Vendredi 11 juillet 2008
5
11
07
2008
12:54
Peut-on exiger un peu de sens rhétorique, d'habileté dans la controverse, de la part de gens dont la politique est le métier? La question se
pose depuis maintenant six ans, et la réponse pourtant évidente continue d'être contredite par l'incompréhensible manque d'à -propos des dirigeants socialistes. Et il faut bien le dire, en la
matière Ségolène a fourni les exemples les plus édifiants. Toujours avec l'intention affichée de mettre sarkozy en difficulté, elle se met en réalité en difficulté elle-même par des
interventions mal préparées, et ce avec maintenant une prévisibilité qui frise le tragique, s'exposant à la meute umpiste qui s'en donne à coeur joie.
Pourtant, sarkozy est loin d'être au-dessus de tout soupçon quand il s'agit de barbouzeries de toutes sortes, si on prend la peine de se souvenir de son intention proclamée de se servir du ministère de
l'intérieur contre son adversaire Villepin (toujours pour "se protéger", évidemment) et si on considère la réorganisation récente des services de renseignements, pour le moins inquiétante en
particulier par l'absence de garde fous (ô combien nécessaire pourtant avec l'individu qui est au pouvoir).
Les juges d'Huy et Pons seront-ils lachés aux trousses des officines responsables des espionnages et intimidations respectives de Bernard
Thibaut, Olivier Besancenot, Ségolène Royal? on craint de connaître la réponse. Pourtant, dans une période de reconfiguration du syndicalisme, de recombinaison des partis de la gauche
radicale, l'agenda et les rendez-vous de Thibaut et Besancenot valent leur pesant de cacahuètes pour qui entend garder un coup d'avance sur le plan stratégique. Et qui se vante de se jouer des
syndicats et de jouer de la division de la gauche?
Partant de là , c'est même hallucinant de voir des journalistes demander ingénument aux personnes concernées si elles se sentent espionnées: de
qui est-ce le métier d'investiguer sur ces affaires, des responsables politiques? ou des journalistes?
On voit qu'il y a de quoi faire sur ce thème, à condition d'être dans l'offensive et de démontrer la légitimité de la posture vis-à -vis de l'opinion. Pourtant ce n'est pas sur cette question
qu'il serait le plus souhaitable que l'opposition se réveille, tant il y a de sujets où alternent voire concomittent l'incurie et le cynisme du pouvoir, ceci sans qu'il y ait besoin d'aucune
enquête. On aura évidemment l'occasion de revenir sur ces aspects purement politique, mais il faut saisir l'occasion des séquences récentes pour une autre réponse évidente contredite par les
commentateurs médiatiques, celle à la question "peut-on attaquer la personne de sarkozy?". Bien sûr, oui.
A ce propos, certains osent des comparaisons indécentes avec Roger Salengro dans les années 30. Sans même évoquer le fait que la campagne organisée contre ce socialiste l'était avec l'assentiment des pouvoirs
économiques et médiatiques, rappelons que la nature de la campagne était aussi clairement antisémite et, surtout, diffamatoire. Passons aussi sur l'insulte qui est faite, motivée par un souci
d'intimidation des critiques les plus virulents, mais qui révèle plutôt qu'on est toujours moins pertinent dans les situations inconfortables.
La question n'est pas de savoir s'il est bien ou pas de haïr sarkozy, mais de juger si sarkozy est haïssable, de dire le caractère haïssable de ses
comportements, de ses attitudes, de ses motivations, de ce que révèlent de lui ses réflexes, son impulsivité, sa manière d'être avec ceux qui ne rentrent pas dans son
jeu.
A en entendre certains, il faudrait mettre son intelligence en sommeil forcé au nom d'un improbable esprit républicain dont la définition
aura été trouvée sur on ne sait quel emballage de petit déjeuner. En particulier dans les moments de communion nationale, ainsi de la libération de Bétancourt: qu'une voix détonne et sorte du
registre "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" pour pointer l'omniprésence subliminale et mystificatrice de sarkozy sur les images de Bétancourt, et aussitot on stigmatise un
soi-disant militantisme haineux. Mais à voir la belle discipline avec laquelle chacun "communie" et rivalise d'effort pour ne surtout pas sortir de l'exercice de style imposé, à observer ce
comportement comme dicté, cette béatitude de commande, on se dit qu'il existe aussi un militantisme de l'absence de l'esprit.
Comme si l'egotisme ostensible du personnage n'avait aucun effet sur la qualité de l'exécution de sa politique, que celle-ci soit en soi
contestée ou pas.
Comme si cette manière sans équivoque de jouer la politique intérieure (et sa popularité française) sur le terrain étranger n'avait aucune
conséquence diplomatique.
Tant que les ectoplasmes censés porter la parole de la gauche continueront de cautionner cette tartuferie, la crapulerie intellectuelle aura de
beaux jours, donnée en spectacle à une France à qui rien d'autre n'est proposé, qui y trouve malgré tout un sujet de conversation à défaut d'autre chose, et qui, prenons-y garde, s'habitue à tout
y compris au pire. L'exhibition sans vergogne de ce que la politique a de moins noble, voire l'ériger en principe de fonctionnement comme le fait sarkozy -lequel est toujours prompt Ã
expliquer que la première qualité en politique est de ne penser qu'à sa gueule et "se faire" ses petits camarades-, cela relève de la pornographie, dont chacun connait le succès tout en s'en
défendant pour lui-même et en détournant le regard.
-
PS: La pornographie est la « représentation complaisante de sujets, de détails obscènes,
dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique ».
Par Martin P.
2
-
Publié dans : sarkozy
Commentaires