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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 00:01

J'en ai déjà parlé, mais j'insiste, car je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la question. Il y a une curiosité remarquable dans la version qui nous est racontée par la société générale, et d'ailleurs aussi par son ex-directeur de la communication Hugues Lebret. Les 50 milliards "mal exposés" de Kerviel auraient été "découverts", incidemment, le vendredi 18 janvier 2008 au soir. La direction aurait été avertie dans le week end, le dimanche selon Lebret.

Mais c'est vraiment pas de chance, car à ce moment précis nous étions pile dans un "minicrach", déjà entamé les deux jours précédents avec 7 points de baisse du caca-rente et dont on prévoyait dès le vendredi qu'il s'agraverait à l'ouverture du lundi suivant, ce qui fut le cas avec de nouveau 7 points perdus. Les dirigeants de la Société générale pourraient-ils nous dire quelle était la probabilité d'une telle conjonction de tuiles?

soge_kerviel_minicrach-copie-1.jpg

Cette "coincidence" montre que, comme le dit Kerviel lui-même pour sa défense, si la société générale n'avait pas "débouclé" ses positions à ce moment là mais plutôt 3 jours avant, elle l'aurait fait avant le minicrach, et n'aurait donc pas perdu autant. Kerviel peut être désigné responsable d'avoir caché des milliards, mais pas de la manière ni de la date à laquelle ils ont été "débouclés", qui pèse autant sinon plus dans les pertes subies.

 

Mais il y a aussi ceux qui ne croient pas aux coincidences, qui se diront que tout s'est passé comme si la société générale avait fait sa "découverte" pile pendant le minicrach... à cause du minicrach. En d'autres termes, quand on cherche, on trouve. C'est-à-dire que la conjoncture boursière a intensifié le souci de sécuriser les "expositions". Ce qui signifierait que contrairement à ce qu'elle dit, la Sogé avait les moyens de trouver ces expositions frauduleuses si elle le voulait vraiment, si elle n'en avait pas déjà connaissance...

Car autre possibilité, le soudain souci de sécurisation peut avoir poussé à faire part plus explicitement de ce qu'on avait jusque là plutôt tendance à mettre sous le tapis. Quand ça sent mauvais, on partage plus aisément ses responsabilités, et ses patates chaudes. En tous cas, tous les cadres dans l'environnement de Kerviel qui ont été licenciés par la suite ne se sont pas pressés pour expliquer le quand et le comment de leur "découverte" des fameux milliards.

 

Bref, comme je fais plutôt partie de ceux qui ne croient pas aux coïncidences, je pencherai plutôt pour ce scénario:

 

La sogé a cédé le volant à Kerviel, en lui disant "faut respecter le code de la route, mais je suis très pressé".

Et le conducteur de rouler à 300 pendant des heures.

La sogé, qui a intérêt à rouler vite, ne daigne évidemment pas regarder le compteur.

Soudain la sogé voit un virage arriver, et reprend le volant...

 

Mais bien sûr, tout ceci n'est que spéculation, et on me fournira bientôt le détail de la manière dont la Sogé a fait sa "découverte", qui expliquera de façon crédible la date à laquelle celle-ci a été faite. J'ai sûrement mal cherché.

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Published by Martin P. - dans économie
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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 23:30
Les grands comptes captent indument l'essentiel de la valeur ajoutée industrielle. Pour ce faire ceux ci s'organisent pour se positionner à l'embouchure d'un entonnoir qui amène les petits ruisseaux de la sous-traitance à passer sous les fourches caudines des "champions industriels" qui font la fierté des nations. Champions qui, étant cotés en bourse, opèrent comme des percepteurs du capital. De valeur ajoutée ces mastodontes du cac40 en produisent de moins en moins, préocuppés qu'ils sont de se "recentrer sur leur coeur de métier", lequel se réduit comme peau de chagrin à mesure que le fait d'avoir un vrai métier s'avère bien trop peu rentable. Etant réduits à des rôles de bureaucrates du capitalisme, la question se pose du moyen par lequel ils se maintiennent dans cette situation de rente. De moyens il y en a au moins deux: D'une part le développement du marketing, de la notoriété de la marque, le déploiement d'un authentique génie de la communication et du bourrage de crâne. Là se situe le coeur de métier pour la plupart, et ce vers quoi tendent les autres. C'est ce qui permet de vendre plus cher et de réduire les effets de la concurrence des outsiders. La puissance de feu publicitaire suffit souvent à maintenir sa part de marché. D'autre part, et si le premier instrument ne suffisait pas, la puissance de feu financière permet aussi de réduire un éventuel concurrent outsider par acquisition. La puissance de feu financière étant permise, rappelons-le, par la marge extorquée en bout de chaine, ce qui est rendu possible par le fait d'être leader sur le marché. On voit que c'est une logique circulaire qui permet aux insiders de tenir en respect les outsiders. Dernier recours quand ce cercle "vertueux" s'épuise: obtenir l'oreille du pouvoir politique, en faisant passer un lobby du cac40 pour un mouvement de défense des entreprises, en imprégnant les milieux médiatiques, et en favorisant l'accession au pouvoir d'un habitué du microcosme affairiste.

EDIT 31/10: ceci est un petit brouillon sur ce carnet de notes, jeté ici après qu'un auto-proclamé "hérétique" m'ait affirmé au kremlin des blogs que Peyrelevade avait raison de préconiser un partage de la valeur ajoutée qui soit plus en faveur du capital, vu que les entreprises ne margent pas assez. Or avec l'organisation de la production tel que décrit plus haut, toute marge supplémentaire serait captée par des sociétés cotées qui s'empresseraient alors d'augmenter les dividendes pour ainsi alimenter une industrie financière déjà démesurément enflée.
Un brouillon qu'il faudrait soit développer soit résumer en une formule. le problème étant que ces dysfonctionnements bien connus par les praticiens du secteur marchand sont ignorés dans le débat public.
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 16:35
Dans le même temps où on parle beaucoup de régulation à propos de la finance, les organismes chargés du respect des règles dans les domaines du commerce, du travail, des libertés publiques, (liste non exhaustive) sont pernicieusement remis en cause. La séquence est habituelle: d'abord l'asphyxie en rognant les moyens tout en augmentant les missions, puis la fausse réforme consistant à réduire la compétence de l'institution concernée tout en la diluant dans un plus gros machin avec d'autres.

Ces organismes sont pourtant la quintessence de l'intérêt public, dont une grande majorité de français reconnaissent l'utilité, pour une raison simple: à quoi bon établir des règles, des directives, voter des lois, s'il n'y a personne pour les faire appliquer?



Que ce soit la CNIL, l'inspection du travail, ou encore l'INAO, chacune est déstabilisée autant dans les moyens attribués que dans la remise en cause de leurs principes, alors que tout citoyen, tout travailleur, tout consommateur, voit bien que ce sont là des garanties au vivre ensemble qui sont attaquées. Attaques souvent motivées par des argumentations qui se veulent "pro-business", mais à courte vue et sous l'influence des lobbies. Ajoutons qu'on ne pourra pas invoquer, comme c'est le cas dès qu'on parle de service public, la réduction du déficit public et du nombre de fonctionnaires: les effectifs chargés de faire appliquer les règles sont, dans ce pays, particulièrement maigres.

A la suite de Farid et Nicolas, relayons donc la pétition pour la DGCCRF, et pour plus de détail voyez l'article du Canard ci-dessous, qui revient très régulièrement sur ce sujet (quoi, vous ne lisez pas le canard?). cliquer pour agrandir.


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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 16:50
Minc se met rarement en situation de se voir opposer des propos auxquels il serait vulnérable: c’est un de ses points communs avec sarkozy. ce fut malheureusement le cas encore une fois malgré la présence valeureuse de Vogelsong et Ronald, qui en bons blogueurs ont pris leur revanche par écrit.

En revanche, Minc use et abuse de sa position d’influence pour diffuser sa manière de penser y compris dans le dénigrement de ses adversaires: c’est ainsi qu’on a pu par exemple entendre plusieurs personnes -qu’on sait en contact avec Minc par ailleurs- reprendre ses propres termes contre Mediapart, media qui ne serait qu’un repaire d’ex-trotskistes, donc enclins à la paranoïa et à l’intox. Minc est trop malin pour dire, comme Serge Dassault, ce qu'il pense à savoir que les journaux doivent diffuser des “idées saines” "qui font que ça marche", mais on sent que le coeur y est.
C’est un peu comme dans cette affaire de plagiat où il a été condamné: le juge devait être un crypto-pleneliste et les faits inventés pour les besoins de l’intox poujadiste. Faites passer.



Minc s'est aussi trouvé une posture qui convient à son ego et qui a l'avantage d'en faire un "bon client" médiatique (si les connivences n'y suffisaient pas): celle de l'analyste froid qui décrit les choses avec cynisme mais lucidité.
C'est en fait la posture la plus facile pour lui, car elle consiste en réalité à s’enfermer mentalement dans un mécanisme, le capitalisme financier, pour tirer parti de ce qu'il en maitrise les rouages mieux que d'autres. Minc croit se tenir à distance des facheux déterminismes qu'il prête aux foules, se pense indemne des égarrements de la passion politique, mais il ne fait que colmater les brèches de son refuge intellectuel. Il s'appuie sur la cohérence interne et les aspects autoréalisateurs d'un "marchéisme" qu'il a au préalable naturalisé. C'est le syndrôme du singe savant: brillant mais borné.
Bref, la posture est confortable médiatiquement, mais inopérante intellectuellement dès que le capitalisme financier n'est plus le mode de pensée mais le sujet de la pensée.

Minc, même prisonnier de ce cynisme à la petite semaine, ne s'interdit pas de lancer des accusations de pétainisme ici ou là, en l'occurence à l'attention des écolos et de Bayrou. Nul doute que lui renvoyer l'insulte provoquerait chez lui une grande scène déchirante, le rappel de ses origines, bref les hauts cris.
Mais on ne manie pas certains mots à la légère et donc voyons par exemple si cette sorte d'expert-comptable de la société de marché a grand chose à envier aux compromissions impavides des préfets de Vichy. Si on transpose sa posture de "cynique borné" sous l'occupation, ça donne ce genre de chose:
"Hin Hin, on sait bien où ils vont finir les déportés, Hin Hin, ils sont ridicules ces gens qui posent des bombes sur les voies ferrées, Hin Hin, mais ils n’ont rien compris, sinon ils attendraient que ça se passe, Hin Hin, d’ici 2-3 ans ça sera fini et on passera à autre chose…"
Assez ressemblant finalement, non?

Minc oublie souvent de revendiquer ses plus beaux titres de "gloire", comme par exemple son activisme en faveur du capitalisme hors-sol et sa contribution notable pour la mutation du métier de dirigeant d’entreprise industrielle vers le celui de banquier d’affaires. Le sujet du "manager" conseillé par Minc n’est plus la production de richesse ni le commerce de biens, mais les opérations capitalistiques, l’"asset management", bref une "création de valeur" (pour l’actionnaire) fondée essentiellement sur ces constructions théoriques que sont les groupes issus de fusions, acquisitions, cessions.
Pourquoi s'épuiser à mobiliser les ressources humaines, élaborer des produits innovants et pertinents, démarcher les clients et répondre à leurs besoins, bref pourquoi s'user à faire de la "croissance organique" (sic) comme disent ceux qui ne savent pas de quoi il s'agit?
Il est beaucoup plus aisé de jouer aux lego avec les actifs, au monopoly, s'amuser à faire des jolis schémas financiers, et surtout les assortir de la rhétorique idoine à l’attention des analystes. Ce sont des schémas avec beaucoup de zéros certes, mais qui ne sont qu’une écriture sur du papier, ce qui donne évidemment beaucoup moins de peine que d'avoir à frayer avec le vulgum pecus laborieux, d’avoir à connaître ne serait-ce que ce que font ces gens qui ne sont d’ailleurs qu’une "masse" salariale.
Voilà la conception que se fait Minc de la "classe dirigeante" dont il se revendique.

C'est ainsi, entre autres, que "Le Monde", sous sa présidence, a multiplié les acquisitions à coup d'endettement tout en se distrayant de son métier original et en omettant de maintenir le crédit (moral) du titre, lequel était en réalité son vrai actif. Vinrent bien sûr par la suite les habituels problèmes de dette ingérable qui pèsent sur les comptes et contraignent à dégraisser, puis dans une séquence tout aussi connue les cessions d'actifs précédemment acquis mais requalifiés en "non-stratégiques", le tout sans qu'on aie compris quelle était réellement la stratégie hormis une "vision" banquière que les artifices comptables ont par ailleurs rendus opaques... Toute ressemblance avec d'autres fiascos financiers tels Vivendi, France Telecom, ou Thomson ne serait que très peu fortuite.

Quand mes amis blogueurs m'ont dit mercredi dernier qu'il rencontraient Minc le lendemain, je leur ai conseillé de faire allusion à son grand-oeuvre, "www.capitalisme.fr", histoire de voir la tête qu'il ferait.
Ne serait-ce que le titre en dit pas mal sur le personnage, se croyant malin en reprenant la forme "url", à un moment où elle est franchement éculée après qu'on l'aie vue sur une quinzaine d'autres ouvrages. Plagieur d'idées caduques, il croit prédire l'avenir avec les hallucinations d'hier. C'est la contrepartie de la posture pseudo-cynique sus-décrite: ce mécanicisme ne peut guère être en avance sur son temps, par construction oserait-on dire.
Ecrit au sommet de l'hystérie boursière, publié au pic de la bulle, à mi-2000, au moment où tout bon observateur a compris qu'elle allait s'écrouler, son livre refourgue les élucubrations en vogue deux années auparavant sur la merveilleuse révolution internet qui allait garantir croissance durable et partage des profits dans un paradis libéral.

Je n'exagère pas.

Voilà ce qu'on peut trouver après une rapide recherche google, sur le site Amazon:

"Fondée sur les nouvelles technologies de l'information qui vont générer un cycle de croissance durable, la révolution économique est en marche."
"cela ne signifie pas que nous soyons condamnés à subir la dictature des marchés ... Mais les médias, l'opinion publique et le droit s'affirment et veillent à réguler ce nouveau capitalisme."
"le contrat social peut être refondé sur une association entre le capital et le travail, notamment à travers le développement des fonds de pension qui permettra un "partage des plus-values""

Il est vrai que ce récidiviste, qui avait déjà commis "la mondialisation heureuse", a habitué pas mal de gens à le considérer comme une sorte de Rantanplan, boussole infaillible... pour qui sait décoder ses fulgurances.

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PS: J'ai oublié de faire référence au titre: il s'agit bien évidemment des eaux glacées du calcul égoïste (cher à Minc en tous cas pour les besoins de ses démonstrations), la référence à Marx sur le mode condescendant étant une spécialité du multiconseiller.
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Published by Martin P. - dans économie
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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 18:57
L’un des traits les plus originaux de la période, dans le champ des structures sociales, et qui est aussi l’un des plus troublants, est l’émergence d’un nouveau groupe dominant. Bien qu’il soit d’un type récent, il tend à emprunter certains traits des anciennes aristocraties. La France est bien moins républicaine qu’elle ne le proclame. Les inégalités sont nombreuses chez nous et les traces des mentalités issues des longs siècles de l’Ancien Régime restent patentes.

Or le retournement opéré par cette nouvelle caste touche aux principes comme aux comportements. Sur le plan des principes, elle affirme le caractère fécond de l’inégalité. Elle n’entend pas protéger ses privilèges en se tenant prudemment sur la défensive. Elle est sûre de ses droits et elle en revendique de nouveaux. Pourquoi se prend-elle pour une aristocratie ? Parce qu’elle s’affirme d’une essence différente. D’où émerge-t-elle ? D’une alliance implicite entre des grands dirigeants d’entreprise, des financiers, des cadres élevés de l’industrie et des services, certains hauts fonctionnaires de l’Etat et des privilégiés des médias.

Tout en invoquant le modernisme et sous prétexte d’adaptation à l’époque, ce groupe opère un retour en arrière pour adopter une vision des rapports sociaux qui s’inspire d’un passé lointain, dans le sens où il distingue totalement son sort de celui des autres. Il est en quelque sorte le nouveau « groupe de prestige » (pour parler comme Max Weber) du monde moderne. Ce groupe enjoint aux autres catégories sociales de faire des sacrifices, au nom de la compétition mondiale ou de l’équilibre de l’économie, mais ne consent pour lui-même à aucun effort ou renoncement et ne conçoit même pas que la question se pose. Le discours des représentants de ce groupe oscille constamment entre l’insensibilité sociale et la bonne conscience idéologique.

Naturellement, ce groupe de privilégiés ne peut être simplement assimilé aux anciennes aristocraties : il ne fonde pas son essence distincte et ses droits particuliers sur le sang, le droit divin ou la tradition. Il ne méconnaît pas les privilèges de la naissance et d’aucuns savent cultiver leur généalogie, mais, dans le discours public, il se réclame avant tout de la rationalité économique et de l’« efficacité ». Bref, il a la raison pour lui.

Méthodiquement, il explique pourquoi les salariés doivent renoncer à tout excès d’espérance. Il faut inévitablement réduire les coûts de production face à la compétition mondiale et aux pays à bas salaires. Il faut réduire la taille de l’Etat-providence pour diminuer les frais généraux de la nation. Le tout, nécessairement, pesant sur les salaires, l’intensité du travail et la protection sociale de la masse des salariés petits et moyens. Bien sûr, il peut venir à l’esprit de demander à ces chantres du sacrifice ce qu’ils sont prêts, pour les besoins de la bataille économique, à concéder eux-mêmes : sur leurs profits, sur des salaires très élevés, sur leur propre temps de travail, sur leurs nombreux avantages secondaires, sur leurs retraites spectaculaires ou leurs indemnités fastueuses en cas de départ. Mais la rationalité économique a réponse à tout. On ne saurait toucher aux profits, imposer davantage le capital, limiter les salaires extravagants sans décourager les initiatives et paralyser les énergies créatrices, sans provoquer des désinvestissements et des délocalisations d’entreprises ou encore sans entraîner des fuites de cerveaux ou de talents. Des tentations aussi fâcheuses seraient antiéconomiques et nuiraient finalement à tous. Elles ne sauraient donc être envisagées.

Bien des membres des catégories professionnelles ou des milieux d’où émane ce nouveau groupe privilégié ont une conception de leur place et de leur rôle plus classique, moins avide et moins arrogante. Il n’empêche: ce groupe a une perception aiguë de ses intérêts. Si la conscience de classe s’est émoussée ailleurs, ce n’est pas le cas pour cette sorte de caste, qui mêle les habitudes de l’ancienne bourgeoisie et les réflexes neufs d’une couche conquérante. Elle défend systématiquement et sans la moindre vergogne ses intérêts. Elle le fait directement à travers ses représentants, ainsi que l’a montré le cours offensif que l’ancien président du MEDEF a imprimé à ce qui fut le Conseil national du patronat français.

Cette nouvelle « aristocratie » sait aussi faire prendre en compte ses intérêts par d’autres. A la différence des pays où existent des groupes de presse autonomes qui tirent leur richesse et leur développement de leur métier lui-même, nombre de médias audiovisuels ou de la presse écrite sont possédés en France par de grands groupes industriels (Bouygues, Lagardère, Dassault…) ou bien ont ouvert largement leur capital à des groupes économiques ou financiers. On se doute que ces médias – au-delà des choix des journalistes eux-mêmes – sont globalement sensibles à l’idéologie et la mentalité de ces milieux, et en diffusent largement les arguments dans le public. Ainsi, quand l’influence n’est pas directe, elle s’exerce par imprégnation et identification.

De plus, cette catégorie sociale est peut-être la seule aujourd’hui à se vivre comme internationale, ce qui lui donne une vision spécifique de la mondialisation. Ce n’est pas qu’elle soit mieux structurée que d’autres. Après tout, il existe des organisations internationales de salariés, comme la Confédération européenne des syndicats. Mais ce groupe hégémonique a changé de culture par rapport à la bourgeoisie traditionnelle. La bourgeoisie ancienne était patriote, parfois nationaliste, en tout cas, en France, protectionniste. La nouvelle caste se veut internationale, voire transnationale. L’espace économique national n’est pas sa référence naturelle. Elle épouse au contraire l’univers et l’idéologie de la mondialisation capitaliste, car elle y trouve la justification de son existence et de ses exigences. La ramener à une meilleure conception de son utilité sociale et à ses devoirs nationaux est une urgente nécessité pour l’équilibre de notre société, tant son comportement et ses privilèges scandaleux commencent à provoquer de la colère dans le pays.


Voilà entre autres ce qu'on peut lire dans "Le monde comme je le vois", Lionel Jospin, Broché, 2005. Toute ressemblance avec l'actualité concernant des individus en position de capter les richesses de manière indue et qui en abusent avec une désinvolture sidérante ne serait que pure pertinence.
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 16:22
Laissons d'abord la parole à Jérôme Cahuzac: "Si je suis votre propos, il faut verser un dividende car les actionnaires ont souffert. Mais cela ne concerne pas ceux qui ont vendu (ils ne sont plus actionnaires). Ni ceux qui restent. Ils ne souffrent pas encore, leur perte est encore latente." ... "Vous dites que la majorité des résultats sera affectée aux fonds propres, mais c'est toujours le cas. D'habitude, le taux versement tourne de 40 à 50%. Il n'y aurait donc pas grand changement".  Et sinon, les paradis fiscaux, "c'est le côté paradis ou le côté fiscal qui fait que vous n'en avez pas parlé?"

Voilà ce qu'il est certain qu'on n'entendra pas ce soir. On aura comme d'habitude des questions très ouvertes, seront rapportées des "inquiétudes" auxquelles le très rassurant sarkozy nous répondra par la "pédagogie" de sa politique qui, c'est évident, n'appelle aucune question.

Par exemple, on évoquera que "les français ne comprennent pas les cadeaux aux banques". On nous répétera alors que ce ne sont pas des cadeaux mais des prêts vachement chers, et qu'en plus on a sucré les bonus des PDG. Problème, les prêts à 9% ne sont pas chers du tout, ce qui a même fait hausser le sourcil à la commission européenne. "Au Royaume-Uni, Barclays, qui n’a pas voulu des sous de l’Etat britannique pour ne pas se voir contraint de l’avoir à son conseil d’administration, a levé de plusieurs milliards de Livres auprès de fonds souverains du Moyen Orient pour un taux franchement prohibitif: obligations [...] rémunérées à 9,75 % et "reserve capital instruments" [...] rémunérés à 14 %" nous explique Nicolas Cori. Ce qui relativise la dureté en affaires de sarko. En effet, la présence d'un oeil extérieur à un conseil d'administration est plus gênant qu'on croit: délicat de ne plus pouvoir discuter exclusivement entre gens "sérieux", d'avoir des oreilles intruses dans les comités de rémunération, d'avoir des yeux indiscrets sur le détail des résultats et la réalité des opérations comptables...
Bref, on ne s'étonnera pas que ces "titres subordonnés" (apports en capital sous la forme d’obligations sans échéance de remboursement et sans droit de vote), qui privent l'Etat de tout siège au CA,  dont la rémunération est volontairement faible, et qui ne sont pas conditionnés à la suspension du versement des dividendes,
traduisent en réalité une pure logique de continuation du business "as usual" si on sait que ce dispositif a été inspiré à sarkozy par Michel Pébereau, président de la BNP.

Le pire est que même dans une logique de "business", on peut se demander s'il est bien sérieux de continuer à sortir des milliards de dividendes des comptes de l'entreprise, alors que dans le contexte de crise le risque porte sur la pérennité même de cette entreprise. De ce point de vue, on peut se demander si elles maintiendraient le même niveau de dividendes dans le cas où l'Etat n'aurait pas apporté ses milliards: probablement pas. CQFD: il s'agit bien d'un cadeau.



En fait, on peut se laisser aller à penser que cette frénésie à rémunérer le capital n'est pas induite par le souci de subvenir aux besoins des "pauvres actionnaires", mais bien plutôt de continuer la course à l'échalotte qui a déjà foutu l'économie mondiale dans la merde. On s'explique: quand bien même on serait "raisonnable" dans le versement de dividendes, il y aurait toujours la possibilité de rémunérer le capital indirectement par rachat d'actions. Le rachat d'actions diminue le nombre de celle-ci et surtout maintient voire tire le cours de bourse vers le haut.
Or, si le brave banquier aime que le cours de bourse soit haut ou que les actions soient bien rémunérées, c'est pour que la rentabilité à la fin de l'année soit bonne, être bien classé dans le palmarès du casino mondial, et attirer un peu plus d'actionnaires. Le cas échéant, cela permet aussi au PDG d'envisager des OPA ou des OPE sur ses petits copains banquiers qui auraient été un peu moins loin dans la course à l'échalotte.
On résume: mieux vaut risquer de se casser la gueule en continuant la course que de consolider sa barraque quitte à perdre du terrain, car à l'arrivée, celui qui aura continué la bidouille pour faire gonfler artificiellement son titre et sa valorisation va pouvoir bouffer celui qui aura assaini ses finances mais sera moins riche en monnaie de singe capitalistique.

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PS1: l'article est déjà long mais il est indispensable de relever les dernières de parisot:

* "la crise est comme une tempête et je pense qu'il est de peu d'efficacité de protester contre la tempête" nous dit-elle. Comme on ne réforme ni ne moralise la météo, on suppose que ce n'est pas utile de l'interroger sur une quelconque régulation.

* Suite à la décision d'Obama de plafonner à 500 000 dollars la rémunération des dirigeants des entreprises aidées, parisot nous dit: "C'est le risque que partent des hommes ou des femmes qui sont peut-être pour partie responsables du drame économique actuel. Mais qui sont aussi les plus compétents pour mettre en place les solutions". Ah, ces patrons, le monde entier nous les envie, c'est bien connu. Allez, il n'en coute que 2 millions de dollars, qui en veut?


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PS2: voir aussi les articles du Canard de décembre et janvier rapportant les taux de profit réalisés par les banques sur les découverts, les crédits à la consommation ou même les crédits immobiliers. Les banques profitent des faibles taux qui leur sont actuellement accordés par les banques centrales sans les répercuter à leurs client, ce qui leur permet d'encaisser de très confortables marges en ce moment même.
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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 12:12
Rendons justice à Jean Quatremer, les ray-bans sarkozyennes qu'il arbore parfois pour sa lecture des évènements ne l'empêchent pas de fournir régulièrement sur son blog des informations et détails souvent pertinents. En l'occurence il en est un dont l'apparence frivole ne devait pas masquer le caractère potentiellement dévastateur. Je reproduis ici le petit passage dont nous a gratifié notre envoyé spécial à Bruxelles à l'occasion de la nomination de DSK au FMI:
  • "Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant (et non pressent, j'ai vérifié), il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la BERD, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale."



Qui aura vu le manège des jeunes loups strausskahniens à la sortie des réunions, piaffant à quelques pas de leur patron, se désespérant de le voir leur préférer la conversation des jeunes demoiselles -clope au bec s'il vous plait pour faire plus jeune-, sera plutôt amusé de l'info qui vient de sortir: la prescience de notre ami Jean vient d'être validée. A noter que la plainte a été émise "sous les conseils" de gens pas du tout mal-intentionnés évidemment.

Il serait néanmoins assez triste que l'action de Dominique Strauss Kahn au FMI soit escamotée par cette "petite affaire", ou d'ailleurs par une lecture malveillante de la crise financière. DSK a à son actif la mise en route de plusieurs réformes, dont celles de la représentativité des Etats, déjà entamée et programmée pour se poursuivre. Il a énoncé une nouvelle doctrine par le biais, il y a déjà un an, d'un appel à une "relance mondiale" par le pays qui en ont les moyens. Une idée qui lui aurait valu le bûcher il y a quelques années.
Quant à son action dans la crise, les commentateurs les plus honnêtes auront noté la publication il y a 6 mois d'un rapport déjà assez brutal et qui aurait du réveiller les responsables, ils reconnaitront que la semaine passée a vu le directeur du FMI multiplier les interviews pour regretter la dispersion de l'action des pays européens, marteler la nécessité d'une action coordonnée, insister sur la nécessaire lisibilité des mesures pour que celles-ci convainquent de l'existence d'un plan gouvernemental étayé. Suivi en cela par le nouveau prix Nobel d'économie. Eléments qui auraient d'ailleurs du inciter la brigade de l'émerveillement sarkolâtre à modérer son emphase.
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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 15:26
Le terme "grève" semblera inapproprié, étant donné que la seule dimension collective de l'"action" -ou plutôt l'inaction- des banques est son caractère grégaire. L'inconséquence de chacun se noyant dans l'inconséquence de tous, aucun ne s'estime pleinement comptable de ses minables turpitudes. Et bien sûr, aucun ne se démarquera pour tenter de sortir par lui-même du piège dans lequel leur attitude les a collectivement mis au moment où la faillite du système qu'ils ont construit se révèle.
Il n'empêche, on utilise suffisament souvent le mot pour accréditer l'idée que la grève est un privilège de la fonction publique, pour y accoler de surcroit la notion de "prise d'otage" de manière injustifiée, pour qu'on ne souligne pas aujourd'hui la nature de l'opération réussie par la corporation bancaire: Si le plan de l'eurogroup était nécessaire et trouvait son utilité, c'était non pas directement pour remédier aux soubressauts du CAC40, mais pour suppléer à la tétanie bancaire. Les banques ont coupé les crédits à l'économie, et ainsi obtenu de l'Etat qu'il prenne sur lui leur peu glorieux fardeau.

La question qui reste en suspense, celle du traitement des causes de la crise, n'est pas forcément toujours bien posée.


On sait qu'en matière de "régulation", il en est quelques uns qui se déclarent pour, et trouvent maints prétextes pour la refuser quand elle se présente. On sait qu'il en est encore pour qui la régulation serait de s'en remettre encore plus aux vertus qu'ils prêtent au "marché", et donc qu'il faudrait contraindre la réalité au modèle idéal et presque divin d'un marché omniscient, qui anticipe tout, et à qui il est donc vain d'imposer quelque réforme que ce soit. On sait aussi que les principaux concernés, les acteurs du marché, n'auront de cesse que de reprendre leur course à l'échalotte bien avant que les conclusions aient été finies de tirer.



Mais jamais n'est questionné le point de savoir si les pays occidentaux ont réellement intérêt à interdire les pratiques en cause, qui forment finalement le vrai ressort de la finance. Le secteur bancaire a toujours été outrageusement bénéficiaire, même dans les pires moments, même après un Kerviel par exemple. Et ce sont les pays occidentaux qui dominent aujourd'hui le secteur financier. En obtenant que leurs résultats intègrent des actifs calculés non pas sur la valeur d'achat mais la valeur de marché, les banques ont pu aligner plusieurs années d'exrcices mirobolants, quand le "marché" grimpait. Et les bonus correspondants distribués aux dirigeants ne sont pas partis en fumée, eux, ni les bénéfices, ni les dividendes. Est-on prêt à faire une croix sur tout cela maintenant que tout peut repartir de zéro?
Bref, à la fin des fins, il y a un conflit d'intérêt. Il y a un "arbitrage", un vrai celui-là, à effectuer: virer des traders ou virer des ouvriers?
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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 23:55

Le suspense était insoutenable, on se demandait s'il oserait, eh bien il a rechuté: le journaliste de compagnie l'a dit, "sarkozy a sauvé le monde". La preuve? voyez ce record de hausse du CAC40 lundi. Et puis aussi le record de hausse du DOW, le record de hausse du Nikkei, le monde de la finance dans son ensemble applaudit à coups de milliards...

Bien sûr, les grincheux se demandent si on nous prend pour des veaux. C'est vrai que les cours avaient, fortuitement, connu un record de baisse la semaine dernière, réinventant la courbe verticale pour se faire. En sorte qu'en guise de hausse ce serait plutôt une sorte de "rebond" qu'ils appellent ça, ou une "correction". C'est vrai que le plan de l'eurogroup ne porte pas sur les sociétés du DOW ni du NIKKEI. C'est vrai qu'après 17% de baisse en 2 jours pour une société comme EDF, ça commençait à faire réfléchir: +16% lundi du coup. Ah non, c'est grâce à sarko... (mais il serait toutefois étonnant que ce rebond du cac soit pérenne)



C'est vrai, aussi, qu'après quelques semaines de confusion, de déclarations contradictoires, de plans de garantie désordonnés, il fallait se ressaisir. C'est vrai que le nouveau prix Nobel d'économie, conjoitement avec le directeur du FMI, ne cessait de déplorer les tergiversations européennes, d'appeler à une action synchronisée, si possible en suivant les avis de Gordon Brown. C'est vrai que ce sont d'ailleurs les propositions de ce dernier qui ont été retenues par l'eurogroup.

C'est vrai, tout aussi bien, que la mésentente, dans un premier temps, entre Angela Merkel et sarkozy, est loin d'avoir été surprenante. Et il est entendu que l'habitude de sarkozy de préempter toutes les victoires politiques possibles sur le dos de ses partenaires n'était pas de nature à mettre ceux-ci dans les meilleures dispositions. On conviendra également que sa propension à jouer les Pyrrhus, à payer très cher pour de petites gloires, à construire son crédit avec des subprimes, n'était pas très engageante.

Bref, c'est vrai, cette histoire de sauveur du monde, ce serait pas du foutage de gueule?

D'ailleurs, le plan de l'eurogroup prévoit que "les gouvernements pourront imposer des conditions aux bénéficiaires de ces dispositifs, y compris des engagements de financement de l'économie réelle", mais on n'a pas entendu parler de ça en France. On a même cru voir que la société de refinancement sera détenue majoritairement par les banques. On commence à douter, au vu du caractère assez indolore de l'ensemble de la séquence pour les banques, que celles-ci se corrigent en quoi que ce soit, aussi bien dans leur prise de risque que dans le peu d'investissement dans l'économie réelle. En réalité, il n'y a guère que les traders (qui ont fait la preuve de leur grande lucidité), qui croient que rien ne sera plus comme avant. Voilà peut être la preuve ultime qu'il faille s'inquiéter du contraire.


PS1: Dans cette aventure d'Asterix dont la couverture est en illustration, le "devin" arrive dans le village pendant un orage. Les gaulois ont peur que le ciel leur tombe sur la tête, mais, grâce au remède du devin, il n'en sera rien et le village fêtera ce nouvel hôte comme un héros...

PS2: Le "pire" est peut-être ajourné avec ce plan, mais le "à peine moins pire", qu'on considèrera probablement néanmoins supportable, est lui assez certain. C'est ce que résume assez bien ce dessin.

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 16:24
La crise souligne, par l'amplitude et la soudaineté de la baisse des cours de bourse, le rapport distendu qu'entretient le milieu financier avec une réalité économique affectée, elle, par nature, d'une certaine masse d'inertie. En somme la bourse est à l'économie réelle ce que Hollywood est à la vie quotidienne. Et ses acteurs, dont certains croient pourtant que le monde est menacé à chaque épisode, n'ont jamais vraiment "eu mal". Quand ils vont faire les courses, les millions "perdus" dans la journée ne leur interdit pas de s'offrir de bonnes bouteilles.
Dans ce milieu, on se dit qu'au final la crise se traduira pour les banques par une recomposition du paysage, après quoi tout pourra recommencer. Ainsi, telle grande banque française (selon le canard enchainé) aura pu matraquer les cours de telle autre (Natixis), en alimentant des rumeurs et en contribuant ainsi à entretenir la panique (peut être dans le but de l'acquérir à bon compte), et pourra poursuivre ses tribulations jusqu'à cette fameuse consolidation du secteur bancaire annoncée, ceci en toute inconscience des dégâts réels causés dans la vraie vie.

Plus grave, à aucun moment ne viendra à l'idée des banquiers que c'est ce type de comportement qui, quand tous font pareil, produit des mouvements de foule meurtriers au moindre bruit suspect, suivis évidemment d'une longue période d'attente retranchée et craintive. Passé la crise, ils plaideront donc pour pouvoir continuer à jouer, et c'est ce qui devrait leur être refusé. C'est un peu cette sorte de maladie d'insensibilité à la douleur qu'a justement soulignée DSK en répondant à la question "Est-ce que la peur est le pire ennemi de l'économie, comme le dit Nicolas Sarkozy?", ceci: "Le plus grand danger, c'est qu'on oublie la peur".
Donc, si on s'accorde à dire que les règles doivent évoluer, encore faut-il s'accorder sur l'objectif, c'est à dire réintroduire un peu de rapport à la réalité dans le système, pour lui donner un peu de stabilité, ce qui in fine est ce qui est demandé par l'"économie réelle". Devraient donc être visés toutes les techniques d'enfumage et de pur "jeu avec le marché".


  • Devrait être interdite par exemple la possibilité de "titriser" tout avec n'importe quoi, méthode d'enfumage qui ôte à la valeur d'un titre son identité comme actif économique. C'est-à-dire vider du "marché" ses composantes illisibles, ne reposant au mieux que sur des notes d'agences, elles-mêmes faciles à enfumer voire intéressées à la partie. Composantes du coup destinées à servir de support aux "produits dérivés" qui utilisent ledit marché comme une réalité autonome.
  • Devrait être questionnée l'intérêt, pour l'économie réelle, de la fréquence et des volumes d'échanges sur les places boursières. Si on peut admettre que la bourse peut servir de source de financement à une société au moment de son introduction, difficile de comprendre qu'on fournisse aux "traders" (dont on admet par ailleurs qu'ils fonctionnent comme des funambules extralucides sous cocaïne, réduits à se fier à des rumeurs) les outils pour donner libre cours à leur hystérie collective. Pourquoi ne pas limiter les opérations par exemple à une par semaine, par titre et par opérateur? personne n'en serait gêné au sein de l'économie réelle.
De manière générale, peut-être faudrait-il cesser de considérer le marché financier comme un "idéal" perverti par des vilains qui cachent des choses, et qu'il conviendrait d'"aider" en le fluidifiant et en permettant tout type d'opération pourvu que cela "reflète" l'état d'esprit du moment. De le considérer comme une sorte de divinité capable d'anticiper les effets de toute réforme et donc rétif a priori à toute régulation dans son mode de fonctionnement.
Peut-être faudrait-il, au contraire, réduire la part de jeu, limiter la possibilité d'agir sur les cours analysés en soi, ingénierie mathématique à l'appui (qui attire d'ailleurs tant de polytechniciens, dit-on). L'instabilité, voire la panique, se fonde sur un système qui rend les choses intangibles, furtives, et éphémères. Ces trois caractères sont un luxe à l'usage de certains que les autres paient cher.
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