite, ces travers valent aussi bien pour la gauche que pour la droite.
En général, quand on leur fait
cette analyse, les socialistes sortent tout prêt leur "statut de l’élu" (un "must" du prochain congrès), souvent suivi d’un topo d’usage sur le non-cumul des mandats (non moins "must").
Ces deux solutions, certes intéressantes, ne sont pas tout à fait dans le sujet. Voire, ces réponses sont éclairantes d’un PS qui ne
reconnaît guère que le poids politique de celui qui parle (élu ou dirigeant) pour daigner l’entendre.
En réalité, le sujet, c’est bien une forme d’endogamie, celle d’une population centrée sur elle-même, qui, seule, influe dans le parti. Le manque de diversité dans le parti est patente,
autant du point de vue "minorités visibles" que sur le plan socio-professionnel, et cette lacune bride sérieusement sa fécondité intellectuelle.
Ces insuffisances expliquent, par exemple, que les socialistes ne savent plus parler de l'entreprise. Leur discours sur ce point ne parle pas aux français, alors que ce lieu de travail représente peu ou prou huit heures au quotidien pour des millions d'entre eux, et alors que l'entreprise peut être le lieu d'une part importante de la transformation sociale. A ce chapitre, on trouve dans les motions des analyses et propositions plus ou moins traditionnelles, toujours exclusivement du point de vue de la puissance publique, c’est-à-dire le point de vue du parfait petit énarque. Jamais ne sont considérés les mécanismes internes de l’entreprise, dont l’expertise est laissée aux syndicats.
Voilà pourquoi, autre exemple, l’ineffable Larrouturou peine à se faire entendre par l’appareil. Pas issu du même sérail, pas élu, pas chef de
courant, Pierre Larrouturou, du point de vue de l’apparatchik socialiste, ne représente rien. Larrouturou doit son ministère de la parole, au sein du PS, essentiellement à l’appui de Michel
Rocard, et aussi un peu à son travail il faut le reconnaître. De bonnes raisons finalement pour être au
sénat samedi 14 juin, quand il a réuni ses sympathisants (une 50aine de personnes au final) pour faire le point : le succès de sa pétition
(signée par un peu tout le monde... il s'agit de "remettre le PS au travail") l’a encouragé à persévérer vers une contribution et pourquoi pas une motion.
Le personnage et sa volonté de rompre avec la glose habituelle pouvait susciter des espoirs, mais il faut bien reconnaître que son texte actuel,
s’il dénote par son style direct et factuel, n’est pas exempt des défauts décrits plus haut : discours uniquement macro-économique et peu d’éléments sur le fonctionnement interne au
parti.
Sa démonstration économique risque d'être mise sur le même plan que d'autres démonstrations d'autres économistes, et les "leaders" pourraient donc le ranger dans la case "économiste-conseiller
pondeur de fiches". Pour éviter cette normalisation il serait souhaitable qu'il sollicite ses amis syndicalistes pour lui fournir un peu de matière dans le domaine de la démocratie sociale par
exemple. Par ailleurs, il serait dommage qu’il ne mette pas les pieds dans le plat sur la question de la démocratie interne, lui qui n’a personne à ménager.
Voilà ce que je lui ai dit et j’espère que ces points seront plus développés dans son texte final.
[photo prise dans la "salle Mitterrand", au sénat, qui devrait combler le très larrouturiste Donatien]


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