politique
Si Ségolène Royal était aussi efficace en campagne nationale qu'elle l'est en campagne interne, si elle avait été aussi habile et déterminée à contrer sarkozy qu'elle l'est à contrer ses camarades, alors elle aurait été victorieuse au soir du 6 mai. Or, malgré son sourire ce soir là, elle ne l'a pas été. Depuis sa souriante déclaration dès 20h, elle est néanmoins à l'initiative pour tenter de faire prévaloir son analyse, et donc son leadership, dans une blitzkrieg au moins aussi pachydermique que d'autres.
Toute son habileté est de s'avancer tout en faisant taire les lectures divergentes, d'occuper le terrain tout en appelant à la discipline contre les ambitions personnelles. Pour preuve, elle parvient à employer les mêmes mots "choquants" de DSK ("disponible" "pour mener la rénovation" a-t-elle dit samedi), sans choquer outre mesure. Le leitmotiv de ses partisans: la présence de la gauche au second tour serait une victoire, ses 47% le résultat d'un grand mouvement et de la ferveur qu'elle a généré, et si elle n'a "pas gagné", c'est parce que la campagne était trop courte (Jospin a eu 3 mois en 95) et la France trop à droite.
Evidemment, ça fait remuer au PS, et cette situation serait divertissante si elle ne recelait pas les germes de futures déconvenues. L'enjeu des législatives, dont Ségolène joue pour ne pas être mise en joue, ne fait qu'ajourner l'identification de problèmes sérieux qui augurent mal de l'avenir. On va donc se décider à en parler:
* Il sera difficile de construire sur une falsification. Les 17 millions de voix ne sont malheureusement pas un "formidable socle". Sans même éplucher les enquêtes ipsos, quiconque a arpenté le terrain au long de cette campagne sait la part de sceptiques parmi ceux qui ont voté Royal. Un vote par devoir, fortement conditionné par le 21 avril et le rejet de sarkozy, mais qui pourrait se détourner à l'avenir, faute de cohérence, de vision, d'armature politique. Sans parler des aspects purement techniques d'élocution de la candidate dans les situations les plus exposées, qu'il n'y a pas de raison de ne pouvoir corriger au regard des prestations plus confidentielles. Si on admet que chaque voix compte, on ne peut pas se permettre des handicaps superflus. Enfin, on ne peut décemment pas conduire le parti socialiste vers 2012 en étant équipé de ce credo: "être au 2eme tour, c'est une victoire".
* Ce malentendu de départ, semi-volontaire, risque fort de condamner la rénovation que tout le monde déclare pourtant souhaiter, tant et si bien d'ailleurs que le vocable en perd son sens. Si on considère les 47% comme un résultat inespéré, l'avenir du PS pourrait se résumer à ce principe: "Royal EST la rénovation". Alors certes, Ségolène a le talent pour bousculer les dogmes, et elle a le sens de l'innovation. Des qualités qui peuvent être un acquis pour une seconde candidature. Mais le moteur de sa démarche tourne beaucoup trop aux enquêtes d'opinion, ses intentions sont trop guidées par la volonté de faire des coups de com', et sa ligne trop improvisée au gré de ses intuitions. Si ce diagnostic n'est pas fait, ces ressorts profonds produiront les mêmes dispersions, le même manque de lisibilité, le même flou anxiogène, et finalement les mêmes interrogations sur les perspectives qu'elle propose. Toutes choses qui ont été perceptibles pendant la campagne et qu'on ne peut attribuer à la seule stagnation du parti ces cinq dernîères années.
* L'absence de rénovation ces cinq dernières années n'est donc pas la seule explication de l'échec, et elle n'est pas non plus de la responsabilité exclusive de François Hollande. Tant qu'à lister les sources de possibles lendemains qui déchantent, il faut signaler le caractère hétéroclite de l'équipe qui s'est formée autour de Ségolène, et le fait que les (ex-) hollandais y figurent en bonne place. Leur reconduite n'est pas la meilleure garantie que l'opposition rompra avec les mauvaises habitudes qu'elle a prises ces derniers temps. Laisser Bayrou faire figure d'opposant n°1 n'est pas une bonne idée, et de ce point de vue la future absence de Ségolène du parlement est une mauvaise chose. Ce qui a manqué c'est aussi de parler fort contre sarkozy. Rebsamen, Dray, Leroux, ou même Lang sont aussi parmi les moins faciles à situer politiquement, ce qui peut être confortable mais qui n'aidera pas leur héroïne à gagner en tranchant dans le discours.
* Le traitement de certaines difficultés non-négligeables rencontrées par le PS est, pour un bon moment, empêché par le caractère affectif de la relation de Ségolène avec ses supporters. Ces derniers la poussent inconditionnellement. Même dans la mauvaise direction. Il faut dire que si la fraîcheur est la qualité la plus fréquente des militants ségolénistes, celle-ci frise souvent l'innocence. L'intérêt de leur championne n'est pas de simplement se substituer à son compagnon à la tête du PS sans rien changer au reste. Il faudrait que quelqu'un se charge d'affranchir les nouveaux militants sur le pedigree des suscités Dray et Rebsamen en matière de luttes d'appareil, manoeuvres dans lesquelles ils excellent plus que dans la refondation idéologique. Ils sont d'ailleurs, dit-on, déjà à l'oeuvre dans les contacts avec Bayrou. L'objectif ne doit pas être de prendre le pouvoir au PS pour simuler la rénovation, éventuellement en y substituant un simple changement de stratégie d'alliance. L'objectif doit être de refonder avec la volonté d'attirer suffisament d'électeurs pour prendre le pouvoir lors des échéances nationales.
* La volonté de gagner n'est peut-être pas assez largement partagée. La relative légèreté de l'humeur de certains responsables au soir du 6 mai indique peut-être que le fait d'être majoritaire dans les villes, et donc d'espérer voir des mandats locaux reconduits, suffit à certains. Il pourrait même s'instaurer un relatif décalage entre la domination du parti -et donc de ses notables- localement, et une incapacité à prolonger cette domination nationalement. Un(e) dirigeant(e) qui nourrit des ambitions nationales devrait logiquement se méfier de ceux qui se contenteraient d'une telle situation. Ou de ceux qui s'exonéreraient de leur responsabilité au prétexte de la soi-disante "force" de l'adversaire. Le principe d'une désignation précoce du candidat pour 2012, qui aie autorité pour veiller à la cohérence du projet, est bon. Mais si ça consiste à écarter les talents, à installer une citadelle, à stériliser les initiatives, à caporaliser pour mieux passer les objections sous silence, alors il est urgent d'opérer les changements nécessaires avant.
* En réalité, la tactique de Ségolène pourrait bien avoir pour résultat de museler, paradoxalement, ceux pour qui la victoire est la priorité. C'est ce que résume Benoît Hamon: "Le PS, ce n'est pas le doigt sur la couture du pantalon, la désignation et ensuite 'faites chauffer la colle'! Il faut faire de la politique dans l'intervalle". Ceux-là étaient plutôt animés, en ce soir funeste, d'une "saine colère". Ceux-là ne se satisfont pas d'une France supposément à droite, puisque ce n'est à personne si ce n'est à la gauche que de faire pencher le balancier de l'autre côté, de contribuer à l'édification politique des électeurs, avec l'ambition de les tirer vers le haut. De ce point de vue, comme le dit Vincent Peillon, la campagne présidentielle a "manqué de pêche". Si la gauche ne cherche plus à convaincre, elle se condamne à jouer les faire-valoir de sarkozy.
* Dans cette idée de réarmer la gauche pour être non pas "plus à gauche" ou "plus à droite", mais "mieux à gauche" de façon à agréger les forces sur un projet cohérent et actualisé, DSK propose un discours assez lucide (part1, part2). Le grand drame des amis de Dominique Strauss Khan est qu'il nourrit trop souvent sa réputation de dilettante en laissant planer le doute sur sa réelle volonté de prendre les choses en main. Son "courant" commence tout juste à se qualifier ainsi lui-même, et reste le moins structuré du parti. En réalité, le "gros Dodo" goûte assez peu les fastidieuses entreprises de conquête, en plus d'y être peu performant, rechignant toujours à endosser sa propre motion dans les congrès. Son ambition, au fond, est peut-être essentiellement d'être reconnu comme le meilleur architecte du nouvel édifice idéologique à construire. Un rôle qui n'est pas forcément incompatible avec l'ambition de l'ex-candidate, s'il n'y avait une fâcherie prolongée de manière un peu irrationnelle.
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PS1: Cecilia n'a pas voté, Guy Birenbaum dit les choses comme il faut. Noter la couv de match, contrepoint parfait de la fameuse d'il y a 2 ans.
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PS2: Olivier Bonnet dit ce qu'il faut sur bolloré, le csa et son sondage téléphoné. Il y a aussi Bolloré au liberia.
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PS3: Pendant ce temps, sarkozy organise sa protection politique interne à la droite...
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PS4: ... et, au cas où vous l'auriez raté, peut se féliciter du fichage génétique des voleurs en culotte courte.