politique
Il n'est pas trop tard pour revenir sur le dernier tabou brisé par sarkozy. Insistons sur le fait que cette "audace" philosophique (pédophilie et suicide ont des origines génétiques) est loin d'être accidentelle. Tout à sa hargne répressive et à son inquisition contre le parti des voyous, sarkozy karcherise depuis longtemps tout ce qui peut ressembler à de la sociologie en matière de délinquance: "La meilleure prévention, c'est la répression", la police n'est d'ailleurs plus là pour sécuriser mais pour interpeller à tout-va. Dans ce contexte de phobie de l'analyse sociale, le discours sur l'inné tombe donc très bien.
Le candidat de droite donne ainsi le sentiment de commencer par l'action pour ensuite mettre en cohérence sa pensée, dans une sorte de réinvention de l'idéologie néoconservatrice qui partirait des implications pour remonter à la théorie. On pourrait donc se dire que sa prise de position philosophique n'est là que pour étayer les simplismes de son discours sécuritaire. Qu'il a vu, d'abord, les avantages politiques, et que ce n'est donc pas, a priori, un idéologue eugéniste. Qu'il est venu à ces thèses par ignorance en quelque sorte.
Certains diront que c'est moins grave que d'être un vrai penseur de la droite extrême, mais en réalité c'est pire. L'idéologue bushiste sait jusqu'où ne pas aller, l'ignorant ne le sait pas, et donc peut parfaitement y aller. La lecture sarkozyenne du 21 avril l'y pousse.
On a déjà vu que cette cohérence néoconservatrice s'étend aux aspects économiques, culturels, voire cultuels du sarkozysme. On a déjà souligné un précédent en matière de médicalisation de la société (voir ici le passage en rouge). On sait déjà ses intentions douteuses en pédiatrie (détecter la délinquance chez les bébés de moins de 3 ans). Les contorsionnistes UMP ont déjà fort à faire pour accréditer les harangues républicaines écrites par Guaino.
Mais vue la désinhibition accélérée de leur candidat, peut-être faut-il ne pas s'interdire des questions plus fâcheuses à son sujet. Par exemple, on l'a entendu vendredi dernier user un peu trop abondament du mot "race". Bien sûr, il n'est pas le seul à employer le terme. Il n'empêche, la race n'a de sens que quand on cherche à sélectionner les individus selons des critères physiologiques, de manière subjective, comme on peut le faire pour nos amies les bêtes. Depuis 39-45, on a donc convenu que ce n'était pas applicable à l'homme. Alors, certes, la mode du brisage de tabou perdure. Mais faut-il vraiment de longs développements philosophiques sur la place de l'homme dans le règne animal pour s'inquiéter qu'un candidat à la présidence désigne des hommes de la même manière que ses clébards?
PS1: malgré une légère pause dans ce blog (mais je vais rattraper le retard), je n'ai pas ignoré la "rumeur". L'état psychologique de nico 1er était déjà inquiétant. Il semble avéré que cet état soit de surcroît très dépendant des humeurs de la dame. S'il faut comparer, les histoires prêtées à Ségolène sont plutôt une bonne chose, elles prouvent sa liberté et sa constance.
PS2: moi aussi je m'inquiète de certains aspects de la campagne, comme la relative clémence de la gauche envers sarkozy. Comme la prédominance de thèmes comme l'identité nationale, l'immigration, ou l'insécurité, même si les propos de Ségolène là-dessus sont très justes. Les couacs matériels, sur le terrain, semblent aussi assez fréquents. Tout cela est bien dit sur un blog de grande qualité. Mais, à l'instar de son auteur (un certain François M.), je crois que la gauche peut gagner, que la gauche doit gagner. Qu'en face de certaines faiblesses de Ségolène, qui ne l'affectent qu'en tant que candidate, il y a des qualités maîtresses essentielles pour présider le pays. Celui-ci est prêt pour retrouver sa lucidité. J'y reviendrai au prochain article.
PS3: le site de l'obs signale une initiative intéressante. La France qui se lève tôt... se réveillera-t-elle à temps? Si la manip se révèle positive comme je le pense, et si elle se renouvelle, j'essaierai de lui faire un peu de pub. Peut-être vendredi matin, 6h30, métro Jaurès me dit-on.
Mise à jour de dernière minute - PS4: On apprend dans le canard que Chirac a négocié l'équivalent d'une amnistie avec sarkozy. Cela confirme l'impression laissée par la mise en scène établie par les deux hommes l'autre jour. Tout s'est passé comme si il fallait se neutraliser simultanément. C'est dans une allocution préenregistrée que Chirac a annoncé à la fois la démission de son ministre, et le soutien qu'il lui accordait. Cette modalité me paraissait devoir intriguer plus qu'elle ne l'a fait. Peut-on se laisser aller à penser que sarko, avec autorité sur les RG, avait les moyens de faire sortir des éléments nouveaux sur le compte japonais par exemple? à penser, parallèlement, que Chirac pouvait toujours lui nuire en soutenant plus ou moins Bayrou? Que cet équilibre de la terreur s'est résolu par ce procédé consistant à s'assurer un désarmement simultané?
On en avait déjà parlé ici et là. Tout s'est passé comme si...