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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 20:58
L'"embedding" de nos journalistes de compagnie se signale entre autres dans leur traitement de la politique européenne. Il est d'ailleurs assez amusant de les voir volontiers blâmer la vision franco-centrée de leurs concitoyens, quand eux-mêmes parviennent difficilement à voir grand chose autrement que par les yeux de leur copain nicolas.
Les "victoires" colportées par la presse française sont en réalité autant de mauvaises manières faites par sarkozy à ses homologues. Lesquels ne pouvaient être trop désagréables avec le nouveau président français eu égard à son investiture récente.




tightrope-copie-1.jpg L'exemple des réunions de l'eurogroup est caractéristique. La relative modération de l'expression de Juncker -par ailleurs "ami" de sarko-, cache mal l'agacement (cf Peer Steinbruck) des argentiers européens. Ils ont en quelque sorte été contraints d'être charitables. Ca peut énerver, et ce n'est pas son titre de recordman français de l'augmentation de la dette -certes peu mentionné en France- qui va adoucir les craintes envers nico 1er.

De même, l'histoire des traités européens nous est relatée en France de manière singulière. On s'étend par exemple assez peu sur le rôle de nicolas pendant la campagne referendaire de 2005. Une campagne pendant laquelle il expliquait sans ambages que le traité était extraordinaire car il allait faciliter la libéralisation et la dérégulation, à ses yeux indispensables en France. On se rappelle aussi qu'il a sans cesse mis en avant la question turque (voir plus bas), au moins aussi systématiquement que De Villiers, ce qui n'est pas peu dire.
Alors, pour qui a pu "apprécier" le talent de démagogue et de propagandiste de sarko, il n'est pas absurde de penser que sa campagne n'était donc pas exactement faite pour faire gagner le "oui". Bien au contraire, sa duplicité fut aussi efficace en faveur du "non" que celle -moins perverse- de Fabius.

Pourtant, deux ans plus tard, après une campagne aux accents quasi-chevènementistes sur la question européenne, et après 3 semaines de présidence, il revendique malgré tout la relance de l'Europe.
Sans parler de l'impolitesse certaine vis à vis des six mois de présidence de l'union par Angela Merkel, l'autocélébration est osée quand chacun sait que ce premier sommet européen en présence du nouveau chef d'Etat français ne POUVAIT PAS déboucher sur la perpétuation du bloquage. Les apparences ont donc été sauves, forcément sauves, autorisant ainsi les trompettes sarkozyennes, et ce même si la plupart des sujets qui fâchent (fiscalité, social etc) ont en fait été exclus de la discussion qui s'est réouverte.

Trois exemples qui ont de commun qu'à chaque fois nicolas a donné la priorité à son petit intérêt politique, fut-ce au détriment de celui de la nation.
Dans le premier cas
il s'agissait d'user de son crédit comme chef d'Etat pour faire passer son "paquet fiscal" (aka boulet fiscal). C'est-à-dire de tirer sur une corde qu'il aurait été peut-être utile à la France de solliciter à un autre moment, et pour obtenir cet inestimable gain politique: pouvoir manger son pain blanc, donc "tenir ses promesses", et étayer ainsi maladroitement son crédit politique sur la scène intérieure.
Dans le deuxième cas,
il s'agissait juste de carboniser à la fois Chirac et le parti socialiste, quitte à ce que ce soit sur le dos de l'Europe.
Le troisième cas est une simple faute diplomatique sur fond de médiocrité ordinaire des conseils européens. Un mauvais réflexe pourtant emblématique, et de ceux qui peuvent plomber les relations pendant un moment.


Inconvénient de cette politique de gribouille: l'usure à grande vitesse. Une séquence que l'on pourrait être amené à revoir est celle de la tournée russe:
beaucoup de journaux étrangers ont rapporté le ridicule de sarkozy quand il a voulu faire risette à Poutine, lequel lui a retourné un masque glacial. Un épisode qui a signé les limites de l'esbrouffe et de l'inconséquence: on ne peut à la fois prétendre à une amitié exigeante et faire le guignol devant les caméras.
Faire ami-ami ça marche peut-être avec nos pseudos-intellos français, mais avec des chefs d'Etat il faudrait un peu plus de quant-à-soi.
 

Caporalisme de cour de récré

Sur la question du mini-traité européen, il est de bon ton de moquer le PS et ses tergiversations. C'est de toutes façons l'usage dans ce pays que de moquer les vaincus et donner raison aux vainqueurs. Le tort du PS? soummettre les décisions au vote de ses instances représentatives. La gloire de sarkozy? mettre son parti au garde-à-vous.

Pour échapper à l'indignité du débat, Beauf 1er prend donc l'habitude de convoquer les députés UMP pour leur expliquer qu'ils lui doivent leur siège. Une assertion à double sens:
Le sens habituel est que les législatives ont été une "ratification" des présidentielles, l'élection des uns découlant de celle de l'autre. En fait la prémisse d'une lecture sarkozyenne des institutions, maintenant quasiment classique (on aurait cependant pu s'attendre à ce qu'elle en émeuve plus parmi nos "autorités morales").
Le deuxième sens est moins évoqué mais pas moins intéressant: il faut juste se souvenir que sarkozy s'est maintenu à la tête de l'UMP jusqu'au bout, gardant ainsi le contrôle sur les investitures de son parti aux législatives. De sorte que quand sarko évoque la redevabilité des députés envers lui, cela recouvre aussi et surtout le fait que ceux dont la circonscription n'était pas acquise ont du lui prêter allégeance préalablement à leur investiture, et avant le 6 mai. Ce qui change quand même un peu la nature de la gratitude que sarkozy requiert de ses troupes.

Cela lui permet néanmoins de tancer les députés de droite à la manière d'un caïd de quartier: en s'inventant un pseudo casus belli pour donner l'apparence qu'il se réfère à autre chose qu'à son simple arbitraire, il accrédite le préalable implicite selon lequel, si jamais il y avait conflit, c'est lui qui serait dans son droit, celui y compris de recourrir aux coups de vice. Une vieille technique de cour de récré. Il a fait un exemple avec Villepin, et depuis se croit permis d'invectiver à tout va. (Josselin de rohan, président de groupe au sénat, lors d'un "recadrage" le 3 octobre, s'est fait engueuler pour avoir "dit des conneries sur l'ADN", ce qu'il n'a guère apprécié).

Au final, les seules têtes UMP qui émergent aujourd'hui sont celles dont l'implantation locale (le "fief") n'était pas disputable par les sarkozystes, tel François Goulard ou Hervé Mariton.

[au fait, quelqu'un a vu Dupont-Aignan récemment?]


Coincidence, tout en écrivant, je me podcaste l'émission "Rendez-vous avec X" sur France inter, sur le Zimbabwe. Une phrase se détache: "un fort contingent de parlementaires zimbabwéens ont en fait été nommés par Robert Mugabé lui-même".

"C'est plus pratique" ironise, avec raison, Patrick Pesnot...

Turkey, marronnier politicien

dinde-copie-1.jpgOn a vu que Beauf 1er a instrumentalisé la question de l'intégration de la Turquie dans l'UE jusqu'à favoriser le rejet du TCE, qu'il défendait prétendument. Vu la récurrence de l'utilisation de ce marronnier politique, il faut croire que l'enjeu était majeur. Et pourtant il n'en a pas moins laissé les négociations se poursuivre quand il a été mis au pied du mur.
Pourquoi? parce que si l'intégration de la Turquie peut se discuter, elle l'est souvent avec de mauvais arguments, en particulier par sarkozy.
Quand on invoque l'argument géographique
par exemple, on ferait bien de se rappeler que c'est grâce à la France que l'UE a des frontières communes avec le Brésil. Qu'au moment du traité de Rome, plus de la moitié de son territoire (comprenant alors l'Algérie) était hors de l'Europe géographique.
D'autres objections, comme celles qui concernent la reconnaissance du génocide arménien, ou celles tenant aux droits de l'homme, s'appuient en fait sur des points reconnus comme critères dans les négociations. Ils ne peuvent donc être prétexte à l'arrêt de ces mêmes négociations.

Ce qui amène le vrai débat non pas sur "pour ou contre l'adhésion aujourd'hui", mais plutôt sur "faut-il souhaiter que la Turquie soit en mesure d'adhérer demain?".

Et considérer une Turquie qui satisfasse tous les critères et réponde à toutes les objections, c'est en venir au seul argument véritable, mais plus difficile à défendre: celui de la perte de poids politique que représenterait mécaniquement pour la France l'introduction de la Turquie. Quel que soit le système institutionnel européen, la France n'y serait plus incontournable.

Une abnégation que cette même France demande pourtant
aux "petits pays" d'accepter, dans le cadre du "mini-traité".



(*): Pour finir ce long billet sur l'Europe, et pour ceux qui n'ont pas saisi le sens des illustrations, je précise que l'usage de l'anglais pour les titres n'est qu'un prétexte à jeux de mots, sur l'Europe étriquée (mais "tight rope" = corde raide) et sur la dinde au marronnier (turkey). Désolé.

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Published by Martin P. - dans Europe
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commentaires

Martin P. 30/10/2007 10:36

les sujets d'inquiétude ne manquent pas, surtout quand par exemple on voit ça:http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-972243,0.htmlqui est révélateur de l'état d'esprit qui règne chez certainsil semble qu'on donne plus de crédit aux officines qu'à l'AIEA, comme en 2002-2003or on sait maintenant qui avait eu raison à l'époque

Lionel 30/10/2007 01:50

Réflexion intéressante. Je ne sais pas vous tous mais cela m'inquiète énormément. Je suis scandalisé par ces dérives plus éhontées les unes que les autres. Heureusement que certains blogs et rares journaux continuent à relayer ces informations et ces réflexions...Je le répète, mais je suis très inquiet.