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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 16:36
"Il y a une question en particulier qui est assez mal traitée -voire maltraitée- au parti socialiste, qui est celle des alliances. Il y a des gens qui disent il faut s'allier avec le Modem, par réalisme et pragmatisme, et d'autres qui disent "ah il faut surtout pas", et on ne voit pas du tout le raisonnement qui conduit à une proposition ou l'autre. Mon avis est que Bayrou ne renoncera jamais à être candidat aux présidenteilles, Bayrou a l'objectf de battre le ps au premier tour, donc Bayrou ne peut pas etre quelqu'un qu'on peut faire exister politiquement, en tous cas il ne faut pas y contribuer. Néanmoins d'un autre coté on a des élections locales à gagner et on voit très bien que sur le terrain local on a des équipes qui peuvent travailler ensemble avec le modem. Donc je dis: pourquoi est-ce qu'on ne dissocierait pas le plan local du plan national dans les alliances avec le modem, pourquoi est-ce qu'on tient à prendre le modem comme un tout et à faire une stratégie d'ensemble entre les élections locales et nationales?". Désolé pour l'autocitation: c'est la première question que je posais à Julien Dray le 28 octobre dernier (télécharger le son mp3).
Sa réponse, quoiqu'alimentée d'intéressants détours historiques, est un peu passée à coté de la question. Je rappelle ces propos parce que depuis, le PS a continué à s'enfoncer dans le simplisme et les querelles infantiles à ce sujet.
Il ne s'agit pas ici de revenir sur cette distinction local-national pour plaider la demi-mesure systématique, mais de dire que les atteintes répétées à la rigueur et l'honnêteté intellectuelles de la part de socialistes sont de plus en plus difficiles à supporter.


Ce que je trouve frappant n'est pas la dégradation du débat, mais la dégradation du niveau du débat chez les socialistes. Les simplifications et les fausses évidences y deviennent aussi dominantes que dans la glose sarkozyenne. Il n'y a pas de hasard: il semble qu'au sein des différents clans, on aie choisi de prospérer là-dessus. Or, ce qui insulte l'avenir, c'est bien ce mépris pour la qualité des arguments et pour la vérité, pas le fait qu'on se les dise, ces vérités. D'une véritable controverse aurait pu naitre une réflexion approfondie sur notre identité et notre discours politique. Mais ces chamailleries et ces attaques trop vite pensées ne peuvent que perpétuer la régression collective et l'incapacité politique du personnel actuel.

Un des "meilleurs" exemples, donc, c'est le "débat" sur les alliances, qui s'est illustré récemment par une bombinette tactique balancée à Aubry par ses petits camarades ségolénistes. "HOU, HA! Meeting commun avec le Modem!": et que ça buzze dans tous les sens...
Cela résume assez la qualité de la polémique: les uns disent "vous êtes contre l'alliance avec Bayrou, mais vous vous alliez localement avec le modem", et les autres de répondre "Ah mais pas du tout, on est contre toute alliance avec le Modem, d'ailleurs regardez, on va même pas aller soutenir la candidate socialiste qui s'est alliée avec le Modem".

Tristement ridicule.

La candidate en question a réuni la gauche et conclu un accord avec le modem peu avant le congrès. Quand bien même on serait contre toute alliance avec le Modem même localement, on peut très bien prendre acte de cet accord à Croix, et soutenir la camarade candidate malgré tout. Mais ça, c'est semble-t-il déjà trop compliqué pour certains. Si d'aventure Ségolène emportait la primaire en 2011 sur la base d'une alliance avec le centre, on peut donc penser que les ségolénistes refuseront d'être soutenus par Aubry, ou se féliciteront de ce non-soutien...

Plus triste: la première secrétaire du PS a préféré prendre acte de la médiocrité de ses camarades, et éviter d'avoir à expliquer ce raisonnement pourtant pas particulièrement fulgurant.

Encore plus désastreux: à l'instar d'une Ségolène Royal théorisant des prises de positions scabreuses pour éviter d'avoir à reconnaître des improvisations approximatives, Aubry est en train de poser en principe que son refus d'une alliance avec Bayrou au niveau national interdise tout accord au plan local. Personne pour faire remarquer que notre alliance avec le PC n'empêche pas, pour le moins, une assez grande diversité de situations au plan local: on s'allie ici, mais on s'écharpe ailleurs...

Outre que la nature des problématiques politiques sont évidemment différentes au plan local et au plan national, il faudrait surtout développer le choix de stratégie sur le fond. Les ségolénistes expliquent qu'il y a une obligation arithmétique: il y aurait besoin des 18% de Bayrou pour pouvoir l'emporter au second tour. Mais il faudrait se poser la question de pourquoi Bayrou a fait 18%: la candidate socialiste n'y est pas pour rien, et ce n'est pas uniquement une question de talent personnel. L'attirance, répétée au congrès, de
Ségolène pour ceux qui se disent "ni de droite ni de gauche" contribue à introduire de la confusion dans le paysage, confusion qui profite à Bayrou. En ce sens, le seul qui ait un peu avancé dans ce débat au congrès est Bertrand delanoë, pointant le risque pour l'identité du PS à se confondre dans l'opinion avec un parti qui se dit "ni de droite ni de gauche".
Il y a derrière ce débat, et celui-là en est un vrai, quelque chose qui touche au rapport à la politique: la stratégie d'un dirigeant de gauche doit-elle être de constater un éventail de l'opinion majoritairement à droite pour en déduire qu'il faut étendre sa surface politique jusqu'à une partie de cette droite, ou doit-elle être de produire un discours suceptible de tirer l'opinion vers la gauche, quitte à se recentrer avant le scrutin dans une optique de second tour?
De ce point de vue, on peut très bien considérer que la stratégie qui propose explicitement, à terme, une alliance avec Bayrou, se fonde sur un argument autoréalisateur: elle part du principe d'un score de Bayrou qui serait élevé, mais le score de Bayrou sera élevé si le PS contribue à la confusion en se définissant comme son allié potentiel.

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Published by Martin P. - dans PS
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