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A propos de l'auteur:

ressortissant de la société civile immigré irrégulier en politique, ex jospiniste.

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"Naturellement, tout gouvernement, tout parti au pouvoir prétend agir au nom de l’intérêt général. (...) Reste que l’intérêt général n’est pas une notion abstraite et neutre. (...) Se dissimuler dans les plis de l’intérêt général, c’est finalement dépolitiser la société, postuler une unité factice, vider a priori de tout sens l’intérêt du débat démocratique." Lionel Jospin

"on n’est pas plus ou moins à gauche en fonction de l’intensité de ses revendications mais en fonction de la réalité de ses réalisations." Dominique Strauss Kahn
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Mercredi 25 juin 2008
Cette rencontre, vendredi dernier, avec Benoit Hamon fut goupillée via la confrérie MJS (les frères de l’ordre du Hemme-Jiesse ont beaucoup de ressource, comme chacun sait). Frère Benoit, figure tutélaire, s’est donc exposé au feu roulant de nos tirs croisés très obligeamment prêté au jeu de nos questions.


La parole a circulé parmi les blogueurs présents, comme nous en étions convenus entre gens polis, et les réponses ont pu être développées avec le temps nécessaire. L’assemblée (de blogueurs) était assez belle, donc soulignons la bonne tenue des interventions de Jérôme Chargé, du PRS (Mélenchonistes), Abadinte le soc-dem qui pourrait choisir Martine, Jonathan D. le malouin, Fabien-Pierre Nicolas le responsable régional DA, Frère Nathaniel (de la confrérie du Hemme-Jiesse donc), Frère Valerio (…), le mouvementiste démocrate Luc, le pirate Vogelsong, tous pris sous le mitraillage de l’indispensable Richard Ying (ses prises sont exposées ici). Peut-être aurions-nous pu tenter plus souvent de lui faire creuser certains points, ou encore chercher à mieux comprendre comment se passe, concrètement et au quotidien, l'écriture d'un texte de congrès par exemple.


Mais l’approche de ce congrès me sembla surtout le bon moment pour faire réagir les éminences socialistes -et BH en est une- sur un thème sur lequel ils font généralement l’impasse: l’entreprise. Le PS n’en parle pas, ou quand il le fait, ça ne parle pas. Cela appelle deux séries questions:

* L’approche des socialistes n’est-elle pas trop exclusivement "externe" à l’entreprise? Les responsables politiques n’ont-ils pas tendance à ne réfléchir que du point de vue un peu "énarquisé" de la puissance publique, par anticipation de leurs prises de fonction éventuelles dans l’appareil d’Etat? N’y a-t-il pas des voies de progrès par la réforme des mécanismes internes et des modes de gouvernance, dans la continuité de ce qui se fait par la Responsabilité Sociale de l’Entreprise et le Développement Durable?


* Si on ne sait pas parler de l’entreprise, n’est-ce pas à cause de la sociologie du PS, dont les responsables sont généralement professionnalisés dans la politique depuis longtemps? Si cette forme d’endogamie est un diagnostic juste, si elle nous rend effectivement inaudibles dans un certain nombre de domaines, comment diversifier nos sources d’influence pour y remédier? N’est-ce pas un moyen d’intéresser de nouveau les électeurs? Quelles conséquences sur notre fonctionnement interne ?

 


La première remarque du camarade Benoit, et elle est bien sûr tout-à-fait juste, est qu’il existe différents types d’entreprises. Il faut distinguer les gros groupes des PME et TPE, identifier les rapports de sous-traitance et les positions respectives dans la chaîne qui en découle. Bref, et c’est une position qu’il veut générale : "il faut se méfier des discours systémiques". J’en suis d’accord, la politique française produit trop souvent de grandes mesures touchant indistinctement l’ensemble, sans tenir compte de la variété des situations. Dans le cas de l’entreprise, on constate, suivant la taille, des inégalités d’accès aux politiques d’aides du gouvernement, des inégalités dans les accords RTT…
Concernant le dialogue social, il évoque au détour d’une phrase le principe de passer de l’obligation de négocier à l’obligation de résultat. On comprend la philosophie mais l’application concrète semble délicate : cela semble pouvoir contraindre le chef d’entreprise à s’aligner sur les revendications, ce ne serait plus de la négo… à affiner donc.
Détail intéressant, il a travaillé 3 ans "au sein de la direction d’une entreprise cotée" (
chez IPSOS), ce qui lui a permis de distinguer le type de pression que peut exercer un actionnariat "patrimonial" (avec un actionnaire-fondateur majoritaire), distinct de celui exercé dans le cas de détention par des fonds de pension par exemple. L’action souvent néfaste des fonds de pension lui permet de faire le lien avec la lutte contre les paradis fiscaux, qui souvent les hébergent. L’occasion de nous inviter à lire le rapport de Poul Nyrup Rasmussen, dont il a assisté à la présentation à Paris le 27 mars.
Revenant, enfin, sur la question du temps de travail, instrument de la réforme socialiste du travail, il prend position pour la 6ème semaine de congés payés.


S’agissant du fonctionnement du PS, j’ai eu l’impression qu’il a retenu son premier mouvement, avant de choisir de développer sur les dysfonctionnements les plus évidents du parti: Les interventions médiatiques qui frisent le ridicule à force de vide. Le fait d’accourir quand le sujet est consensuel (ex : gay pride), mais de se dérober quand il l’est moins (ex : manif du 17 juin). Le fait que le NPS ait fait 40% à Lyon au congrès du Mans, mais qu’il y ait zéro élu au conseil municipal… (ah, on y vient, à la cuisine).
C’est l’occasion d’un couplet classique: BH a eu le courage de "s’être compté", lui, et d’avoir été minoritaire en congrès. Traduction: il vaut mieux être dans la majorité, cela permet d’obtenir des postes, ce qui a un effet indirect sur la taille des troupes derrière soi. Ça a sa petite importance.
Ce passage, en creux, est très intéressant pour comprendre les mécanismes internes: il forme plus une illustration du problème qu’une ébauche de solution. Comme
dit précédemment, exister au PS nécessite beaucoup de temps en "relations publiques"  - d’ailleurs, questionné sur le sujet, Benoit reconnaît qu’actuellement il consacre énormément de temps à parler aux "amis" des uns et des autres (Fabius, Aubry, Cambadélis, Delanoe) - . Mais passer son temps à faire de l’animation politique ne peut être bénévole qu’un temps, et il faut bien que ça finisse par un poste rémunéré (souvent faiblement). C’est en partie là que la machine commence à se gripper: un camarade, s’il n’a pas de poste et s’il commence à être influent, peut vite devenir un concurrent. Cela n’incite pas à encourager les vocations et les impétrants, d’où certaines réticences à l’ouverture. Voilà le type de petits dysfonctionnements qui fait que la saine émulation politique peut tourner à la crispation entre factions plus ou moins verrouillées et hermétiques. Ajoutons qu’il y a souvent une relation de dépendance envers le "grand chef à plumes", entretenue par ce dernier parfois d’ailleurs, qui n’est pas toujours saine. D’où parfois des effets de "mercato" au début des carrières des "jeunes pousses" (Hamon fut rocardien par exemple).
Evidemment cette description est un peu exagérée, et la situation varie beaucoup suivant les hommes et les femmes, mais il s’agit ici d’analyser ce qui fonctionne mal pour éventuellement trouver des voies d’amélioration, en tenant compte des réalités triviales...

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PS: Durant les deux heures de l'entretien, il s'est dit évidemment bien d'autres choses, rapportées dans les comptes rendus de mes confrères. Je complèterai peut-être moi-même dans un aticle ultérieur.

Par Martin P.
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