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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 15:30
Ségolène Royal est désarmante. C’est d'ailleurs son arme principale.

Son ingénuité (feinte?) a le don d’exaspérer. Ainsi du fameux site "congrès utile et serein" lancé dans la suite des non moins fameuses 10 questions. Pourquoi cela soulève-t-il tant d'objections, alors qu'évidemment on ne voit pas où est le problème?
C’est qu’ici l'ambigüité (l’habileté?) est de prétendre interpeller sur le contenu, quand la démarche interpelle en réalité sur le processus censé le déterminer, c’est ce que signale très justement Eric Dupin. Disons tout de suite qu'interpeller le PS sur son fonctionnement est au moins aussi légitime que sur ses idées, comme on va le voir, mais les ségosceptiques ont surtout dégoupillé (1) en constatant les manières inchangées de la dame: se dérober sur le fond, imposer sa personne et, parce que son dispositif rassemble tout le monde à première vue, nier implicitement la contradiction.


Malgré cet agacement (recherché?), retenons l’essentiel: Ségo souligne que la question du fonctionnement du parti est clairement à l’ordre du jour (voir l’agenda acté en conseil national), et elle mérite d’être débattue. Même si je ne retirerais rien de ce que j’en disais en 2006, voyons quelles sont les problématiques:


Sérier les sujets pour permettre un choix à la carte et non uniquement de grands menus.

C’est l’idée la plus intéressante, formulée à l’origine par Cambadélis au conseil national le 25 mars (2). Au congrès du Mans par exemple, plusieurs idées intéressantes émanant de motions minoritaires n’ont pas été retenues, et c’est gâcher la richesse du parti (voir la motion Utopia par exemple). Mais la méthode de Ségolène diffère nettement de celle de Cambadélis, et pour tout dire la fourvoie : Là où il voulait que le congrès comporte un vote de type référendaire avec plusieurs réponses pour chaque question, Ségolène liste ses questions pour établir son programme de travail et ne dit pas par quel processus les choix seront opérés. L'idée de voter au congrès pour les différentes réponses, question par question, est-elle maintenue? ou sera-ce un ensemble indissociable?


Lever l'opacité relative de la remontée des contributions venant de la base.

Le PS organise en principe cette remontée "bottom-up", chaque section envoyant une "contribution" au niveau fédéral et ainsi de suite (pour ce congrès, dépôt fin juin). Dans la pratique c’est une tartuferie, et les militants de base ne savent jamais vraiment ce que deviennent ces bouteilles à la mer. Pour autant, la démocratie participative façon Ségo offre-t-elle plus de garanties en la matière?
En réalité, lors d’un congrès, tout se passe au moment des "motions" (pour ce congrès, dépôt fin septembre). Elles sont construites par les équipes de leurs principaux signataires et sous leur autorité, à charge pour elles de piocher ce qui leur convient dans les contributions précédemment remontées, d’y mettre de l’ordre en y intégrant les éléments émanant des conseillers et autres experts de leur réseau.
Il est douteux que Ségolène procède différemment.
Ce qui la distingue est que l’appel à contribution est public, plus large, et cet "appel au public" est intéressant. Le PS, qui doit œuvrer à son ouverture, pourrait endosser la démarche au stade des contributions. Dommage que Ségo ne l’ait pas proposé avant le conseil national censé statuer sur ces sujets.

 

Structure contre surface politique: cohérence d’une motion et construction sur un périmètre non-délimité.

L’appel au public a pour contrepartie le caractère non-délimité du périmètre des contributions. Si c’est adapté au stade des contributions, où doit s’exprimer la créativité, cela l’est moins au stade des motions, qui doivent être débattues dans les sections par les militants. Or, quoi qu’en disent certains commentateurs, tout le monde n’est pas d’accord au PS, ni sur le contenu, ni sur la stratégie :

* Si les idées défendues par la social-démocratie sont aujourd’hui dominantes, il serait injuste d’écarter les conceptions défendues par Mélenchon, Fabius ou Hamon sans débat.

* Ségolène semble vouloir reconduire ses méthodes possiblement jusqu’à 2012. C’est l’objet de ce billet que de montrer que cela fait débat.

Comme dit précédemment : "L'émergence de propositions saillantes ne se fait pas dans la tambouille mais dans la friction". Ou comme dit Moscovici : "il n’est pas obligatoire d’être rébarbatifs ou illisibles pour gagner un congrès".

Du fait de la méthode et de cette relative évanescence, la question de l’existence d’une "motion Ségo" reste donc posée: le produit de son opération de démocratie participative aura-t-il vocation à être débattu dans les sections, dès lors qu’il sera probablement présenté comme la "motion des français"?


Désignation pour 2012 : quand et comment ?

Contrairement à beaucoup de militants, les ségolénistes ont un candidat (une candidate) pour 2012. Leur volonté de la voir investie au plus tôt est compréhensible, mais la ferveur de ses supporters, très attachés à sa personne et assez organisés, inquiète les contradicteurs. Un de ses principaux soutiens propose même une désignation plébiscitaire avant le congrès. Bref, il semble que la stratégie de 2007 ne soit pas remise en cause, si ce n’est les faiblesses désignées par les ségolénistes, qui conduisent selon eux à ceci: désignation précoce puis discipline sans faille. Ceci assorti d’une théorie type "There Is No Alternative": pas d’autre candidat possible…

En gros l’idée c’est: les éléphants aboient et la Ségolène passe, impavide. Pourtant, Ségolène devrait plutôt songer que la confrontation lui est nécessaire pour acquérir de la stature. Dans cette optique, Dray et Montebourg se seraient bien vus jouer les Pygmalion. Ces derniers, les seuls dans l’entourage de Ségolène qui aient constitué des réseaux dignes de ce nom, se sont éloignés d'elle et ne se sont pas vraiment cachés du pourquoi : ils s’estimaient peu écoutés et ne sentaient pas de volonté chez leur championne pour une conquête en bonne et due forme.

Ceci alors que la confrontation est aussi la seule manière, paradoxalement, d’obtenir ensuite non seulement la discipline mais une vraie implication, dès lors que chacun aura pu valablement défendre ses vues:

Les convictions défendues par le PS au niveau national doivent l’être principalement par celui ou celle qui les aura principalement défendues -victorieusement- au sein du PS.

 

Pour finir sur une note plus poétique, terminons ce long billet par la voix de Boileau:

    Aimez donc la raison: que toujours vos écrits
    Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix:
    Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,
    Mon esprit aussitôt commence à se détendre.

    Il est certains esprits dont les sombres pensées
    Sont d'un nuage épais toujours embarrassées;
    Le jour de la raison ne le sauroit percer.
    Avant donc que d'écrire apprenez à penser.
    Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
    L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
    Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.


Et si ces mots vous ont heurté, sachez que:

    Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,
    Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :
    Il ne pardonne point les endroits négligés,
    Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés,
    Il réprime des mots l'ambitieuse emphase;
    Ici le sens le choque, et plus loin c'est la phrase.
    Votre construction semble un peu s'obscurcir;
    Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir.
    L'ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,
    De tout temps rencontré de zélés partisans;
    Et, pour finir enfin par un trait de satire,
    Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.


(1): Au rugby, certains joueurs aiment à "titiller" leurs adversaires. Quand ceux-ci réagissent violemment, on dit qu'ils "dégoupillent". Cela les pousse souvent à la faute, ce qui était recherché. 

(2): intervention au Conseil National du 25 mars - «Si notre prochain congrès, c’est à nouveau des motions totalisantes, qui sont, en fin de compte, l’expression de petits partis qui, du début jusqu’à la fin, traitent tous les problèmes de la société, eh bien mes chers camarades, les Français ne s’y retrouveront pas. Le problème qui nous est posé, c’est de faire un congrès utile et pour cela, il serait bon, au lendemain de notre convention qui nous réunira, j’espère, sur la question de la déclaration de principe, de fixer nous-mêmes les questions, la dizaine de questions ou les cinq questions, ou les douze questions, peu importe, mais les questions en rapport avec ce que à quoi sont confrontés les Français, auxquelles nous aurons à répondre. Ce sont des questions pratiques, ce sont des questions stratégiques, des questions politiques, mais c’est à partir d’un certain nombre de questions que nous devons débattre et trancher l’orientation politique, sinon, nous resterons chacun dans nos boutiques.»


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Published by Martin P. - dans PS
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commentaires

Fabien 11/11/2008 17:31

Quand je lis le contenu de ce blog et des commentaires je me dis que le PS n'est pas prêt de gagner une élection présidentielle. Si vous saviez ce que les français en ont à faire des fabusiens, des strauss khaniens, des ségolistes, moscoviciens, des hollandais, des motions, des sous-motions et que sais-je encore... Moi je suis juste un sympathisant socialiste, et vos querelles de courants, de lignes, de sous-courants commencent très sérieusement à me gaver. Vous êtes ridicules. Tout ce qui compte aujourd'hui c'est de savoir quelle personnalité dans votre parti est capable de battre Sarkozy en 2012 et sur quel programme ? Même si on sait qu'une élection ne se joue pas sur un programme mais sur une personnalité et sur 2 ou 3 slogans. C'est la seule chose qui devrait vous passionner. Et moi qui suis juste un français de base, je peux vous certifier qu'il n'y a que 2 personnalités socialistes capables de gagner en 2012. Royal et Strauss Khan. Royal a beaucoup de défauts mais elle en a un qui est trop gros pour vous, elle est la seule socialiste à être populaire dans le peuple (je parle de la France d'en bas, pas des bobos parisiens). Et c'est cette France là qui fera l'élection de 2012. Votre but c'est d'avoir un candidat imparfait capable de gagner en 2012 ou d'avoir un candidat "conforme" qui se prendra une taule ? S.Royal m'agace sur bien des points mais c'est aussi la seule capable de gagner en 2012. Si les socialistes ne sont pas capable de se ranger derrière elle, de la soutenir, c'est l'échec assuré car Sarkozy sera très dur à battre. Amis socialistes, pensez à la France plutôt qu'à vos courants...

Nihadyou 19/05/2008 12:27

Ai parcouru ton blog pertinent... ai fait un lien sur le mien... http://alternative-moscovici.blogspot.com/à bientôt. Nihadyou

Eric 09/05/2008 20:14

Ce billet ne serait pas un peu long? Tu aurais pu en faire 5 avec celui-là. Plutôt que de nous laisser 3 semaines sans lecture. Franchement, c'est impossible un billet si long.Pas plus de 250 mots. Là tu dois bien être à 3000.

JOKER 23/04/2008 19:41

Oyez ! Oyez ! Messire Sauce politique ! Je viens d'ouvrir une top liste des meilleurs sites politico-satiriques (afin de les regrouper une fois pour toute) et ainsi vous inviter à vous inscrire à ce top ! http://bouffonduroi.genhit.com 
TropicalBoy, SB, Patrick Chatelain, Sarkophage font déjà partis de ce Top !
Il faut juste une bannière de 468x60px et inserer le bouffon d'or (ou un simple lien) sur votre blog !
J'espère que vous m'accorderez l'honneur de votre présence. Cordialement

Martin P. 16/04/2008 21:59

@ FPNc'est dommage que personne n'y croie à cette consultation referendaire. ça me parait même assez faisable (on prend chaque chapitre de motion séparément). ça donnerait peut etre un peu plus d'intéret sur le fondMais ce que je dis c'est pour le bien de Ségo: elle a besoin de se densifier, pas de s'autocaricaturer