A propos de l'auteur:
ressortissant de la société civile immigré irrégulier en politique, ex jospiniste.
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"Naturellement, tout gouvernement, tout parti au pouvoir prétend agir au nom de l’intérêt général. (...) Reste que l’intérêt général n’est pas une notion abstraite et neutre. (...) Se dissimuler dans les plis de l’intérêt général, c’est finalement dépolitiser la société, postuler une unité factice, vider a priori de tout sens l’intérêt du débat démocratique." Lionel Jospin
"on n’est pas plus ou moins à gauche en fonction de l’intensité de ses revendications mais en fonction de la réalité de ses réalisations." Dominique Strauss
Kahn
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Dans cette campagne, le clivage le plus évident n'est peut-être pas dans les programmes, pour cause de brouillages. Il transparaît plutôt dans les démarches distinctes des candidats. Cet antagonisme entre le moi hypertrophié qui caractérise le candidat de droite, et la refondation d'une relation au peuple -autrefois distendue- qui distingue la candidate de gauche, c'est un peu le retour des figures classiques.
Les amateurs savent qu'il a existé des westerns dits "de gauche". "Le train sifflera trois fois" est le plus emblématique. Dans ce film, le shériff, confronté à la venue de bandits redoutables, choisit de se tourner vers les habitants pour les mobiliser contre le danger commun. Promouvoir une telle démarche, suggérer la possibilité de l'aventure collective, ce fut immédiatement identifié comme de la propagande communiste, et le scénariste fut placé sur la liste noire de McCarthy.
Quelques années plus tard, comme une réponse, un autre western, "Rio Bravo", proposait la même mise en situation, mais avec une vision différente: John Wayne, aidé de deux accolytes pittoresques, y défendait la veuve et l'orphelin, assumant quasiment seul sa charge tout au long du film, forgeant sa légendaire composition de "héros qui ne meurt jamais, à la présence rassurante, indépendant, solide contre toute épreuve, avec un charisme de chef, certain de ses idées sans jamais les remettre en question et sans que la situation ne lui donne jamais tort." (wikipedia). Hollywood resservira à l'envi ce schéma, toujours prédominant dans sa production actuelle, le modèle alternatif ayant quasi-disparu.
Entre Ségolène et nicolas, les rôles sont à nouveau clairement distribués. Il faut dire que la fine gachette au karcher en fait des tonnes pour construire son mythe, et tous ses discours entretiennent cette idée que la solution c'est, essentiellement, lui. Ce qu'il propose, c'est d'être l'"ultime recours" (discours au comité de soutien). Bien sûr, il n'arbore pas les attributs de cow-boy au petit pied comme son congénère bush, il tente d'enfiler les habits de De Gaulle, grâce à qui "la crise s’est trouvée résolue en quelques mois et la confiance est aussitôt revenue" (même source), voire ceux de Bonaparte.
Evidemment, ces hommes providentiels sont un peu trop grands pour lui, et il n'y aura jamais qu'un De Gaulle. Surtout, cette iconographie est de nature à maintenir la démocratie française dans une certaine immaturité, qui accrédite le mythe du recours au chef, quand la modernité c'est le recours au peuple. La politique du 21è siècle comportera un changement de méthodes, de postures. Ce que les français doivent essayer de reconnaitre, ce ne sont pas les grands hommes du passé, mais plutôt la grande femme du futur.
Face à sarkozy, le retour de Jospin, la mobilisation de DSK et Fabius, et celle de tous les leaders de gauche, font mentir le scénario du "train sifflera trois fois", où le héros se retrouvait seul. Au moins, la gauche ne chantera pas, comme Gary Cooper, "Si toi aussi tu m'abandonnes...".
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PS: Le bon point cette semaine à l'excellente chronique de Jacques Julliard


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