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14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 23:55

Si Ségolène Royal était aussi efficace en campagne nationale qu'elle l'est en campagne interne, si elle avait été aussi habile et déterminée à contrer sarkozy qu'elle l'est à contrer ses camarades, alors elle aurait été victorieuse au soir du 6 mai. Or, malgré son sourire ce soir là, elle ne l'a pas été. Depuis sa souriante déclaration dès 20h, elle est néanmoins à l'initiative pour tenter de faire prévaloir son analyse, et donc son leadership, dans une blitzkrieg au moins aussi pachydermique que d'autres.

Toute son habileté est de s'avancer tout en faisant taire les lectures divergentes, d'occuper le terrain tout en appelant à la discipline contre les ambitions personnelles. Pour preuve, elle parvient à employer les mêmes mots "choquants" de DSK ("disponible" "pour mener la rénovation" a-t-elle dit samedi), sans choquer outre mesure. Le leitmotiv de ses partisans: la présence de la gauche au second tour serait une victoire, ses 47% le résultat d'un grand mouvement et de la ferveur qu'elle a généré, et si elle n'a "pas gagné", c'est parce que la campagne était trop courte (Jospin a eu 3 mois en 95) et la France trop à droite.

Evidemment, ça fait remuer au PS, et cette situation serait divertissante si elle ne recelait pas les germes de futures déconvenues. L'enjeu des législatives, dont Ségolène joue pour ne pas être mise en joue, ne fait qu'ajourner l'identification de problèmes sérieux qui augurent mal de l'avenir. On va donc se décider à en parler:

* Il sera difficile de construire sur une falsification. Les 17 millions de voix ne sont malheureusement pas un "formidable socle". Sans même éplucher les enquêtes ipsos, quiconque a arpenté le terrain au long de cette campagne sait la part de sceptiques parmi ceux qui ont voté Royal. Un vote par devoir, fortement conditionné par le 21 avril et le rejet de sarkozy, mais qui pourrait se détourner à l'avenir, faute de cohérence, de vision, d'armature politique. Sans parler des aspects purement techniques d'élocution de la candidate dans les situations les plus exposées, qu'il n'y a pas de raison de ne pouvoir corriger au regard des prestations plus confidentielles. Si on admet que chaque voix compte, on ne peut pas se permettre des handicaps superflus. Enfin, on ne peut décemment pas conduire le parti socialiste vers 2012 en étant équipé de ce credo: "être au 2eme tour, c'est une victoire".

* Ce malentendu de départ, semi-volontaire, risque fort de condamner la rénovation que tout le monde déclare pourtant souhaiter, tant et si bien d'ailleurs que le vocable en perd son sens. Si on considère les 47% comme un résultat inespéré, l'avenir du PS pourrait se résumer à ce principe: "Royal EST la rénovation". Alors certes, Ségolène a le talent pour bousculer les dogmes, et elle a le sens de l'innovation. Des qualités qui peuvent être un acquis pour une seconde candidature. Mais le moteur de sa démarche tourne beaucoup trop aux enquêtes d'opinion, ses intentions sont trop guidées par la volonté de faire des coups de com', et sa ligne trop improvisée au gré de ses intuitions. Si ce diagnostic n'est pas fait, ces ressorts profonds produiront les mêmes dispersions, le même manque de lisibilité, le même flou anxiogène, et finalement les mêmes interrogations sur les perspectives qu'elle propose. Toutes choses qui ont été perceptibles pendant la campagne et qu'on ne peut attribuer à la seule stagnation du parti ces cinq dernîères années.

* L'absence de rénovation ces cinq dernières années n'est donc pas la seule explication de l'échec, et elle n'est pas non plus de la responsabilité exclusive de François Hollande. Tant qu'à lister les sources de possibles lendemains qui déchantent, il faut signaler le caractère hétéroclite de l'équipe qui s'est formée autour de Ségolène, et le fait que les (ex-) hollandais y figurent en bonne place. Leur reconduite n'est pas la meilleure garantie que l'opposition rompra avec les mauvaises habitudes qu'elle a prises ces derniers temps. Laisser Bayrou faire figure d'opposant n°1 n'est pas une bonne idée, et de ce point de vue la future absence de Ségolène du parlement est une mauvaise chose. Ce qui a manqué c'est aussi de parler fort contre sarkozy. Rebsamen, Dray, Leroux, ou même Lang sont aussi parmi les moins faciles à situer politiquement, ce qui peut être confortable mais qui n'aidera pas leur héroïne à gagner en tranchant dans le discours.

* Le traitement de certaines difficultés non-négligeables rencontrées par le PS est, pour un bon moment, empêché par le caractère affectif de la relation de Ségolène avec ses supporters. Ces derniers la poussent inconditionnellement. Même dans la mauvaise direction. Il faut dire que si la fraîcheur est la qualité la plus fréquente des militants ségolénistes, celle-ci frise souvent l'innocence. L'intérêt de leur championne n'est pas de simplement se substituer à son compagnon à la tête du PS sans rien changer au reste. Il faudrait que quelqu'un se charge d'affranchir les nouveaux militants sur le pedigree des suscités Dray et Rebsamen en matière de luttes d'appareil, manoeuvres dans lesquelles ils excellent plus que dans la refondation idéologique. Ils sont d'ailleurs, dit-on, déjà à l'oeuvre dans les contacts avec Bayrou. L'objectif ne doit pas être de prendre le pouvoir au PS pour simuler la rénovation, éventuellement en y substituant un simple changement de stratégie d'alliance. L'objectif doit être de refonder avec la volonté d'attirer suffisament d'électeurs pour prendre le pouvoir lors des échéances nationales.

* La volonté de gagner n'est peut-être pas assez largement partagée. La relative légèreté de l'humeur de certains responsables au soir du 6 mai indique peut-être que le fait d'être majoritaire dans les villes, et donc d'espérer voir des mandats locaux reconduits, suffit à certains. Il pourrait même s'instaurer un relatif décalage entre la domination du parti -et donc de ses notables- localement, et une incapacité à prolonger cette domination nationalement. Un(e) dirigeant(e) qui nourrit des ambitions nationales devrait logiquement se méfier de ceux qui se contenteraient d'une telle situation. Ou de ceux qui s'exonéreraient de leur responsabilité au prétexte de la soi-disante "force" de l'adversaire. Le principe d'une désignation précoce du candidat pour 2012, qui aie autorité pour veiller à la cohérence du projet, est bon. Mais si ça consiste à écarter les talents, à installer une citadelle, à stériliser les initiatives, à caporaliser pour mieux passer les objections sous silence, alors il est urgent d'opérer les changements nécessaires avant.

* En réalité, la tactique de Ségolène pourrait bien avoir pour résultat de museler, paradoxalement, ceux pour qui la victoire est la priorité. C'est ce que résume Benoît Hamon: "Le PS, ce n'est pas le doigt sur la couture du pantalon, la désignation et ensuite 'faites chauffer la colle'! Il faut faire de la politique dans l'intervalle". Ceux-là étaient plutôt animés, en ce soir funeste, d'une "saine colère". Ceux-là ne se satisfont pas d'une France supposément à droite, puisque ce n'est à personne si ce n'est à la gauche que de faire pencher le balancier de l'autre côté, de contribuer à l'édification politique des électeurs, avec l'ambition de les tirer vers le haut. De ce point de vue, comme le dit Vincent Peillon, la campagne présidentielle a "manqué de pêche". Si la gauche ne cherche plus à convaincre, elle se condamne à jouer les faire-valoir de sarkozy.

* Dans cette idée de réarmer la gauche pour être non pas "plus à gauche" ou "plus à droite", mais "mieux à gauche" de façon à agréger les forces sur un projet cohérent et actualisé, DSK propose un discours assez lucide (part1, part2). Le grand drame des amis de Dominique Strauss Khan est qu'il nourrit trop souvent sa réputation de dilettante en laissant planer le doute sur sa réelle volonté de prendre les choses en main. Son "courant" commence tout juste à se qualifier ainsi lui-même, et reste le moins structuré du parti. En réalité, le "gros Dodo" goûte assez peu les fastidieuses entreprises de conquête, en plus d'y être peu performant, rechignant toujours à endosser sa propre motion dans les congrès. Son ambition, au fond, est peut-être essentiellement d'être reconnu comme le meilleur architecte du nouvel édifice idéologique à construire. Un rôle qui n'est pas forcément incompatible avec l'ambition de l'ex-candidate, s'il n'y avait une fâcherie prolongée de manière un peu irrationnelle.

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PS1: Cecilia n'a pas voté, Guy Birenbaum dit les choses comme il faut. Noter la couv de match, contrepoint parfait de la fameuse d'il y a 2 ans.

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PS2: Olivier Bonnet dit ce qu'il faut sur bolloré, le csa et son sondage téléphoné. Il y a aussi Bolloré au liberia.

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PS3: Pendant ce temps, sarkozy organise sa protection politique interne à la droite...

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PS4: ... et, au cas où vous l'auriez raté, peut se féliciter du fichage génétique des voleurs en culotte courte.

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Published by Martin P. - dans PS
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commentaires

voyance par mail gratuite 09/01/2017 14:12

Très beau blog, merci pour les détails sur les prises de vue, ça va me faire progresser.

mathiouzalem 17/05/2007 11:34

Belle réponse ! Qui met l'eau à la bouche. Je vais fouiner sur les 2 liens que tu donnes et ne manquerai pas de revenir ici... que je sois rassasié ou ulcéré...

Martin P. 17/05/2007 10:12

@ mathiouzalemsur la censure du non-vote de cecilia, j'y reviendrai, voir sur le blog de birenbaum en attendant.sur le PS:je m'attendais à une réaction de ce type sur la cuisine interne du PS. Je n'en avais pas parlé avant mais la situation me semble assez sérieuse pour mettre le problème sur la table. Dans la configuration que je décris, nous allons droit vers une campagne 2012 conforme à 2007, à ceci près qu'il n'y aura pas eu de primaires à 6 mois de l'échéance, ce qui à mon avis ne changera pas le résultat final. Donc encore dérouler le tapis rouge pour sarkozy.Si tu me lis bien, la question n'est pas d'écarter Royal a priori, mais de repartir sur de bonnes bases et de conjurer les -nombreux- risques. Je ne retire rien à ce que j'ai défendu chez Ségolène, dont j'ai assez dit qu'elle aurait été la présidente qu'il nous fallait, évidemment infiniment plus souhaitable que sarko ou même Bayrou.Mais de là où je suis, je perçois que les "enjeux de la France" sont au contraire en germes dans le dispositif qui sera choisi.quant au fond, tu trouveras sur ce blog un certain nombre d'articles, qui évidemment n'épuisent pas la question. Parmi les plus récents sur les problèmes posés par la prédominance de l'élection présidentielle et de son suffrage plébiscitaire, sur la dette, sur l'immigration, sur la valeur du travail, sur la question de la sécurité etc...Je n'ai donc pas de leçon à recevoir de ce point de vue. Tant qu'à revenir sur le fond et sur la question de DSK, voilà une tentative de présentation résumée:*************** Puisqu’il m’en est donné l’occasion je vais essayer de dire pourquoi, moi, je pense que Dominique Strauss Kahn est le meilleur candidat et le meilleur président potentiel. Ce qui suit n’est évidemment pas exhaustif et renvoie notamment aux sites www.blogdsk.net  et  www.dsk2007.net. Le candidat porte un certain nombre de principes qui, additionnés, le singularisent :·   Sa démarche est authentiquement politique, reposant sur les fondamentaux du socialisme, l’égalité –réelle-, le travail, la justice, le progrès, l’international, la démocratie.·   Il donne pleinement leur place à l’innovation et l’imagination.·   Sa volonté est d’être au plus près de l’action pour être vraiment efficace, de refuser la présidence passive. L’homme se singularise lui aussi, par deux aspects parmi d’autres :·   L’expérience des coups durs en politique, en particulier les 2 années d’attente avant d’être blanchi par la justice, qui a participé à un tempérament à la fois déterminé et serein.·   La cohérence démontrée aux français au fil des années, qui donnent un surcroît de crédibilité, à ses propositions d’une part, et aussi dans la relation avec nos partenaires d’autre part. Le projet du parti socialiste atteste de l’importance de DSK dans le débat de fond au parti socialiste, par sa consistance politique et comme force de proposition. Qu’il s’agisse du service public de la petite enfance, de l’incitation fiscale à l’emploi pérenne, des nationalisations temporaires, de la péréquation de la fiscalité locale pour corriger les inégalités entre les territoires, d’une nouvelle franchise de charges sociales non pas sur certaines zones mais sur les personnes qui y habitent, sans parler de la sécurité sociale professionnelle, idée originale de la CGT.Naturellement, il lui revient de porter ces idées, non pas par un quelconque « copyright », mais parce qu’il est le mieux à même de les défendre. Outre un talent reconnu dans l’art de convaincre, ses propositions sont indissociables d’une analyse réellement décomplexée de la société et des questions économiques.Là où l’on s’est trop souvent contenté d’analyses périphériques, en particulier du secteur privé, parfois pour éviter d’admettre l’économie de marché, DSK examine sans complaisance et sans œillères les mécanismes internes de la machine capitaliste. Utile déformation professionnelle.Là où l’on s’arrête aux instruments « externes » traditionnels, tels le SMIC -et il faut le réévaluer-, DSK construit les instruments du futur. En tenant compte de la frilosité, du dogmatisme et parfois de la voracité de certains décideurs, mais avec un vrai souci de la création de richesse et la vision d’un état entrepreneur.Il ne s’agit pas ici de social-libéralisme, mais d’une vision rénovée, partant des trois socialismes proposés par DSK, les socialismes de redistribution, de production et d’émancipation, pour un « réformisme radical ». DSK propose, aussi, une vision et des perspectives larges susceptibles de remobiliser, et de redonner une direction à la France.Dans les grandes lignes, il s’agit de reconstruire l’Europe par les projets pour retrouver la confiance des peuples, de mettre en place son gouvernement économique de la zone euro, faire réussir économiquement l’Europe tout en ne renonçant pas à la doter d’un projet politique.Le modèle social européen doit redevenir une alternative crédible au modèle américain aux yeux des autres pays, car la mondialisation telle qu’elle se présente est rejetée par les peuples à juste titre, ceux-ci ne bénéficiant pas ou peu de ses avantages.La donne démographique doit être analysée jusque dans ses conséquences les moins souvent évoquées, à savoir une immigration positive. En cela la politique de Sarkozy est à la fois inhumaine et stupide : ce sont les écoliers étrangers que la France devrait accueillir le plus volontiers, car ils seront les forces vives de la France vieillissante du futur.L’après pétrole et donc la question de l’énergie doit être au cœur non seulement de la politique environnementale mais aussi du modèle à proposer au monde, avec ses conséquences dans la géopolitique moyen-orientale, et le caractère stratégique du leadership technologique dans ce domaine, qui renvoie à l’affaire GDF-Suez.En lien avec ce qui précède, l’éducation et la recherche sont évidemment une priorité qui conditionne le reste, avec pour objectif de rattraper le retard de la recherche en termes de financement, de mieux faire travailler celle-ci avec le privé, et réorganiser le système universitaire fondé sur une trop faible autonomie. Mettre les vraies questions sur la table, imposer le débat et mettre le doigt sur la complexité des problèmes, ce sera déjà, en soit, une défaite pour Sarkozy, et donc un élément essentiel de la victoire.DSK a compris que c’est une campagne profondément politique qui donnera les meilleures garanties de victoire, et qu’il fallait pour cela un projet qui soit réellement mobilisateur. C’est lui qui a les meilleures armes pour ce combat là, qui doit avoir lieu

mathiouzalem 16/05/2007 23:37

Quel intérêt de reléguer les minables attaques sur le vote de Cécilia ? Quelle signification politique ? Quel enjeu pour le gouvernement à venir ? ...

mathiouzalem 16/05/2007 23:34

Depuis l'élection, j'ai l'impression que j'ai développé une formidable allergie à l'excès de partisanisme. Ce même monsieur a défendu DSK puis vanté les mérites de Ségolène à corps et à cris pour une poignée de jours après la descendre en flêche.Je ne trouve pas les mots pour décrire la dégénérescence qui motive ces luttes intestines. Les enjeux de la france sont loin loin loin. Pas une seule mesure économique ou sociale n'est exprimée dans tout ce roman. Ce ne sont que de sombres calculs de politique politicienne.J'espère que le plus grand nombre se contrefout de ce ramassis de mammouths myopes qui s'arrachent un torchon en flamme, en piétinant le peu qu'il reste au passage.Pourquoi es-tu au PS ? quelle idéologie défends-tu ? Est-ce que ce parti est à même d'y répondre ?Je rêve de voir l'élan des convictions reprendre le haut de la scèneLes DSK, Fabius & Royal auront été ceux qui ont précipité un parti obsolète dans l'abime. En ce sens Sarko accélèrant encore le processus est un mauvais stratège, un PS moribond mais tjs là ne pouvait que le sécuriser.