Jeudi 29 mai 2008
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La bonne réforme, sur la question complexe des institutions, est paradoxalement extrêmement simple. La raison pour laquelle celle-ci ne sera pas
faite est que les français ne sont fondamentalement pas de vrais démocrates. De culture bonaparto-monarchiste, ils tendent à ranger les processus de délibération parmi les entraves à l'action,
et à voir la prise en compte de la complexité comme un facteur d'inefficacité. Ils préfèrent y substituer une approche intuitive et affective qui jauge surtout les personnalités: la
désignation par plébiscite de l'heureux élu lui donnerait en principe la faculté magique de surmonter ce magma pénible, envahissant, et difficile à appréhender qu'est, en fait, la
réalité...
La bonne réforme donc, c'est simplement de supprimer le (poste de) Président. La République, ce n'est pas la chose d'un seul.
L'élégance de cette solution ne serait pas le moindre de ses attraits: quelques traits de plume dans la constitution suffiraient à faire passer
la République à l'âge adulte.
Car une démocratie mature peut-elle vraiment continuer à se perdre en digressions sur des "concepts" qui se pretent aussi peu au débat que celui
de la "stature", ou sur des idées aussi infantilisantes que celle d'"incarner la nation"?
Par ailleurs, le fait d'avoir un chef de gouvernement qui conduit une politique et dont la légitimité pour le faire se fonde sur une majorité
parlementaire, cela ne suffit-il pas pour assumer complètement le rôle de l'exécutif?
Evidemment, ce n'est pas ce qui sera fait. Mentionnons tout de même deux points assez peu commentés au sujet de la réforme proposée
(laquelle est assez correctement débattue par ailleurs):
* Si le président s'exprime devant le parlement, quid du droit de réponse? Le (vrai) chef de l'exécutif, qui n'est pas responsable devant le
parlement, va de surcroit pouvoir venir donner sa version des faits et expliquer aux députés comment il faut penser, sans que ceux-ci n'aient leur mot à dire. Evidemment, par droit de
réponse on entend à égalité de publicité médiatique...
* Voilà un moment qu'on en parle, de ces sujets, mais qu'en pense Bayrou? On n'entend pas un mot de sa part. Même s'il faut bien admettre
que ce silence est loin d'être assourdissant, le thème des institutions, de la démocratie et du pluralisme ont quand même été dominants pendant sa campagne.
Profitons-en pour dire un mot sur le modem:
La question d'une alliance avec ce parti risque de s'imposer dans les débats au congrès. Sauf qu'ouvrir officiellement des discussions avec
François Bayrou n'aurait pas de sens, si on prend la peine de considérer que le seul point non-négociable chez lui est d'être candidat à la présidentielle, avec l'objectif de battre la gauche
au 1er tour. Partant de ce principe, le seul accord possible est celui sur un désistement mutuel après un 1er tour: celui qui n'arrive pas au second appelle à voter pour l'autre. Bayrou ne le
fera évidemment pas en vertu de l'objectif énoncé plus haut: annoncer un désistement en faveur de la gauche, même sous condition, c'est s'aliéner les voix de droite, et donc toute chance de
figurer au 2nd tour.
Notons au passage que la stratégie exclusivement présidentielle du modem est quelque peu en contradiction avec son discours sur l'équilibre de
notre démocratie.
PS1: Même les signataires (16 sur 17) de la
tribune dans Le Monde ont fini par comprendre que le B A BA, c’est de ne pas entrer dans une délibération parlementaire ou une négociation en se démunissant par avance du seul moyen de
pression à sa disposition (le vote contre). L'initiative malheureuse portait la marque de Manuel Valls: ne pas contribuer au rapport de force quand il le faut, et de jouer à l’”opposant
constructif” bien avant que ce ne soit le moment.
PS2: Que le texte soit adopté au final ne dispense pas de veiller à ce que personne ne vienne chiper la cerise sur le gâteau indûment. Du
genre une conférence de presse impromptue et solennelle de sarko pour s’attribuer les mérites du résultat. Une certaine habileté pourrait être de s’accorder discrètement avec Fillon pour que ce
genre de fanfaronnade déplacée ne puisse avoir lieu.
PS3: La ligne juste était exprimée, comme d'habitude, par Pierre Moscovici.
le 20 mai: "Il est plus que douteux que nous puissions voter
le texte –cela supposerait un accord global qui est loin d’être envisageable- mais certes pas exclu de pencher pour l’abstention. Ne soyons toutefois pas complaisants en laissant penser que notre
indulgence serait acquise. [Nos] propositions ne sont ni maximalistes, ni irréalistes, elle ne sont pas la surenchère de l’opposition que dénonce le Président de l’Assemblée"
Le 21 à l'assemblée: "La manière
très cavalière dont le parlement – dans son intégralité – a été traité dans cette affaire en dit long sur la volonté du gouvernement, affichée mais sans être suivie d'effets, de renforcer le
pouvoir délibérant. Arnaud Montebourg vous a proposé un « compromis historique » pour réformer les institutions. Il est encore temps de le faire. Mais pour cela, il faut que vous bougiez, que
vous bougiez, et vite."
Le 22: "je suis plus sceptique sur l’état d’esprit du
gouvernement, que je trouve sectaire, fermé, volontiers méprisant, comme si au fond, il avait déjà fait le deuil d’une révision constitutionnelle qui ne l’arrange qu’à moitié et cherchait à nous
en faire supporter la responsabilité."
PS4: On m'interroge souvent, comme militant socialiste, sur la nouvelle déclaration de principe. Pour faire vite: Vivement critiqué pour n'avoir
rien foutu sur le plan des idées pendant 10 ans, Hollande veut étoffer un peu son bilan en matière de rénovation. Il a fait écrire une nouvelle déclaration de principe à Bergougnoux et
Weber dans ce but, mais sans aucune forme de délibération ou d'organisation collective de ce travail. C'est un coup de fin de mandat pour soigner son crédit personnel, mais personne ne s'y est
opposé car chacun espère toujours avoir son soutien au congrès. En fait il aurait fallu que la déclaration de principe soit à l'agenda de la prochaine direction, plutôt que d'être réduit à voter
ce soir sur un texte qui continue d'être amendé jusqu'au 10 juin.
PS5: La palme de la plus belle réponse à la chaine bachique
lancée ici revient à Nicolas J. Nicolas est un pote kremlinois, blogueur faussement rustique, légèrement soupe au lait (et surtout à la bière), mais à l'écriture inventive, riche en bons mots de tonalité plutôt truculente et
surtout pas snob, avec un regard à la fois saisissant et frappant d'évidence sur nos tribulations et autres routines quotidiennes. Son billet illustre bien ces qualités. Son diagnostic politique est de surcroit rarement pris en défaut. Le seul fléau qui le guette
et auquel ces lignes ne remédieraient certes pas: la grosse tête. Son refus de franchir le périph' devrait néanmoins l'en prémunir.
PS6: Des articles étayés, sur le travail, chez Intox2007. je suis feignant, donc je me contente de les signaler. A quand la statistique qui permettra de connaitre le nombre total d'heures travaillées par pays?
Rapportées à la population totale, cela donnerait une idée plus juste de l'emploi dans les différents pays, au delà des magouilles de chaque
gouvernement.
PS7: mes encouragements moscovites à Chouka, même s'il y a encore du chemin avant de parvenir au
statut de noeud (de la blogosphère). Concept appris hier à la république des blogs.
Par Martin P.
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Publié dans : PS
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